9 février 2023
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Une autre interdiction humiliante pour l’Algérie

Célébration des droits de l’homme à Bgayet

Une autre interdiction humiliante pour l’Algérie

A l’occasion de la célébration du 69e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 , le Centre de documentation de Bejaia (CDDH) relevant de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) a organisé la 6ème édition du forum sur les droits de l’homme du 10 au 12 décembre à la Maison de la culture Taos Amrouche. Cet espace devait regrouper durant trois jours  les deux ligues, la LADH et la LADDH ainsi qu’Amnesty International, autour de multiples activités publiques de diffusion de la culture universelle des droits de l’homme. La  célébration publique a été tout simplement interdite sans motif par la wilaya de Bejaia, la correspondance portant interdiction non motivée étant une copie conforme de celle de 2016, à l’exception de la date et de la signature .

Hocine Boumedjane, directeur du CDDH a ouvert la cérémonie par une vigoureuse condamnation de l’interdiction de la wilaya , affirmant  “qu’après celle de 2016 et l’interdiction de l’université d’été de la LADDH, le système veut étouffer toute expression libre et mettre à genoux les acteurs et les animateurs de la citoyenneté. Nous maintiendrons nos activités contre vents et marrées dans notre siège, avec un programme sur trois jours ». Il souhaitera la bienvenue aux participants et aux invités de marque en l’occurrence  maître Hocine  Zehouane  president de la LADDH, Maitre Bensaid Mokhtar president de la LADH, et Ali Belghit , president d’Amnesty International Algérie, les secrétaires généraux et les représentants de nombreux syndicats ainsi que les journalistes et les acteurs du mouvement associatif local.

Said Salhi,vice-président  de la LADDH, développera le contexte répressif de cette célébration que le pouvoir algérien veut confiner dans les quatre murs d’un petit local, en expliquant que “2018 sera l’année de célébration des droits de l’homme à travers le monde avec le slogan “Debout pour les droits de l’homme”. C’est un appel  mondial pour le retour aux fondamentaux  de la déclaration de 1948, à savoir le respect de la personne humaine et la promotion de toutes les libertés, de conscience, d’expression et de presse. « Nous célébrerons cette année sur fond d’interdiction et de répression avec encore des détenus d’opinion et de confession tels que Slimane Bouhafs et  Touati Merzoug. Je dénonce vigoureusement l’interdiction  absurde qui frappe nos activités alors que la déclaration universelle des droits de l’homme est accrochée sur les murs de tous les commissariats de police du pays », a-t-il déclaré. « La loi 12-06 sur les associations est une loi scélérate. Nous avons proposé une loi qui libère les énergies et consolide les droits de l’homme ,un paramètre de civilisation dans les sociétés modernes. L’Algérie a encore rétrogradé dans le classement international de la liberté d’expression pour être dans les dernières nations  du monde », a ajoute le vice-président de la LADDH.

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“Nous n’avons même pas les droits des animaux…”

Maitre  Hocine Zehouane prononcera un véritable réquisitoire contre les pouvoirs publics  “dont le comportement absurde aboutit à  l’humiliation de l’Algérie résultant des interdictions répétées  de célebrer les droits de l’homme alors que le pays a ratifié toutes les chartes et tous les textes internationaux ». Il dira que la situation des droits de l’homme en Algérie “est inquiétante et que les citoyens se plaignent de n’avoir même pas les droits des animaux ! »

Poursuivant sa condamnation des pratiques des temps obscurs, maître Zehouane dénoncera l’étouffement de la culture des droits de l’homme et l’interdiction de sa transmission aux jeunes générations. « Les droits de l’homme sont un terrain de combat et non un octroi du ciel. Nous avons depuis 35 ans maintenu et diffusé la culture des droits de l’homme contre un pouvoir autiste. Nous devons restituer ces combats et capitaliser cette culture à transmettre à la jeunesse. Aujourd’hui nous existons encore  face à une administration bornée  qui fait honte au pays . Le pouvoir compte sur l’usure ,le pessimisme et la fatalisme. La démocratie sans l’idéal et la rationalité des droits de l’homme est la loi d’une majorité génocidaire qui écrase les minorités ».

