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Université d’été Riposte Internationale : quatre jours de débats sur la liberté et la démocratie en Méditerranée Nibelle, Orléans du 19 au 22 août

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Militants, avocats, Responsables politiques, défenseurs des droits humains universitaires et représentants d’ONG venus d’Afrique, d’Europe et du Maghreb se sont retrouvés à Nibelle pour débattre des droits Humains, de la justice et de la démocratie dans une région en crise.

« Cette édition est la quatrième de notre université d’été, et elle prend un sens particulier face aux défis liés aux droits Humains que traversent nos pays », a déclaré Ali Aït Djoudi, président de Riposte Internationale, lors de la cérémonie d’ouverture. L’événement a rassemblé des voix venues d’horizons variés pour partager expériences, analyses et stratégies de résistance pacifique face à la montée des régimes autoritaires et à la restriction croissante des libertés.

Parmi les interventions les plus marquantes, celle de Mme Nassera Dutour, présidente du CFDA et de la FEMED, a résonné avec force. « Être empêchée de revenir dans mon propre pays est un choc. La vérité et la justice sont les seules voies pour reconstruire l’Algérie », a-t-elle affirmé, rappelant son refoulement d’Algérie et la nécessité d’une solidarité régionale.

A travers une vidéo le président du RCD Atman Mazouz à tenu à apporter son soutien à Riposte Internationale. Il a d’abord salué l’initiative de riposte internationale.  Il qualifie l’université d’été comme un espace précieux où les expériences se croisent et les luttes se nourrissent. Le président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie RCD à apporté son soutien aux détenus d’opinions et dénoncer la répression contre les défenseurs des Droits Humains en Algérie.

Me Abderrazak Kilani, ancien bâtonnier, ancien Ministre de Tunisie, a dressé un tableau alarmant de la situation dans son pays depuis le coup d’État de 2021 : « Nous assistons à un recul dramatique des droits et libertés, à des arrestations arbitraires et à l’instrumentalisation de la justice par le pouvoir. La solidarité internationale est plus que jamais nécessaire. »

Le Mali n’a pas été en reste, avec Ismaël Sacko, président du PSDA et ancien conseiller du président Malien déchu. Il a évoqué les coups d’État successifs et la dissolution des partis politiques : « Il est vital d’impliquer les jeunes générations dans la défense des valeurs démocratiques, sinon le cycle de l’autoritarisme se perpétuera. »

Mohand Bakir, Journaliste lors de son intervention a indiqué  sa joie d’être présent et son souhait d’échanges et d’écoute mutuelle, soulignant un moment particulier pour les sociétés du Sud et le monde.

Geneviève Garrigos, élue conseillère à la mairie de Paris et ancienne présidente d’Amnesty International France, a salué « le courage des défenseurs des droits humains au Maghreb » et dénoncé « le deux poids, deux mesures » dans la protection des libertés fondamentales. Elle a rappelé les liens historiques et culturels entre les deux rives de la Méditerranée, plaidant pour « une solidarité sans faille et la fin de l’esprit colonial ».

Durant ces quatre jours, les discussions ont exploré de nombreux thèmes. La justice algérienne, les prisonniers d’opinion, les lois répressives et le harcèlement des avocats ont été minutieusement analysés. La violence contre les femmes en Algérie a été abordée avec, mettant en lumière les insuffisances juridiques et institutionnelles pour protéger les victimes. Le rôle historique du Congrès de la Soummam et l’inspiration qu’il continue de représenter pour la démocratie contemporaine ont également été évoqués.

Justice algérienne : prisonniers d’opinion et lois répressives

La première journée de débats a été marquée par une table ronde consacrée à la justice algérienne. Autour de Smati Chawki, Me Aïssa Rahmoune et Nassera Dutour ont présenté des contributions d’avocats algériens, parmi lesquels Me Ahmine, Me Aidoune Dalal, Me Sofiane Ouali et Me Bellatreche.

Leurs interventions ont dénoncé les insuffisances du Code de procédure pénale de 2025, la prolongation abusive de la détention provisoire, la restriction des recours et la domination du ministère public. « Défendre un prisonnier politique en Algérie, c’est s’exposer au harcèlement, aux menaces et parfois aux poursuites », a alerté Me Rahmoune.

