5 avril 2025
spot_img
AccueilCulture"Retour dans les Aurès" : une odyssée familiale entre deux rives

« Retour dans les Aurès » : une odyssée familiale entre deux rives

Lazhari Khaoua voit le jour à Khenchela, au cœur des Aurès, en Algérie. Animé d’une soif d’avenir et d’un profond sens du devoir, il traverse la Méditerranée pour s’installer à Besançon. Tout au long de son existence, le travail, la famille, la culture et la religion forgent son destin. Personnage marquant, il laisse une empreinte indélébile sur son entourage.

À sa disparition, l’évidence s’impose à sa fille Lila : raconter l’histoire de cet homme exceptionnel, qui n’a cessé de transmettre ses valeurs avec passion. « Retour dans les Aurès » est un hommage vibrant, une plongée dans une vie faite de sacrifices, de rires et d’enseignements. Entre anecdotes touchantes et souvenirs empreints d’émotion, ce récit familial invite le lecteur à découvrir un père inoubliable, un homme guidé par l’amour des siens et la fierté de ses origines.

Le Matin d’Algérie : Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire ce livre sur votre père ?

Rhila Boussour : Le décès brutal de mon père en Algérie m’a sidérée. Rapidement, je me suis rappelée de son souhait de laisser une trace de sa vie et de ce qu’il avait accompli. Quelques mois après son décès, j’ai pris en main l’écriture de sa vie avec mes seuls souvenirs.

Le Matin d’Algérie : Comment avez-vous abordé la biographie mêlée à l’autobiographie ?

Rhila Boussour : Assez spontanément, je me suis lancée avec la seule idée de raconter ce qu’il n’avait pas pu faire pendant son vivant. L’idée d’écrire avec mes seuls souvenirs a été prioritaire. Je ne voulais pas être influencée par d’autres personnes, proches ou moins proches, c’était mon récit avec ce qu’il m’avait transmis. La relation respectueuse que j’avais avec mon père en est le fil conducteur. Je ne me suis pas posée la question du « comment je vais faire », je suis quelqu’un qui ose faire les choses, et j’ai tendance à foncer.

Le Matin d’Algérie : Quels souvenirs avez-vous de votre père en Algérie et de ses valeurs ?

Rhila Boussour : Le premier souvenir de mon père en Algérie est celui d’un homme heureux et fier de son pays. L’identité était très importante pour lui et il voulait que l’on soit fiers, tous, de ses origines et finalement de nos origines. Le sentiment d’appartenance était très fort. Il mettait tout en œuvre pour que toute la famille soit intégrée au pays, parle la langue, et comprenne les habitudes de vie si différentes de celles que l’on a en France. Pour lui, et jusqu’à son dernier souffle, repartir en Algérie, même si cela était sur des temps d’un mois, était un aboutissement de sa réussite. Il était l’aîné de sa famille, parmi une fratrie de 7 enfants et respecté en tant que tel par ses frères et sœurs.

- Advertisement -

Le Matin d’Algérie : Comment son expérience de migration a-t-elle influencé votre famille ?

Rhila Boussour : L’expérience migratoire de mon père est rythmée par une volonté indéniable de réussir sa vie. Mon père nous a toujours parlé de ses voyages entre la France et l’Algérie et tous les efforts qu’il a dû entreprendre pour arriver à fonder sa famille et élever ses enfants. Il ne minimisait pas les difficultés rencontrées mais en parlait de façon positive. Résultat, il a réussi à nous transmettre l’intérêt et l’importance de savoir d’où on vient, de connaître notre culture et aussi de la comprendre. Aujourd’hui, une grande majorité de nous est retournée au pays, dans les Aurès, avec nos enfants parfois, pour continuer à transmettre cette identité forte.

Le Matin d’Algérie : Le travail, la famille, la culture et la religion sont au cœur du livre. Comment ces éléments ont-ils façonné votre père ?

Rhila Boussour : Le travail, valeur forte de notre famille, a été transmis par mon père. Il était implacable sur le fait que tout le monde devait aller à l’école ou travailler. Nourrir les siens, mais aussi et surtout montrer l’exemple de l’intégration. Il n’hésitait pas à accompagner mes frères au travail si besoin. Son expérience du travail était notre référence.

Concernant la culture, il y était très attaché. Ne jamais oublier d’où il vient et donc d’où l’on vient. La culture fait partie de notre identité et mon père avait toujours peur qu’on s’en éloigne un jour ou l’autre.

La religion faisait partie de notre quotidien, rythmée par les prières de nos parents, par les récits très réguliers que mon père nous racontait lors des repas par exemple. Parmi les piliers de l’islam, le jeûne était également important. À partir du moment où l’on était en capacité de jeûner, tous les enfants participaient à cet événement. Il en était très fier d’ailleurs.

Le Matin d’Algérie : La bigamie est un aspect complexe de son histoire. Comment l’avez-vous abordée dans le livre ?

Rhila Boussour : La particularité de la bigamie dans notre famille est abordée telle que je l’ai ressentie, c’est-à-dire dans une organisation fluide du quotidien. Les choses étaient bien définies, ma mère élevait les enfants et ma belle-mère travaillait à l’usine avec mon père. Ma mère, première épouse, était appelée « maman » par tous les enfants, y compris ceux de ma belle-mère. Enfant, nous n’avons pas ressenti de difficultés particulières. Nous étions dans un premier temps tous sous le même toit, dans le même appartement. Chacune avait sa chambre, cela ne nous a pas choqué. À l’âge adulte, les enfants avaient bien grandi, la promiscuité dans l’appartement a eu raison de conflits et chacune a dû se séparer et déménager dans un appartement avec ses propres enfants.

Le Matin d’Algérie : Quelles ont été les réactions des lecteurs ?

Rhila Boussour : J’ai eu beaucoup de retours des lecteurs et très positifs. La plupart se sont identifiés à l’histoire de l’immigration, ou l’histoire d’un quartier ou encore aux valeurs familiales. J’ai eu deux sortes de lecteurs : ceux qui m’ont confié ne pas avoir envie de finir le livre parce qu’ils avaient envie de continuer la lecture de ce récit, et ceux qui l’ont lu d’une seule traite en me précisant que l’histoire les captivait parce que c’était un récit réel.

Le Matin d’Algérie : Qu’espérez-vous que les lecteurs retiennent de l’histoire de votre père ?

Rhila Boussour : Mon souhait est que le lecteur comprenne l’engagement de mon père pour sa famille et son pays d’accueil et l’importance de garder ses racines qui font notre identité. De retenir également la place des valeurs familiales, avec parfois les sacrifices qu’il a dû faire, permet aussi à certains lecteurs de bousculer leur idée sur l’immigration.

Le Matin d’Algérie : Envisagez-vous d’écrire d’autres ouvrages sur votre histoire familiale ? Et les Aurès ?

Rhila Boussour : J’envisage d’écrire un récit sur ma maman qui a tellement de choses à transmettre et à partager, car c’est une personne âgée avec la sagesse que l’on peut imaginer chez nos aînés.

En ce qui concerne les Aurès, j’y retourne au mois de mai, incha’Allah, pour me recueillir sur la tombe de mon père et visiter ma famille, dont ma sœur qui habite à Khenchela. Aller dans les Aurès est une ressource certaine pour moi

Djamal Guettala

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

ARTICLES SIMILAIRES

Les plus lus

Les derniers articles

Commentaires récents