9 février 2023
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Quand les mots sont ‘’violés’’ par des voyous

Grand Angle

Quand les mots sont ‘’violés’’ par des voyous

Les mots, la plus belle des inventions de l’esprit de l’homme sont de nos jours malmenés par des voyous. Les mots nous aident à chanter notre émerveillement devant la beauté, à nous interroger sur les mystères de la vie. Les hommes empruntent des routes sinueuses ou des chemins de traverse pour se rapprocher au plus près de la vérité et pour caresser les rêves les plus doux. Les mots sont certes une abstraction mais ils ont une longue histoire. Celle-ci leur a procuré un passeport pour circuler librement, pour aider ou enrichir les voisins de l’autre côté de la frontière. Pour leurs qualités, ils s’exposent dans une sorte de libre service universel où tout un chacun vient piocher ce dont il a besoin. Ils sont tout heureux d’alimenter des récits sous la plume d’hommes talentueux. Heureux que des visionnaires inventent des idées, construisent une pensée, pour organiser la vie en société, chasser les peurs. Mais la vie est faite aussi de guerre de conquête et de prédation. Et ce n’est pas fini, hélas encore aujourd’hui ! On a même l’impression que ces prédateurs reviennent en force et étalent leur arrogance à la face du monde, protégés qu’ils sont par la puissance de leurs armes. Ils se conduisent en voyous et ne prennent même plus la peine de cacher leur imbécile vision des choses. Et leur voyoucratie s’exprime à travers la manipulation des mots pour tronquer l’histoire des autres.

L’actualité nous fournit deux exemples. Le premier c’est le discours de Donald Trump qui décide de reconnaître El Qods (Jérusalem) comme capitale d’Israël.

Sa ‘vérité’’ ?  Je ne fais, a-t-il déclaré, que reconnaître un état de fait. Lequel ? Le gouvernement israélien siège déjà à Jérusalem. Le plus grave c’est la levée comme un seul homme de l’armée habituelle des veules qui reprennent mot pour mot l’argument bidon de Trump. Depuis quand une réalité soumise aux bottes d’une armée d’occupation est-elle légitimée par le Droit ? Avec ce raisonnement à la fois imbécile et servile, l’Asie et l’Afrique seraient encore sous la domination ‘’légale’’ de l’Angleterre, de la Hollande, de la France. Rappelons à ces serviteurs, devenus amnésiques, que le ‘’droit’’ reposant sur la force et l’injustice est tout simplement une violation du droit à l’autodétermination des peuples. Les portes-voix de Trump ou de Netanyahou  devraient savoir que l’époque où l’on débarquait chez les gens pour les refouler ensuite dans des déserts ou bien en les parquant dans des réserves, est révolue. Les Palestiniens ne se laisseront pas ghettoïser  comme les Indiens de l’Amérique hélas vaincus par la machine militaire infernale et l’instinct prédateur de cow-boys qui leur a fait perdre tout sens humanitaire.

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Le deuxième exemple, c’est la tentative de mettre un voile pudique sur un grand crime de l’Humanité, l’esclavage reconnu comme tel par le Droit international. Depuis un certain temps, On entend une petite musique murmurée par de petits esprits mais de grandes gueules. Ces petits soldats demandent ni plus ni moins de ne plus remuer le passé esclavagiste et colonialiste de l’Occident. Leur argument ? Les esclavagistes à l’époque coloniale ne pensaient pas comme les hommes d’aujourd’hui. Curieux argument ! Ces ‘’lettrés’’ qui nous bassinent avec leur médiocres arguments veulent nous faire croire qu’à cette époque il n’y avait pas des esprits libres pour s’opposer à un tel crime. Des esprits deviennent précisément libres quelle que soit l’époque parce qu’ils connaissent  le symbole de Spartacus qui lutta contre la Rome antique. Et ces esprits libres de nos jours continuent d’aller à contre sens des idées dominantes. Hier en Algérie, au Vietnam, en Afrique du sud et aujourd’hui en Palestine, il s’est trouvé des hommes et des femmes qui ont dénoncé les crimes commis dans ces contrées par la France, l’Angleterre, les Etats-Unis et Israël.

Avec ce genre d’arguments de ces donneurs de leçons, les ‘’pauvres’’ SS nazis n’avaient pas à être traduits devant le tribunal de Nuremberg. Ils seraient en quelque sorte des victimes de leur façon de penser liée à leur époque.

Ces prises de position trahissent la vacuité de la pensée d’un monde qui veut continuer à jouir des fruits de sa prédation et ne pas être tourmenté par la culpabilité des sinistres exploits de son histoire. Car le passé douloureux des peuples, ils s’en moquent. Et leur égoïsme et leur peur les poussent à mettre un cache sexe sur les crimes d’hier pour que l’on ne soulève pas les crimes d’aujourd’hui. Et ces crimes sont encore nombreux, un peu partout dans le monde. En vérité, ils ont peur que les enfants de ces victimes ne leur demandent des comptes. Et ceux qui laissent dégouliner les ‘’lumières’’ de la vacuité de cette pensée, trouvent parfois des alliés dans des pays qui ont connu la nuit coloniale.

Comme il faut balayer devant sa porte, faisons-le dans notre maison. La manipulation des mots chez nous est devenue pour certains la seule façon de se faire remarquer. Notamment dans les réseaux sociaux où le mensonge, l’ignorance et même l’insulte sont devenus des armes ‘’légitimes’’ pour ‘’briller’’. Le palmarès de la manipulation des mots, on le rencontre dans les sujets relatifs aux femmes, à la religion et à la politique. Les citoyens sont inondés de mots sans tête ni queue qui sont censés être une opinion qui ne souffre d’aucune opposition. Ce n’est pas par hasard que les mots utilisés pour traiter ces sujets soient des marqueurs dans les sociétés conservatrices. On a l’impression que le temps n’existe pas pour certaines catégories de gens. Ces gens ne veulent pas écouter l’horloge des quatre saisons, les couleurs du printemps, le soleil de l’été, le souffle des vents d’automne et les pluies d’hiver. Pourtant le temps qui s’écoule est le moteur de la vie. Héraclite l’a enseigné dans le pays de la philosophie, la Grèce antique. Sa célèbre phrase ‘’l’eau qui coule dans un fleuve n’est jamais la même eau’’. Il faut croire que certains gens préfèrent rester accrochés à leurs habitudes quand bien même le fleuve de la vie a déjà décrété l’aspect caduc des habitudes en question.

Auteur
Ali Akika, cinéaste

 




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