5 juillet 2022
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Algérie – Espagne et le « vampirisme politique »

Espagne Algérie

Lorsque l’Espagne socialiste se concentre sur le Maroc, l’Italie ouvre sa boussole de l’Algérie à l’Egypte. Pourtant, c’est l’ensemble du Maghreb qui a façonné et conditionné la vie politique espagnole depuis le milieu du XIXe siècle à nos jours.

Le 11 juin dernier, c’est au porte-parole du Parti National Basque (PNV), M. Aitor Estiban de donner la cadence des réactions politiques suite à la lettre que le chef du gouvernement de l’Etat espagnol a adressé au monarque Mohammed-VI. 

La rhétorique du porte-parole du PNV devant le Congrès des députés use du savoir entomologique et océanique. M. Aitor Estiban note que si le Maroc a procédé à un « réalignement » avec Israël c’est pour se rapprocher davantage des Etats-Unis et que Pedro Sanchez en s’acheminant dans la voie marocaine comme solution au conflit de l’ancienne colonie espagnole, son gouvernement allait donner le coup de sifflet « pour l’augmentation du nombre de petits bateaux qui ont commencé à arriver aux Baléares ».

Le gouvernement Sanchez pensait trouver une solution énergétique aux conséquences de la guerre en Ukraine, en réalisant la géométrie de la quadrature du cercle avec « l’accord gazier passé avec le Qatar », poursuit le député du PNV, soulignant que « l’Afrique du Nord est un nid de frelons et que l’Europe devrait accorder plus d’attention à la situation au Sahel ». Allusion à l’orchestre-armé de Wagner qui semble finalisé ses « répétitions » de la guérilla chorégraphique !

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Le PNV prévient son gouvernement qu’il ne suffira pas « d’attendre et de prolonger les délais, pour voir si la marée peut revenir à une mer basse », les eaux sont tellement agitées en Afrique du Nord que cela aura des conséquences, puisque l’Algérie avance « très clairement vers l’Italie ». (Europa-Press, 11/6/2022)

Le PNV encore, relève que l’Italie s’est déplacée avec agilité vers Alger à la manière de Dino Zoff, le gardien légendaire de la Juventus et de la Nazionale. Désormais, la quadrature géopolitique des axes s’est établie entre Rabat-Madrid et Rome-Alger.

La ligne manquante à cette forme politique axiale est celle d’Alger-Rabat, ponctuellement en brisure politico-économique qui met la région ouest-méditerranée sous la pression des discours politiciens par médias interposés. Si nous avons cité, plus haut, l’exemple d’un parti politique nationaliste espagnol, c’est que ce pays basque, bien au nord de l’Etat espagnol jette un clin d’œil à la côte septentrionale du royaume Chérifien et par le biais du Riff, il juxtapose les questions identitaires bien plus que les déboires des sérails politiques. Régionaliser les questions politiques et économiques peut mener à rétrécir les espaces géographiques.

Le berbérisme nationaliste et l’Abertzalisme se rencontrent dans un espace bien commun de l’ordre de l’aquatique. La mer d’Alboran pour le Rif, la Méditerranée-ouest pour la Kabylie et le golfe atlantique de Gascogne pour le Pays basque forme une morphologie géographique permettant l’ouverture sur le monde et non la restriction dans les vallons ou ruisseaux. Le Maroc est le plus grand pays amazighophone, en termes de population, l’Algérie est le plus riche pays de l’aire Tamazgha et le Pays basque se distingue par son unicité linguistique dans la famille mondiale des langues tout comme l’albanais.

Le PNV, nous rappelle que les revendications sociales et politiques des trois régions, entre autonomie et indépendance, n’est qu’un signe de la dynamique socio-culturelle et intellectuelle éveillant certaines torpeurs des sens. Les régions en question ne se regardent pas assez, elles s’évadent dans l’extrapolation des questions fondamentales. Que l’on montre du doigt, toute revendication économique et sociale pour le bien-être commun, en la qualifiant sous l’étiquette d’une religion politique, c’est reproduire un nouvel ordre nationaliste chauvin, un syndrome ukrainien  en Mare-Nostrum. 

