1 février 2023
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Une constitution pour sauver le système

REGARD

Une constitution pour sauver le système

Encore une fois, le pouvoir va faire le même coup de force comme celui des présidentielles du 12 décembre 2019. Il va également dans le contresens de la volonté d’un peuple qui a fait serment pour l’instauration d’un État de droit. 

L’annonce faite par le gouvernement de Tebboune de faire passer le projet de la constitution pour le premier novembre prochain, la date symbolique du déclenchement de la révolution contre la France coloniale, est une insulte en premier lieu aux artisans de celle-ci, et, en second, à ceux qui ont fait du 22 février 2019 une autre journée historique pour libérer le peuple d’un système moribond.    

Alors que le pays est déjà dans une phase de changement de mœurs politiques, le gouvernement s’est investi dans une mission dangereuse où le risque de faire basculer la nation dans un désordre n’est pas à écarter. Et c’est dans une vision cloisonnée, étroite et linéaire qu’il compte promulguer la nouvelle constitution. 

Le pouvoir s’est réorganisé à la faveur de la crise sanitaire et s’estremis en ordre pour imposer son agenda. Donc, stricto sensu, cette constitution est une arnaque, un subterfuge pour rétablir et consolider les liens déstabilisés par la révolution depuis février 2019. Cette dernière est comme un séisme, elle a réformé certains meubles encombrants, mais la demeure est encore debout. Donc, c’est la mission à laquelle le gouvernement actuel s’est engagé : sauver la demeure du système avec ceux qui ont déjà eu la chance de poser pied. 

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Ce n’est pas un secret, c’est la majorité des hommes de Bouteflika et les structures qui lui ont été fidèles qui gèrent la boutique d’El-Mouradia, malgré quelques éléments qu’on a sacrifiés de son entourage pour faire croire aux Algériens de la volonté du pouvoir à changer les choses. D’ailleurs, il suffit de voir les appuis inconditionnels venant du RND, FLN, MSP, l’UGTA, l’ANR et les autres organisations, du même acabit, habituées à une certaine vilénie politique.  

La rencontre de Belkhadem avec le chef d’État est un signe de mauvais augure. Il représente le système dans son ensemble, cadre du FLN, chef du gouvernement et ministre sous l’ère de Bouteflika, islamiste, allié du FIS, etc. Mais il n’est pas le seul.

Vieux cacique du règne FLN, Salah Goudjil, président du Sénat, âgé de 89 ans, a été l’invité d’honneur à Tassaft (Tizi-Ouzou) pour la commémoration du 20 août 1956, ce qui est un fait non surprenant. Il était sans doute en mission pour sonder si les vassaux et le relais locaux du pouvoir seront disponibles pour préparer le terrain afin d’accueillir la nouvelle constitution le 1er novembre prochain.

Sans surprise, certains ont pris part à cette initiative mesquine qui porte atteinte à la mémoire des valeureux martyrs dans laquelle on peut les identifier clairement ou moment ils étaient appelés comme des enfants d’école à déposer une gerbe de fleurs, et par la suite écouter le discours politique du vieux sénateur. 

D’une façon insidieuse, la machine pour simuler la Kabylie dans le projet de la constitution est déjà en marche. Certains maires ont déjà affiché leur zèle en offrant des burnous à un ministre de Tebboune venu en visite ces derniers jours dans la région, il y a aussi ces bruits qui courent à Tizi-Ouzou pour s’organiser autour d’un comité de la société civile pour être au service du nouveau maitre des lieux. 

Le sort d’Ouyahia, d’Amara et Khalida Messaoudi peuvent-ils leur donner une raison de se méfier ?

D’autres exemples sont aussi plus ridicules que ceux-là peuvent être cités pour connaitre l’objectif ultime du pouvoir. En passant de la séduction à la menace, en effet, il ne se gêne pas de mettre en prison d’une manière arbitraire tous les acteurs du mouvement et les journalistes susceptibles de créer des dynamiques de changement et faire face à un pouvoir illégitime. 

Profitant d’une situation sanitaire liée à la pandémie de la Covid-19 qui a contraint les citoyens par un devoir de responsabilité à limiter leurs actions, cette opportunité a donné toutes les raisons au pouvoir d’agir en toute impunité et en mettant le destin d’une nation sur un porte-à-faux. 

Le projet d’une constitution n’est pas une affaire d’un seul groupe ou d’une organisation que le hasard et le contexte politique ont fait d’eux des décideurs sans égard aux principes d’un État démocratique.

Cette situation nous ramène directement à la période ou l’Algérie a retrouvé son indépendance. À noter qu’un groupe de militaires issu du clan d’Oujda a pris le pouvoir par la force, et par la suite, le 31 juillet 1963, ils ont imposé une constitution aux Algériens qui a eu l’approbation dans une salle de cinéma (ex-Majestic, actuellement Atlas) par des députés fraichement nommés. En donnant de l’importance aux témoignages historiques, c’est Ahmed Ben-Bella avec son bureau politique qui ont rédigé la mouture d’une constitution qui a mis le citoyen dans des conditions restrictives, en lui enlevant le droit d’expression et de penser, et interdisant toute idée du multipartisme. 

D’ailleurs tous ceux qui l’ont contesté ont été écartés des instances de la nouvelle nation algérienne, que ça soit Ferhat Abbas, Krim Belkacem ou Ait-Ahmed. Tous les trois ont démissionné de l’Assemblée nationale constituante (ANC), juste après le référendum du 10 septembre de 1963, et chacun a dénoncé à sa manière cette mascarade : 

Ferhat Abbas, après sa démission en tant que président de cette assemblée, dans une longue lettre adressée aux députés et au gouvernement de Ben-Bella (1), il dit : « Une bonne constitution doit donner la parole au peuple, elle doit permettre la libre discussion. Cette libre discussion, loin de nuire à la discipline nationale permettra de révéler des cadres valables et enrichira les institutions de l’état. Un état « confisqué » est un état « mort-né ». »

Hocine Aït Ahmed dénonce un « coup de force constitutionnel qui, au lendemain de l’indépendance, a confisqué le droit des Algériens à l’auto-détermination ». Dans une longue entrevue dans le journal El-Watan, il déclare (2) : « J’étais moi-même membre de la commission chargée de rédiger l’avant-projet de Constitution. Je n’ai jamais participé à la rédaction du texte présenté. Je l’ai découvert le jour de la plénière ». 

Pour Mohamed Boudiaf, au moment des faits, il a été déjà kidnappé par la milice de Ben Bella pour être envoyé, dans un secret total, à Tsabit dans la région d’Adrar au sud du pays. 

Et malheureusement, l’Histoire est en train de réécrire avec ce pouvoir en utilisant les mêmes méthodes : les intimidations, les arrestations arbitraires, la séquestration des espaces d’expression et de liberté, l’interdiction de manifester, etc. 

Mais cette fois-ci, il faut penser aux conséquences d’un tel coup de force, car nous ne sommes plus en 1963. Le peuple, aussi, n’est pas le même. Le bras de fer entre un pouvoir omnipotent, autoritaire et le citoyen est inévitable. Il est manifeste que le fossé est déjà très large entre les deux. L’Histoire jugera.

Messaoudene Mahfoudh

1- https://lequotidienalgerie.org/2020/05/13/ferhat-abbas-et-la-premiere-constitution-algerienne/

  1. «Aït Ahmed a refusé d’être Président car il pensait que l’arrêt du processus électoral était un coup d’Etat»

Auteur
Messaoudene Mahfoudh

 




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