Les débats ont également porté sur la criminalisation croissante des activités civiques, la surveillance des réseaux sociaux et la suspension de nombreuses associations.

Ingérences étrangères et Printemps arabe confisqué

La seconde thématique a été consacrée aux ingérences étrangères au Maghreb et au Moyen-Orient. M. Dylan Boutiflat, membre du bureau national du Parti socialiste français , chargé des relations internationales et Mr Frédéric Orain, élu à Blois et membre du parti socialiste, ont rappelé que les indépendances arabes avaient été « confisquées » par des régimes autoritaires s’appuyant sur le pétrole, l’aide étrangère et le nationalisme.

Le Printemps arabe de 2011 a bouleversé ces équilibres, mais son échec apparent, notamment en Libye et en Syrie, reste lié à des interventions étrangères motivées par des intérêts stratégiques. « Malgré tout, le Printemps arabe a fait naître une conscience politique qui ne s’éteindra pas », a estimé Orain.

Algérie et Tunisie : libertés en péril

La deuxième journée a mis en lumière la situation des droits humains en Afrique du Nord. Adel Boucherguine, président du Comité de sauvegarde de la LADDH, a présenté un bilan alarmant pour l’Algérie : 126 arrestations, 55 gardes à vue et 44 mandats d’arrêt en 2025, dont 15 pour « terrorisme », ainsi que 242 prisonniers d’opinion recensés. « La société civile est réduite à un désert associatif », a-t-il déploré.

En Tunisie, Me Kilani a dénoncé l’adoption du décret-loi 54 sur la cybercriminalité, qui a conduit à des condamnations allant jusqu’à 70 ans de prison. « Mais l’esprit de résistance est toujours là », a-t-il assuré.

Violence faite aux femmes : un combat inachevé

L’intervenante de Mme Ismahan Aït Messaoud présidente AFTA a consacré une session à la violence envers les femmes en Algérie. Elle a dénoncé l’absence de reconnaissance du viol conjugal, la tolérance implicite envers les crimes d’« honneur » et les failles juridiques permettant aux agresseurs d’échapper aux sanctions.

« Les féminicides augmentent, mais ne sont pas reconnus juridiquement. Les victimes sont laissées sans protection, parfois assassinées par leurs agresseurs libérés », a-t-elle rappelé, citant le cas tragique de Sheima.

Mémoire et avenir : du Congrès de la Soummam au Hirak

L’héritage du Congrès de la Soummam de 1956 a été réaffirmé comme un jalon démocratique fondateur. « Abane Ramdane avait posé les bases d’un État civil et non militaire. Cet esprit reste une inspiration pour l’Algérie d’aujourd’hui », a souligné Lyes Djebaili.

Le Hirak, qualifié de « révolution du sourire » par Mohand Bakir, a été analysé comme une réappropriation pacifique de l’espace public. « Le peuple a montré sa maturité et son intelligence collective », a-t-il ajouté, tout en regrettant les tentatives de récupération politique.

Médias algériens : entre ouverture et verrouillage

Enfin, une session a été consacrée à la presse écrite et audiovisuelle en Algérie. Adel Boucherguine et Smati Chawki ont retracé son histoire, de la presse coloniale aux chaînes privées du Printemps arabe.

Malgré des phases d’ouverture, la mainmise de l’État reste dominante, via le contrôle de la publicité publique par l’ANEP et la censure des journalistes critiques. « Certains continuent pourtant à exercer avec courage, notamment en couvrant le Hirak », ont-ils conclu.

Un espace unique de dialogue et de mobilisation

Enfin, la situation de la presse algérienne a fait l’objet d’une analyse approfondie : contrôle étatique, dépendance financière et pressions juridiques freinent l’indépendance des journalistes, mais l’engagement de certains reste un signe d’espoir.

L’université d’été de Riposte Internationale a confirmé sa place comme un espace unique de réflexion, de solidarité et de mobilisation transnationale. Dans un contexte où la liberté d’expression et les droits humains sont menacés, ces quatre jours ont rappelé l’importance d’une action collective et continue.

Christ Kouakou

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