Si le PNV s’agite dans la corrida politique ibérienne, c’est tout juste pour redorer son blason nationaliste, lui qui a donné naissance à l’organisation ETA en ruminant au quotidien, le particularisme basque. A force de manier du feu, on finit par s’enflammer un jour. En s’attaquant au « patron » du gouvernement de l’Etat espagnol, il ne fait que durer le brasier de l’intervention du chauvinisme aristocratique espagnol dans la politique régionale, ce même « patron » de l’Etat entrepreneurial avait reçu, il y a quelques jours le secrétaire de l’OTAN et lui a indiqué qu’il est nécessaire de regarder vers les pays du sud de l’Algérie. Ce n’est nullement pour encercler militairement ce pays, mais plutôt d’orienter les intérêts européens vers le projet du gazoduc Niger-Mauritanie qui alimentera, bien sûr en premier, l’Europe.

Dans un pays où le rituel de la vie quotidienne continue à être synchronisé par le spectre du zombie Franco, les ombres de l’ETA et du GRAPO ne sont pas si loin. Lorsque la météo politique est agréable, ils renaîtront tels des Phénix. Lorsque l’on continue à déjeuner et à dîner à l’heure de l’Allemagne nazie, il y a lieu de s’interroger sur le devenir des peuples de la péninsule ibérique. Et certainement, le tourisme germanique apprécie grandement ce partage historique d’un commun héritage !

L’Espagne de tous les malheurs

Xavier Casals dans son livre, Dictatures et Démocraties. Journal d’histoire et de culture (2020) évoque cette influence de l’Algérie dans les relations entre la France et le royaume ibérique, dans « la violence politique durant la Transition politique ». Il relève 3 moments essentiels dans cette influence. 

1° – L’inspiration qu’avait eue en Espagne ce coup de force des généraux ultras d’Alger en 1958 ;

2° – Le soutien de l’Algérie aux nationalistes Sahraouis et ceux des îles Canaris ;

3° – Enfin, l’influence qu’a eue la guerre d’indépendance algérienne sur l’ETA et de même, sur ceux des groupes anti-ETA.

Dans cette Espagne au franquisme agonisant, le gaullisme est devenu une référence du modèle qui permettait de surmonter les divisions partisanes et garantir certains droits démocratiques. Un discours que développaient certains oligarques de la dictature franquiste dès 1972. Cinq ans plus tard, en 1977, le parti de l’Allianza Popular pourtant porteur de ce projet néo-franquiste en aspirant diriger la Transición du pays. Elle ne recueillera que quelque 8,2 % lors du référendum de juin 1977. Sur terrain, l’ETA poursuivait ses actions violentes en commettant quelque 631 attentats entre 1976 et 1980. Une bien sanguinaire Transition politique.

L’écrasement de l’organisation basque devenait l’unique priorité de l’Etat espagnol afin d’éviter un coup d’Etat contre le Vieux, de même qu’une proposition des plus fantaisistes a été avancée, et non étrangère à la culture politique espagnole de l’époque, à savoir encercler le Pays Basque militairement. Le coup de force des généraux d’Alger était à l’étude en ajoutant la graine de sel du respect de la constitution franquiste.

Sur un second plan, l’Algérie que la presse ibérique continue à dénommer Afrique du Nord, fut dès les premières années de son indépendance politique, une base logistique du Mouvement pour l’Autodétermination et l’Indépendance de l’Archipel des Canaris (MPAIAC) dirigé par Antonio Cubillo. Cet avocat et ex-membre du PC espagnol s’installa dès 1963 à Alger avec l’appui de Ben Bella et devient le théoricien du nationalisme canarien, pro-panafricaniste. Le modèle est tout simple : le mouvement de libération nationaliste des Canaris fait partie de la lutte anticolonialiste en Afrique, la géographie prouve que les îles et les territoires de Sidi-Ifni et celui du Sahara occidentales font parties d’un même propriétaire.

