10 décembre 2022
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A l’IMA, les intellectuels, la colonisation et la guerre d’Algérie

Un colloque proposé par l’Institut du monde arabe (IMA) et la Bibliothèque nationale de France (BnF) s’est tenu du 20 au 22 janvier. Il abordait la question de l’opposition des intellectuels à la colonisation et à la guerre d’Algérie, répondant à l’une des recommandations du rapport de Benjamin Stora sur les enjeux mémoriels remis au président de la république, Emmanuel Macron, en janvier 2021.

«L’origine de cette manifestation s’inscrit dans le cadre des nombreuses propositions concrètes que Benjamin Stora avait adressées au président de la république sur l’histoire et la mémoire reliées avec l’Algérie», explique Jack Lang à Arab News en français. Il ajoute que cette idée a été reprise par le président Emmanuel Macron en vue de l’organisation de ce colloque, en harmonie avec l’équipe de l’Élysée et les collaborateurs directs du président.

«Nos deux institutions, l’IMA et la BnF, se sont associées pour donner le maximum d’ampleur à cet événement. Ses participants sont des personnalités de très haute qualité, ce sont des témoins, des historiens, des journalistes et des créateurs qui peuvent témoigner des divers engagements des intellectuels au sens large contre la colonisation ou contre la guerre d’Algérie», ajoute-t-il, soulignant l’engouement qu’a suscité le colloque auprès des auditeurs, dont certains étaient en ligne.

Interrogé sur le fait qu’il soit important de faire connaître les prises de position des intellectuels contre la colonisation et la guerre d’Algérie auprès des Algériens, le président de l’IMA affirme: «Ceux qui ont pu suivre le colloque en ligne auront découvert qu’il y a eu en France, à différentes époques, des personnalités intellectuelles qui ont refusé la colonisation, qui ont condamné les méthodes et, surtout, se sont battues contre la guerre d’Algérie et pour l’indépendance du pays. Nous espérons que nos amis algériens faciliteront également l’expression de personnalités algériennes à ce sujet.»

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De son côté, Benjamin Stora, historien spécialiste du Maghreb et coordinateur du colloque, a fait savoir que son rapport continuait de susciter des polémiques, des discussions et des controverses. Mais, précise-t-il, «sur les vingt-deux préconisations que j’avais formulées, certaines ont été réalisées». L’historien a cité, entre autres, la reconnaissance par l’État de l’enlèvement et l’assassinat de Maurice Audin, la réception par le président de la république des petits-enfants d’Ali Boumendjel – ce dirigeant du nationalisme algérien enlevé et assassiné par le général Paul Aussaresses –, à qui le président a demandé pardon au nom de la France, ou encore l’ouverture des archives, annoncée par l’Élysée.

«Geste symbolique et politique»

Tassadit Yacine, anthropologue, est directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et membre du laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France, interrogée par Arab News en français, insiste sur l’importance qu’un tel événement soit tenu: «Ce colloque me paraît très important. C’est la première fois, en France, en 2022, soit soixante ans après l’indépendance, qu’un colloque officiel sur l’Algérie est organisé […]. Il y a une décision politique qui offre la possibilité de traiter et de parler de la guerre d’Algérie, de la colonisation. C’est un geste symbolique et politique à la fois qui nous permet de travailler en totale liberté. La levée de ce tabou sur l’Algérie est très importante […]. Il y a des générations d’Algériens de France ou de Français d’Algérie qui doivent absolument savoir certaines choses […], car c’est une guerre qui a aussi eu des effets en France. L’immigration a beaucoup fait pour l’indépendance de l’Algérie», explique-t-elle.

Tramor Quemeneur, historien, auteur de La Guerre d’Algérie (publié aux éditions Prisma Géo en 2012), est l’un des membres coordinateurs du colloque. Selon lui, l’opposition, qui a existé depuis le début de la colonisation, est méconnue. Cet événement a justement pour objectif de mettre en lumière les contestations et les critiques du système colonial et il abordera les oppositions intellectuelles au niveau international – en Europe, en Afrique et dans les autres régions du monde.

L’historien a évoqué la guerre des manifestes. Au mois de septembre 1960, lors du procès des membres du « réseau Jeanson », cent vingt et un intellectuels, rejoints par cent vingt-cinq autres, signent une déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie. Appelée «Manifeste des 121» et considérée à l’époque comme un scandale politique, elle provoque la réaction des intellectuels favorables à «l’Algérie française». Ces derniers publient le «Manifeste des intellectuels français pour la résistance à l’abandon». L’historien a également rappelé que quelque seize mille signataires ont rejoint l’«Appel à l’opinion pour une paix négociée», parmi lesquels Paul Ricœur, Roland Barthes, Edgar Morin et Jacques Prévert.

Auteure d’Algérie 1954-1962, la torture en question: le dossier Jean Muller (Dahleb, Alger, 2013), et de La Guerre d’Algérie à travers cinq journaux catholiques métropolitains 1954-1958 , Malika el-Korso a relaté le parcours de Robert Barrat, l’une des figures les plus emblématiques des catholiques de gauche dans la lutte anticoloniale. Quant à Marie-Pierre Ulloa, auteure de Francis Jeanson, un intellectuel en dissidence, de la Résistance à la guerre d’Algérie (Stanford University Press, 2008), et de l’ouvrage Le Nouveau Rêve américain, du Maghreb à la Californie (CNRS Éditions, 2019), elle a présenté le réseau clandestin du philosophe sartrien français Jeanson, dont les membres ont pris fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie et pour les membres du FLN en France.

Apaiser l’histoire mémorielle
Un grand nombre de participants du colloque espèrent que cette initiative sera suivie d’autres événements autour de la question mémorielle entre l’Algérie et la France, méconnue des jeunes générations. Les travaux de recherche, qui ont pour vocation d’apaiser l’histoire mémorielle entre les deux pays, exigeraient des protagonistes qu’ils tiennent compte de la complexité, de l’ambiguïté et de la contradiction de certaines prises de position durant la période coloniale et la guerre d’Algérie. Avec AFP

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