28 septembre 2022
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Un camion anti-incendie fait trembler le régime algérien !

Tribune

Un camion anti-incendie fait trembler le régime algérien !

Chaque été, des milliers d’hectares de forêts et d’immenses surfaces agricoles partent en fumée. L’Algérie fortement exposée à l’instar de tous les pays méditerranéens n’a jamais eu un plan de prévention et d’intervention pour protéger la faune et la flore et surtout les citoyens qui sont victimes des feux de forêts et le canadair ne fait pas partie des priorités des décideurs algériens.

Aucun pyromane, malgré les signalement des citoyens, n’a été arrêté ou jugé depuis une dizaine d’années que le feu fait des ravages. Sous prétexte de lutte contre le terrorisme, des militaires algériens notamment des gendarmes sont directement impliqués dans le déclenchement du carnage incendiaire.

Massifs lunaires en Kabylie

La Kabylie, avec ses massifs forestiers denses, est particulièrement touchée. Depuis pratiquement le Printemps noir de 2001, la Région perd chaque année un peu plus de son espace végétal. A Vgayet, Tubirets, Boumerdès ou à Tizi-Ouzou les citoyens se sont habitués à mener la guerre contre les brasiers qui à chaque approche des vacances estivales. Des dizaines de vies humaines sont perdues en 2016 et en 2017 et des villages entiers ont été dévastés. La région de Draa El Mizan, à l’est de Tizi-Ouzou, a été réduite en cendres l’été dernier et les autorités algériennes ont « laissé » se consumer des centaines d’oliviers au grand dam des villageois qui n’avaient que leur courage pour affronter les flammes à mains nues.

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Ahmed Amrioui, citoyen du village Ilwennisen dans la commune de At Yahya Musa, où est originaire Krim Belkacem, et ancien émigré en Allemagne, a assisté impuissant devant le spectacle dévastateur. Cette commune de 22 villages a vu une grande partie de son territoire transformé en terre lunaire. Un père de famille qui tentait de sauver ses bêtes menacées par les flammes a succombé aux brûlures et en affrontant les feux. On dénombrait des dizaines de blessés parfois graves. Beaucoup de petits éleveurs (ovins, bovins, caprins, essaims d’abeilles ,etc…) ont été ruinés du jour au lendemain.

Devant l’abandon par les autorités, le citoyen décide d’acheter avec ses économies et le soutien de sa famille un camion qui permettra d’acheminer l’eau lors des incendies et ainsi prémunir la disparition des parcelles vertes qui entourent encore le village. « De là est née l’idée de ne plus compter sur les pompiers de l’État algérien et de trouver le moyen de nous protéger nous-même » déclare innocemment da Ahmed.

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Après une recherche intense sur tout le territoire, un camion-citerne usagé a été trouvé. Les modestes moyens dont disposent cette famille ne permettaient pas de s’offrir un véhicule neuf avec l’équipement nécessaire pour affronter les feux. Six mois de réparation et d’adaptation ont été nécessaires pour transformer l’épave en camion-pompier. Tuyaux installés, moteur renforcé et l’expression Axxam n Tmusni (Maison du savoir) a été inscrite sur un fond rouge qui rappelle le corps des pompiers.

Le 6 octobre devait être un grand jour pour les citoyens de Ilwennisen. Une cérémonie a été mise en place par les organisateurs ( l’équipe des futurs pompiers-volontaires) et une Waada kabyle est prévue à l’occasion de l’inauguration de Avuzhayer, nom donné au premier véhicule pompier citoyen. Un couscous à été préparé même pour l’occasion tellement l’attente était grande de la part des citoyens isolés chaque année face aux flammes qui dévorent leurs champs et leurs maisons, mais tout cela sans compter avec la police politique algérienne qui voit d’un mauvais œil cette initiative citoyenne qui comble un vide criant laissé par les autorités. L’État est remis en cause dans ses prérogatives les plus essentielles : la protection du citoyen contre les catastrophes. Da Ahmed, l’initiateur du projet a été arrêté une première fois au port d’Alger le 24 septembre à son retour de son pays d’émigration. Il aura droit à un premier interrogatoire dans les bureaux de la police judiciaire en date du 10 septembre.

A son arrivée au village M. Amrioui est informé que les services de renseignement ont déjà fait le tour à son lieu de résidence pour enquêter et qu’à plusieurs reprises, des gendarmes sont venus patrouiller au village et plus particulièrement devant son domicile. Devant les va-et-vient incessants, la panique s’est emparée des villageois qui commencent à prendre distance avec celui qui leur a « offert » l’immunité contre le feu. Les salutations habituelles disparaissent petit à petit et le « boycott » touche également la familles du « coupable » !

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Le 5 octobre au soir, la veille de la présentation de Avuzhayer, le chef de brigade de gendarmerie de Dra El Mizan convoque par téléphone da Ahmed pour le lendemain matin pour une « affaire urgente » sinon « c’est lui-même qui viendrait » menaçait le brigadier.

Pour éviter qu’un convoi de gendarmes ne débarque dans le village déjà terrorisé et ainsi perturber la cérémonie, da Ahmed se rendit à la gendarmerie pour un deuxième interrogatoire à propos de « cette manifestation » prévue dans l’après-midi. Da Ahmed conclut que les services de renseignement sont au courant de tous ses faits et gestes, « ils sont au courant de l’heure même de la cérémonie avant que l’information ne soit publique (publication sur les réseaux sociaux) affirme M. Amrioui stupéfait ! Une heure avant la sortie de Avuzhayer et l’entame de lweɛda, les véhicules de la gendarmerie arrivent au village et sèment une telle terreur qu’aucun villageois, pas même un enfant y compris les membres de la famille, n’a osé quitter sa demeure et se rendre sur les lieux de l’événement. La cérémonie est annulée mais devant la ténacité des organisateurs, le camion a été présenté.. Lors de la présentation qui a eu lieu timidement malgré les menaces et les intimidations, un collégien téméraire a rappelé que « notre région fait l’objet d’incendies chaque année et que les pompiers stationnés au chef-lieu de la daira (département) avaient au moins une heure de route pour arriver au village et ce modeste matériel (le véhicule) limitera les dégâts ». Il a également expliqué que le camion servirait en premier lieu le village, en dehors de tout objectif politique, en le protégeant des feux récurrents dans la région et même au-delà.

Des gendarmes contre un camion anti-incendie

Le lendemain les hommes en kaki reviennent au village pour séquestrer « l’objet du délit ». l’instigateur de l’initiative est également convoqué encore une fois. Les autorités, par l’intermédiaire des forces de répression semblent être dérangées au plus haut niveau devant une démarche à priori citoyenne et bénéfique pour tout la communauté mais qui s’avère représenter une menace capitale contre l’État algérien et ses « institutions ». A son retour en Allemagne, Ahmed Amrioui est interpellé encore une fois au port d’Alger. Sa femme a été déjà victime d’interdiction de rentrée sur le territoire par le passé. Deux jours plus tard, la gendarmerie a ordonné au frère de da Ahmed de leur «ramener» le véhicule.

Après interrogatoire d’une demi-journée et après inspection du véhicule par les gendarmes et quelques personnalités en tenues civiles, celles-ci ont démonté et confisqué le logo sur le capot du camion et ont donné l’ordre de faire disparaître l’appellation Axxam n Tmusni, sinon le camion serait saisi. Quelques jours plus tard, il en ressort du dépôt complètement défiguré. L’expression Axxam n tmusni (maison du savoir) disparaît sous le noir de la dictature.

 

Auteur
Ahviv Mekdam

 




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