Le MPAIAC agissant depuis Alger notamment à travers une radio d’expression espagnole, attendra le 1/11/1976 pour annoncer la création de ses Forces Armées Guanches et inaugures ses 70 actions et ce jusqu’à 1979. Entre la bombe artisanale posée aux Galerias Preciades de Las Palmas et le recrutement d’éléments de droits communs, l’aventure du MPAIAC, en Algérie notamment, est un sérieux objet d’études.

Avec le partage du Sahara occidental entre le Maroc et la Mauritanie, la situation régionale tourne au tragique et l’Etat espagnol reçoit un rapport de la CIA qui l’a remis à Carlos Arias Navarro, chef du gouvernement, lui indiquant qu’il est question d’une République indépendante du Polisario, soutenue par l’Algérie et étendant son influence au MPAIAC.

L’annexion des Canaris comme région de l’Etat espagnol donnera froid au dos de la régence ibérique.  En Algérie et durant les régimes des colonels Boumediene et Bendjedid, la cause canarie a fait le tour des instances internationales et continentales même si l’URSS a fini par appuyer cette lutte. La disparition de Boumediene a fait place à la politique de négociations et du règlement pacifique de la question. Cubillo finit par rentrer en Espagne en 1985 après qu’Alger ait négocié l’expulsion du président-opposant Ben Bella d’Espagne.

Dans le combat du peuple Basque pour ses libertés démocratiques, la référence algérienne  de l’ETA de son combat indépendantiste est assez confuse. C’est dans Vasconia ouvrage paru en 1963 sous la plume de Federico Krutwig Sagredo (1921-1998) qu’il faut chercher.

Pour cet écrivain et philosophe dont la mère est d’origine allemande, l’identité Basque est à chercher dans la langue et non dans la « race » comme le defender le nationaliste Sabino Arana. L’ouvrage est la «bible » de l’ETA et Krutwig devient le père fondateur du sigle puisqu’il avait approché les jeunes militants de la jeunesse du PNV en les initiant à la théorie de la lutte armée. Même teintée d’anticolonialisme, la question Basque à laquelle Krutwig y joint les îles Canaries, ne peut remplir les conditions objectives et historiques des fondements politiques de l’ETA et de ses dérivés. Ce qui a poussé les dirigeants historiques de l’ETA de se concentrer sur le modèle du FLN-54-62, et dans les cercles d’études de l’organisation basque on fait appel à un autre livre : Les Damnés de la terre, de Frantz Fanon.

La Tricontinentale tiers-mondiste est aux portes de la refondation idéologique de ce mouvement nationaliste et révolutionnaire, mais profondément marqué par un anticommunisme chauvin. Durant son parcours avait pourtant, reçu et l’appui de beaucoup d’organisations communistes arabes et européennes ce qui a certainement accéléré sa déconfiture dissidente laissant l’aile nationaliste dans l’impasse de son programme primaire. Voici Mario Onaindia qui avait appartenu à l’ETA, répondant en 1996 à une question d’un journaliste espagnol si l’Algérie était un modèle pour l’organisation. Il notera que 

« Non. Dans les années soixante, il y avait des gens qui étaient fous d’avoir une activité clandestine, mais presque personne ne savait comment voler une voiture ou comment obtenir une arme à feu. Nous avions toujours eu une relation avec le FLN bien que l’influence ait été limitée. »

A la IVe Assemblée (congrès) de l’ETA en 1965, l’organisation avait relevé que le modèle algérien du FLN « était déjà entré en crise ». Les contacts avec Alger seront mis au froid dans l’attente de nouveaux signes politiques. Avec le retournement du régime du colonel Boumediene à la voie du « socialisme spécifique » marquée par le Titisme et le socialisme panarabiste, l’ETA installe sa branche armée en Algérie, entre 1974 et 1975. Sur terrain, il y avait en vérité deux fractions de l’ETA, l’une militaire et l’autre politico-militaire et l’étude de Xavier Casals Ramon Llull, cite qu’en 1976, 63 militants de l’ETA ont assistés à des cours sur l’entraînement physique (gymnastique, arts martiaux, piste dite américaine), ainsi que l’instruction militaire de maniement d’armes et autres enseignements tels que la topographie, la planimétrie, les transmissions et la conservation des armes. (Source : ETA. Stratégies et actions organisationnelles, 1978-1992, Université du Pays Basque, 1998).

