8 août 2022
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Quand les footballeurs algériens militaient pour l’indépendance

 

Equipe du FLN

Certaines équipes de football sont restées dans l’Histoire. C’est le cas de l’équipe du Front de libération nationale (FLN). Elle formait le onze de l’indépendance avec l’espoir de faire connaître la cause algérienne aux yeux du monde entier. À l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, ce 5 juillet, retour sur une histoire de foot et de politique. 

Le 15 avril 1958, neuf footballeurs algériens, tous joueurs professionnels dans les clubs les plus prestigieux du championnat français, quittent clandestinement l’Hexagone. Mustapha Zitouni, Abdelaziz Bentifour, Kaddour Bekhloufi, Abderrahmane Boubeker, Rachid Mekhloufi, Amar Rouaï, Abdelhamid Kermali, Saïd Brahimi et Abdelhamid Bouchouk filent à l’anglaise et rejoignent Tunis, siège du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) dirigé par Ferhat Abbas. Les voilà qui forment la toute première équipe nationale de football algérienne. La tâche de sélectionner les joueurs est attribuée à Mohamed Boumezrag, qui est directeur de la sous-division régionale algérienne de la Fédération française de football (FFF).

Plusieurs « fugueurs » avaient déjà porté le maillot bleu

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À deux mois seulement du début de la Coupe du monde en Suède, le FLN réalise un coup médiatique. Plusieurs « fugueurs » avaient déjà porté le maillot bleu et étaient déjà présélectionnés pour accompagner Raymond Kopa et Just Fontaine. Ces deux derniers ainsi que Roger Piantoni envoient d’ailleurs une carte postale de soutien à Mustapha Zitouni depuis la Suède pour soutenir la cause algérienne.

Mustapha Zitouni, Abdelaziz Ben Tifour, ayant participé à la Coupe du monde 1954 et le talentueux Rachid Mekhloufi, pépite de l’époque ayant mené Saint-Étienne vers le premier titre de champion de France de son histoire en 1957, ne sont plus censés représenter les Bleus au Mondial. Mais tous n’avaient pas envie de rater le rendez-vous planétaire.

Mekhloufi, qui à cette période effectuait son service militaire dans l’armée française, devenait de fait un déserteur passible d’être jugé par une cour martiale, s’il se faisait attraper. Tous ont abandonné une vie pleine de gloire et laissé de côté une participation à la Coupe du monde, le Graal pour un joueur de foot. Mais rejoindre la lutte pour l’indépendance ne pouvait se faire sans conséquences.

Reçus par le président égyptien Nasser

Avec eux, le foot devenait un outil de propagande pour aboutir à l’indépendance. À partir de Tunis, le onze entame une tournée mondiale de plus de 80 matches aux quatre coins du monde. Les joueurs affrontent des équipes nationales de pays amis, qui embrassent aussi la cause indépendantiste algérienne.

Ils sont reçus par le président égyptien Nasser, le roi Hussein de Jordanie, Tito en Yougoslavie, ou encore Mao Zedong en Chine. On les surnomme les « Harlem Globetrotters du football ». À Bagdad, en février 1959, le drapeau algérien est hissé pour la première fois avant un match de football, en dépit des menaces de la Fifa et de la colère de l’ambassade de France.

Condamnant de manière unanime le manque de professionnalisme de ces joueurs, la FFF rompt leur contrat et la France impose un embargo médiatique. Dans le même temps, elle avertit la Fifa, qui interdit à tous ses membres d’affronter l’équipe du FLN. Certaines fédérations nationales paient cher le fait de côtoyer cette équipe honnie par l’instance internationale du football : la Tunisie et le Maroc voient leurs demandes d’adhésion à la Fifa rejetées. Le Maroc affiche son soutien à la cause de l’indépendance algérienne.

Quatre années de voyages

Après quatre années de voyages et 83 rencontres (57 victoires, 14 matches nuls et 12 défaites) dans le monde entier, l’équipe du FLN rentre au pays, à la suite de la signature des accords d’Évian le 5 juillet 1962, mettant un terme à la guerre et offrant son indépendance à l’Algérie.

Ferhat Abbas, président de la première Assemblée nationale algérienne en 1962, remerciera les joueurs s’étant engagés dans l’équipe de football du FLN : « Vous avez fait gagner dix ans à la cause de l’Algérie indépendante. » « Il est évident que nous attachons une extrême importance au comportement de cette équipe, car elle représentera, à travers ses exhibitions à l’étranger, l’image d’un peuple en lutte pour son indépendance », avait-il dit quand les joueurs étaient arrivés pour la première fois à Tunis.

Quelques heures après la signature des accords d’Évian, la Fifa reconnaîtra son équipe nationale. « On allait jouer au foot pour une liberté totale, bref pour une cause noble », confiera Rachid Mekhloufi, plusieurs dizaines d’années plus tard. RFI

 

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1 COMMENTAIRE

  1. Momo,

    Bravo, et merci pour votre courage mais voilà ou tout cela nous a emmené…

    Ce n’est plus la même époque, mais aujourd’hui l’équipe Nationale Algérienne est une équipe de ligue 2 européenne. 99% des joueurs ont une autre nationalité nés et formés à l’étranger. Où sont passées, la formation et les formateurs du pays…
    Pas de perspective pour la jeunesse du crue qui part se noyer en mer…

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