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27 février 2024
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Acquis, continuité et réconciliation : de quoi parle-t-on ?

56 ans après l’indépendance

Acquis, continuité et réconciliation : de quoi parle-t-on ?

Les parties de la coalition au pouvoir et leurs excroissances auxquels s’ajoutent certains groupuscules qui lorgnent des places au chaud dans les différents hémicycles pour assurer une retraite dorée semblent justifier la nécessité d’un cinquième mandat pour le président Bouteflika par le maintien des acquis (المكاسب), la continuité ( الاستمرارية) et la réconciliation (المصالحة). Il faut reconnaître qu’ils sont dans leur rôle pour défendre un ordre établi dans lequel chacun trouve son compte.

Les deux premiers concepts ont été les piliers du régime depuis le premier jour de l’indépendance. Le troisième est venu avec l’arrivée de Bouteflika et sa fameuse lutte contre la « Fitna » de la décennie noire des années 90.

Contrairement aux analyses très légères de certains partis d’opposition, les corps constitués, les associations de la famille révolutionnaire, les fonctionnaires, les assistés du pouvoir qui exercent en toute impunité dans l’informel sont totalement acquis à cette thèse et représentent un poids de ¾ du corps électoral.

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Le lecteur pourra se demander, mais alors pourquoi s’inquiètent-ils autant ? Et spécialement pour cette fois ci ? L’état de santé du président, la réticence des membres de sa famille et surtout l’impassibilité de trouver une personnalité charismatique et légitimée par un passé révolutionnaire qui pourrait perpétuer le système sans le perturber, restent désormais rares avec la disparition de la quasi-totalité de ceux qui ont été les artisans de la guerre de la libération de l’Algérie.

« L’indépendance confisquée »

Pourtant, il n’y a pas de quoi s’enorgueillir et encore plus se gargariser de ce qui a été réalisé depuis l’indépendance et la consolidation de l’esprit patriotique et sa fertilisation dans les générations futures, l’impasse dans laquelle se trouve le développement du modèle économique et enfin qui s’est réconcilié avec qui lorsqu’au moindre baisse du niveau de vigilance, on renoue avec les attentats même si leur fréquence reste sporadique. Il faut aussi reconnaître que le parti du Front de la libération nationale (FLN) a réussi un premier consensus lors du déclenchement de la révolution en novembre 1954 pour un objectif d’une libération de la population algérienne du joug colonial caractérisé par une colonie de peuplement, de spoliation des terres agricoles et un statut d’indigénat pour les autochtones.

En effet, la société algérienne a été une des plus dépossédées du monde : la colonisation de peuplement avait expulsé une partie de la paysannerie de sa terre et condamnait, par son existence même, les chômeurs ruraux à ne pas trouver d’emploi dans le secteur agricole. La majorité des postes de cadres moyens ainsi que des fonctions administratives subalternes étaient dévolus aux Européens. Enfin l’identité algérienne elle-même était niée, le pays ayant un statut départemental tandis que l’arabe n’était pas enseigné dans les écoles. Le succès de l’insurrection du 1er novembre 1954 trouve là ses sources.

Mais le Front de libération nationale, pas plus que les autres mouvements nationalistes petits -bourgeois qui l’ont précédé, n’avait d’autre programme que l’indépendance, d’autre idéologie que l’anticolonialisme. Si la lutte armée avait été le signe du dépassement du réformisme des partis traditionnels, les classes moyennes qui composaient les directions de ces partis s’imposent après 1956 au sein d’un F.L.N. sans doctrine.

Les faits historiques sont formels : le contenu de l’indépendance est un problème qui n’a jamais été abordé au cours de la guerre de libération nationale. Ce fait déterminera une part importante de ce que fut l’histoire des 56 premières années de l’indépendance de l’Algérie. Ceux qui sont morts pour cette aspiration ne l’ont pas été en vain. Il se trouve  malheureusement que ceux qui ont pris la relève pour parachever le processus d’indépendance ont désormais échoué sous la pression de la bourgeoisie bureaucratique qui s’est avérée plus puissante que l’armée coloniale.

Pourquoi ? Parce qu’elle s’est développée dans le corps social lui-même et s’est incrusté dans les cellules de sa cohésion pour empêcher son progrès. Si l’on ne compte pas les trois gouvernements provisoires d’avant l’indépendance, il y a eu 44 gouvernements durant la période précitée, Bouteflika en nomme 19 sans compter les 13 ans qu’il a passé sous la présidence du feu Houari Boumediene. C’est probablement  cette longévité dans le pouvoir qui le rend aujourd’hui la cible de toutes les critiques en prenant tout ce qu’on fait ceux qui ont pris la destinée de l’Algérie avant lui sur son dos.

Souvent les chefs des gouvernements sont reconduits mais les ministres changent. Chaque responsable arrive avec une nouvelle stratégie qui divorce avec la stratégie précédente, raison pour laquelle les projets et intentions d’investissement n’arrivent toujours pas à se concrétiser. Concrètement, par exemple, l’Etat n’arrive toujours pas à aménager des zones industrielles. Il rate les opportunités pour faire fuir des investisseurs, tourne le dos à des millions de dollars et refuser des milliers de postes d’emploi à ses concitoyens. C’est  apparemment un art qu’affectionnent ceux qui tiennent les rênes de ce pays.

Résultat ? Les générations d’aujourd’hui n’ont apparemment pas récolté les fruits des sacrifices faits pour une Algérie libre, mais libre pour qui ? Ils ont l’impression que la société algérienne est passée d’une colonisation qui marginalise la majorité à un système dans lequel la croissance est au profit de la minorité. Cette contribution, se basant sur des faits historiques, tenté de montrer que l’Algérie a raté son indépendance réelle. Mais pour tempérer l’euphorie des uns et des autres qu’entendaient vraiment les vaillants combattants de liberté par «indépendance réelle» ? Pas celle que nous connaissons en tout cas.

L’Algérie n’était pas la seule mais ses paires ont réussi le challenge, quelles sont les raisons effectives de son échec ?  Enfin y aurait-il une voie de sortie ? Qui pourra-t-il la réaliser ? 

Auteur
Rabah Reghis

 




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