2 octobre 2022
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116e vendredi : les marcheurs signent la plus longue marche de la protesta

DISSIDENCE

116e vendredi : les marcheurs signent la plus longue marche de la protesta

Les marcheurs ne finissent pas de nous étonner. Ce qui débute du haut de la rue Didouche Mourad par une modeste cohorte de quelques centaines de manifestants se termine par une marée humaine.

En ce début d’après-midi, Rostane marcheur assidu, assis sur les marches d’un des immeubles de la rue Didouche Mourad est dépité et attristé. Il ne comprend pas ce qui se passe et lance : comment allons nous faire, le Hirak ne fait plus foule !

A ce moment là la faible procession avance très doucement et resserre ses rangs en exécutant son répertoire habituel. Ils répètent qu’il n’y aura pas d’élections avec le gang et fustigent les services secrets. Ils réclament un état civil et chantent Tahia El Djazair. Ils dégagent les généraux et décrètent que cette année il n’y aura pas de vote.

Entre-temps la procession de Bab El Oued met du temps à atteindre le front de mer. Les marcheurs qui sont en attente de la procession sur le boulevard Che Guevara s’impatientent. L’explication au retard est donné par un nouvel arrivant : comme Al Adhan (appel à la prière) a été décalé dans les différentes mosquées de Bab El Oued pour diminuer le flux humain les marcheurs ont stationné aux 3 horloges afin de se regrouper et démarrer ensemble.

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Ils arrivent et entonnent un nouveau slogan qu’ils scandent en chœur et avec force du début de la rue Che Guevara à Cavaignac sans interruption qui dit :

« Goulna Yatna7aw ga3 maranach 7abssine, Dawla rahi Ta9ma3 maranach Khayfin » i.e. On a dit que tous devaient partir on ne s’arrêtera pas, l’état réprime et nous n’avons pas peur.

A la hauteur des policiers on chante : « ounhar el aid t3aidou be rangers i.e. vous passerez l’Aïd (fête familiale et religieuse) avec vos rangers(en tenue) », étant donné que la semaine prochaine risque d’être tumultueuse et exigera probablement la présence d’un maximum d’effectifs des forces de l’ordre. Les jeunes policiers devront renoncer à rejoindre leurs familles.

Arrivés au croisement de la rue Asselah Hocine et de la Grande poste les marcheurs remarquent que le barrage érigé habituellement au début du boulevard Amirouche n’est pas là. En effet, le dispositif policier est considérablement allégé aujourd’hui. Les manifestants se concertent hésitent puis décident de profiter de cette brèche en bifurquant vers le Boulevard Amirouche. Ils décident de changer d’itinéraire et d’aller vers le 1er Mai. Les forces de police sont prises de court et ne réagissent pas.

Voilà que l’on prend la direction du boulevard Amirouche puis de la rue Hassiba Ben Bouali. Aux épouses des hommes positionnés sur leur balcon on crie : « liyag3ad fidar labsilou laadjar » i.e. celui qui reste à la maison mets-lui le voile.

A la hauteur du 1er Mai, on décide à pied levé de continuer vers Belouizdad. La population sortie sur les balcons est honorée de recevoir chez elle une si grandiose procession. On rejoint le cortège et il se produit comme un effet boule de neige. Le nombre de marcheurs se multiplie et l’immense procession s’étend de la rue Hassiba Ben Bouali au cimetière de Sidi M’hamed. 

Entre-temps les tuniques bleues toujours positionnés sur la rue Didouche et les quelques manifestants perdus se retrouvent seuls.

On continue jusqu’au ruisseau. Après plus de deux heures les forces de police réagissent et bloquent la route des manifestants au niveau du commissariat. On évite l’affrontement et on reprend le même itinéraire vers Bab El Oued. Les manifestants chantent et se faufilent entre les voitures.

Ils sont fiers de leur marche et ont le cœur léger. Leur morale reprend du poil de la bête.

Plus de 15 kilomètres ont été parcourus par les manifestants. C’est la plus longue marche depuis le début de la protesta.

La protesta d’Alger que beaucoup donnaient pour finie se relève de ses cendres. Les énormes efforts déployés par le pouvoir depuis plus de trois mois pour réduire la protesta à néant sont désormais anéantis.  

Répression, déni et étouffement ne sont pas les solutions. Seul le dialogue peut sortir l’Algérie de cette crise insoutenable politique qui perdure.

Auteur
Djalal Larabi

 




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