20 février 2024
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Tunisie : projet d’égalité hommes-femmes pour l’héritage dites vous ?

Coup de gueule

Tunisie : projet d’égalité hommes-femmes pour l’héritage dites vous ?

Le projet de loi pour l’égalité hommes-femmes en Tunisie devrait réjouir celui qui a écrit des dizaines d’articles dans la presse, aussi bien que sur les réseaux sociaux, pour dénoncer un horrible scandale, en droit comme en moralité. Il n’en est pourtant rien car je ne félicite pas ceux qui ont tout simplement arrêté l’ignominie après l’avoir acceptée pendant les soixante trois ans de ma vie.

La Tunisie vient en effet d’annoncer qu’elle prépare un projet de loi portant égalité des sexes au regard des droits de succession. Il était temps de reconnaître l’une des bases de l’humanité moderne, celles dont  se sont pourtant revendiqués les peuples dans les conventions internationales.

Dès la révolution française, il était écrit que « les êtres humains naissent libres et égaux ». Même si ce droit fut très loin d’être appliqué immédiatement, on a constaté une évolution certaine vers une égalité qui ne pouvait être refusée à la moitié de la population mondiale.

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L’esclavage a été aboli au 19è siècle et dès le lendemain de la seconde guerre mondiale, la déclaration des droits de l’Homme de l’ONU reprenait le principe des rédacteurs de celle de 1789. Qu’un pays maghrébin attende 2018 pour « commencer à réfléchir sur l’éventualité » d’instaurer une égalité m’est tout simplement pénible et je ne peux contenir ma colère.

Á une époque où les avancées scientifiques accomplissent des miracles et le droit ayant atteint des sommets de prise en compte de l’humanisme, apparu au seizième siècle, il ne manquerait plus que je félicite ceux qui viennent à peine de se rendre compte qu’une petite fille qui naît à la vie dispose des mêmes droits qu’un petit garçon.

Je suis assez horrifié, depuis si longtemps, qu’il m’est impossible d’exprimer la moindre félicitation envers la Tunisie comme tout autre pays qui se réveillerait à l’humanité. Ma vie entière a été marquée par cette blessure insupportable, il ne s’agit même pas d’un refus du pardon mais d’une indifférence à une telle avancée du droit.

Et encore, je demande à voir car la disposition prévue est si encadrée par les forces rétrogrades qu’il faudra longtemps pour s’en convaincre dans sa réalité. Depuis ma tendre enfance, on me répète que notre voisin est à la pointe de l’égalité des sexes. Depuis ma tendre enfance, je n’ai fait que constater qu’il n’en est absolument rien si ce n’est dans une marginalité

La Tunisie souhaite qu’une femme ait les mêmes droits qu’un homme en héritant du travail et de la sueur de leurs parents, pourtant les mêmes. Certains lisent dans cette phrase un espoir gigantesque, moi j’y vois l’aveu d’une perte de temps de plusieurs siècles. Ce sont les militants des droits de l’Homme, hommes et femmes, que je souhaite féliciter, pas les institutions et la société dans son ensemble.

Dans mon passé militant, j’ai eu l’occasion de les rencontrer souvent à Paris, je peux assurer le lecteur que leur combat fut rude et dangereux pour certains, il n’y avait aucune complaisance supposée d’un pays dont on ventait pourtant l’avancée dans les mœurs et les droits des femmes. Tout cela était légende et chaque droit devait être arraché férocement face aux mêmes conservatismes qu’ailleurs.

Les femmes dans les pays arabes vont avoir le tournis de tant de libertés soudainement acquises. En Arabie Saoudite, elles votent et conduisent dorénavant. En Tunisie, une fille héritera de la même part que ses frères. Si on continue, c’est le statut d’être humain à part entière qu’elles finiront par obtenir !

Tout cela n’est pas sérieux, à 63 ans je devrais hurler de joie et d’optimisme qu’une femme puisse, en un droit très circonscrit encore, bénéficier des mêmes avantages qu’un homme. Il ne faut pas trop m’en demander.

Que certains exultent, moi je n’y vois qu’une petite goutte dans un verre vide et qu’il reste encore des milliers de droits, dans le texte comme dans l’application, avant d’étancher sa soif d’humanisme et de libertés.

Bien entendu que tout cela est colère et que je n’en pense pas un mot, tant je suis optimiste pour la jeunesse maghrébine qui a toutes ses chances pour construire un monde humain où la femme équivaut à un homme en droits et en dignité.

Á mon âge, on passe très vite de la colère au plus grand optimisme. La future génération en rira probablement. Ce sera la contrepartie de nos larmes de désespoir, tant versées.

Auteur
Sid Lakhdar Boumediene, enseignant

 




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