27 novembre 2022
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Tebboune, « la vérité si je mens » !

Tebboune
Tebboune réinvente la décentralisation démocratique. 

Le chef de l’Etat veut réviser les codes qui régissent les communes et wilayas. Et soutient vouloir octroyer de prérogatives étendues aux walis. Que veulent dire ces déclarations ?

Abdelmadjid Tebboune rassure les walis en leur disant qu’ils ont carte blanche pour gérer leur wilaya. Dans la foulée, il annonce la mise en place d’une commission qui se chargera de réviser les codes communal et de wilaya pour renforcer la décentralisation et donner plus de prérogatives aux assemblées locales. Vaste programme !

C’est ce que nous apprennent , en effet, les médias algériens, qui décrivent un « président réformateur » ambitionnant de moderniser l’Etat. Le chef de l’Etat qui a présidé le coup d’envoi des travaux de la rencontre gouvernement- walis qui s’est tenue, les 24 et 25 septembre 2022, a rappelé que durant les années 1990, les walis ont été dépourvus de nombre de leurs attributions. C’est un ancien wali qui parle. Un homme averti manifestement. Et pour remédier à la situation, Tebboune annonce, dans ce sens, la promulgation prochaine d’un décret présidentiel qui fixera leurs attributions en tant que premiers responsables de leurs wilayas.

Une commission sera créée, à l’issue des travaux de la rencontre gouvernement-walis, avec pour tâche d’entamer la révision du code communal et du code de wilaya en vue de renforcer davantage la décentralisation et créer des ressources de financement pour les collectivités locales.

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Abdelmadjid Tebboune a affirmé que la commission devant être créée par décret presidentiel ou exécutif sera placée sous l’autorité du ministère de l’Intérieur et de l’aménagement du territoire. Elle sera composée de représentants des deux chambres parlementaires, du ministère des Finances ainsi que des représentants des élus locaux. Ladite commission proposera de nouveaux textes de loi appuyant davantage la décentralisation, et seront en mesure de créer des richesses pour financer les collectivités locales. Il rappellera que sur un total de 1 541 communes, plus de 1 000 sont pauvres. D’où la nécessité de former les responsables communaux en matière de création de richesses. Une bonne nouvelle, a priori.

Cependant, on est dans l’esprit de la célèbre locution, « la vérité  si je mens ! », popularisée par le titre d’un  film à grand succès, qui est la réduction de l’adage  qui dit: « la vérité,  si je mens  je vais en enfer ».

Visiblement,  Tebboune ne craint pas d’aller en enfer en faisant les deux annonces,  qui en fait,  renvoient à  une réalité chargée de paradoxes. Ce faisant, il s’adonne à une sorte de vente concomitante dans le pur style des discours  populistes qui véhiculent la chose et son contraire.

Car tout le monde sait que même délestés de certaines  de leurs attributions, les walis se comportent comme de véritables  nababs (sans jeu de mots) dans leurs wilaya. Territoire dont ils ont la charge de représenter l’Etat et de  traduire en opérations de développement les subventions  octroyées  par l’autorité centrale aux collectivités  territoriales.

Dans cette logique, les élus locaux dûment élus par le peuple, sont réduits à de simples tacherons et au statut de faire-valoir d’une démocratie  représentative qui,  en réalité, n’existe pas. Et il n’est pas dit que ces commis de l’État ne se comporteront pas de la même façon dans l’avenir, une fois  les textes encadrant leurs missions à la tête des wilayas et qui sont  promis à la  révision seront mis en application.

Commis de l’État VS représentants du peuple 

Elles sont légion sur les réseaux sociaux, ces vidéos de walis paradant au milieu

d’une smala de fonctionnaires et  d’accompagnateurs dans ce qui est convenu d’appeler les   visites d’inspection  et de travail. Des  visites  qui se transforment,  souvent,  en véritables séances d’humiliation de maires dont le seul tort est de n’avoir pas appliqué les consignes de l’administration via les chefs de daïra qui se comportent, eux aussi, en véritable régisseurs zélés au service d’une bureaucratie hypercentralisée sévère et tatillonne.

Cette verticalité dans les rapports administration-élus vient d’un régime juridique qui favorise une très forte centralisation au détriment de l’initiative locale et de  l’action des élus locaux qui, en principe,  représentent les citoyens dans les différentes collectivités  locales.

Il serait illusoire de croire, qu’il est venu le temps de décentraliser les pouvoirs et de donner plus de prérogatives aux communes et aux assemblées de wilayas soumises au diktat des walis. Ces décisions laisseront les mains libres aux commis de l’Etat pour poursuivre la gestion rigide et  centralisée des territoires.

Au-delà de cette dualité Etat centralisé- collectivité  territoriale, c’est  le destin démocratique du pays et la modernisation/réforme de l’État qui sont en jeu. Pire, en renforçant le rôle des walis, on rogne sur le pouvoir des assemblées de wilayas et communales et on détricote, de fait, le pouvoir de ces dernières.

A l’aune de ces dernières déclarations du chef de l’Etat, on est en bon droit de s’interroger : à quoi donc serviront ces assemblées élues par le peuple si les walis et chefs de daïra continueront à s’arroger les pleins pouvoirs ?

Samia Naït Iqbal

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