Un état d’urgence déguisé

Maître Bensaid Mokhtar, président de la LADH, dira, à son tour : « Il y a un an, j’ai interpellé le ministre de l’Intérieur sur les droits de l’homme dans cette wilaya où les interdictions se répètent sans motif légal. Nous sommes là avec vous à célébrer ce 69ème anniversaire de la déclaration universelle des droits humains, quels que soient les risques. Qu’on vienne donc nous arrêter. Les droits de l’homme sont un sacerdoce. Je condamne vigoureusement  cette interdiction sans fondement juridique. C’est un scandale. L’Algérie a ratifié tous les textes relatifs aux droits civils et politiques  mais son administration ne respecte pas la population et ses représentants dans le mouvement associatif. Nous sommes sous un état d’urgence déguisé ».

Ali Belghit, président d’Amnesty International Algérie, quant à lui, fustigera “une administration fourbe et sournoise qui empêche la diffusion de la culture des droits de l’homme. Depuis les années 90 nous travaillons à la promotion et la défense des droits humains en Algérie qui ne respecte pas les textes et les chartes qu’elle a ratifiés. La régression des libertés est palpable. Nous sommes passés du système déclaratif au système d’agrément. Le pouvoir a organisé la soumission de la société à une administration inculte. Toute association est soumise dans ses activités à l’humeur d’un bureaucrate bête et méchant. Le président d’Amnesty lance un appel à « travailler ensemble, à unir les forces et les actions en synergie ».

La puissance de la honte

Après un riche débat qui a tourné autour des voies et moyens à développer pour contourner l’étouffement programmé de la société civile, Maître Zehouane reprendra la parole pour clore la séance de travail par une puissante dénonciation de cette honteuse interdiction .”Il nous faudra une journée complète pour dresser l’inventaire des interdictions, des entraves, des étranglements. La lutte pour les droits de l’homme est un véritable sacerdoce, ce ne peut être un tremplin pour accéder au pouvoir. Citant Rousseau il  dira : « Le salaire du commandement est le commandement même », ce qui nous intéresse c’est la société, sa nature, son organisation et son autorégulation. Nous travaillons à doter notre pays d’un système d’autorégulation, avancer une démarche pour que la société s’autogère. Les droits de l’homme doivent être refondés et adaptés à la réalité de notre époque. Nous devons sortir du mode géocentrique de 1948. Les USA à l’origine des droits de l’homme ont bien organisé le génocide des Indiens, les Français avec leur déclaration de 1789 ont bien engagé des massacres dans leurs colonies. Dès que nous parlons de refondation face à l’Occident nous paraissons suspects. Les organisation algériennes des droits de l’homme devront fusionner pour construire pour le pays un cadre où il pourra fonctionner démocratiquement sans risque de dérapage. L’approche consiste à tisser et capitaliser les réseaux de solidarité avec la conscience qu’on est des frères mais avec nos multiples différences ».

En ultimes recommandations, Hocine Zehouane dira : « Notre débat n’est pas politique. Politiser la ligue c’est la tuer. Nous avons à développer une autonomie intangible, connaître l’historique, rationaliser le discours, maîtriser les concepts et développer la formation en direction des jeunes. Nous devons unifier les ligues crédibles et aller vers l’agrégation des volontés. Construire une instance nationale qui pourra peser. Les espaces des interdictions sont significatifs : l’université, la maison de la culture, la rue constituent pour le pouvoir des vecteurs de transmission intolérables. L’arsenal juridique sur lequel s’appuie l’administration n’offre aucun recours. Le wali interdit, le juge se déclare incompétent il n’y a plus de recours. Le pouvoir a une puissance que nous n’avons pas : “La puissance de la honte” ».

Auteur
Hand Awzellag

 




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