L’aide en question visait notamment, une manœuvre de pression voire de déstabilisation de l’Etat espagnol et l’accord tripartite sur l’occupation du Sahara occidental. La jonction des MPAIAC et de l’ETA permettait de consolider la stratégie de la guerre d’usure que la guérilla basque avait approuvé dans son organe Zutik de 1978, qui explique qu’il s’agissait de « forcer une lutte prolongée d’usure humaine et psychologique afin que les occupants quittent notre territoire après épuisement et isolement ». (Source : Ignacio Sanchez-Cuenea, ETA contre Etat. Les stratégies du terrorisme, Tusquets, Barcelone, 2001).

La guerre de libération algérienne n’a pas suscité l’intérêt de ceux qui se dénommèrent révolutionnaires. Elle a été aussi une académie de la contre-révolution de par le monde. Cette affirmation n’est nullement fantaisiste. Elle repose bien sur une documentation bien fournie d’institutions officielles et de témoignages d’acteurs dans le monde de la contre-guérilla révolutionnaire. A cette chose, il faudrait ajouter une réflexion matérialiste de l’histoire des régimes algériens entre 1962 et 1986, touchant l’évolution de la bourgeoisie compradore pro-impérialiste et certaines forces politiques qui ont adhéré à ce processus de la contre-révolution dans son ensemble.

Le royaume ibérique terre d’asile des ex-OAS

Afin de lutter contre l’ETA, le MPAIAC et d’autres organisations combattantes armées, les tenants du régime franquiste ou ceux de la Transition démocratique ont usés et à différents niveaux, dans l’école de l’OAS. Nous noterons au passage que dans le monde luso-hispanique de la recherche universitaire et historique, des études viennent confirmer le rôle des ex-OAS et au détail prêt, au Brésil, en Angola et en Amérique Latine. D’autres travaux de grandes teneurs académiques évoquent l’application des méthodes OAS aux Philippines, au nord de l’Inde et au Myanmar (ex-Birmanie).

Le moule contre-révolutionnaire, versus OAS, a trouvé dans l’Espagne et le Portugal son chemin de croix, si ce n’est des « nouveaux Croisés ». Au royaume ibérique de Franco l’OAS a vu le jour et chichement entretenue. A partir de ses terres, que ses « commandos justiciers » se sont répandus de part le monde. L’objectif initial de cette aide est de maintenir la pression  sur Paris à ce qu’elle « neutralise » un peu plus, les organisations et les intellectuels républicains exilés depuis des décennies en France. 

En 1962, et afin de maintenir de bonnes relations avec son voisin français, Franco fait transférer les membres de l’OAS aux services des dictatures latino-américaine et sud-africaine (Afrique du Sud et Rhodésie). L’appui de Franco à cette organisation néo-fasciste de la colonisation est à inscrire dans l’ordre du service du renseignement espagnol de l’époque, le CESID. Le mercenariat de l’ex-OAS à l’encontre de l’ETA est un lourd travail sur la mémoire des peuples de la péninsule ibérique.

L’existence d’un commandement que dirigeait Nicolas Géli, un collaborateur de la Guardia Civile à Salou (Tarragone) est un fait notoire pour remonter l’histoire de la formation des Escadrons de la mort. D’autres éléments de l’ex-OAS et résidant dans certains pays d’Europe, se trouvent liés à travers une agence de presse basée à Lisbonne et que dirigeait un ex-militaire et ex-OAS, Yves Guillou de son nom Yves Gerin-Serac. L’agence Arginter Press créée en 1966 est officiellement une agence rattachée aux services secrets du dictateur Salazar, une plate-forme de recrutement des mercenaires et des « intellos » néofascistes et anticommunistes pour analyser les techniques de la subversion révolutionnaire. Le nom de Guillou s’ajouterait volontiers à celui de l’ex-OAS Jean-René Souètre. 

Un autre ex-OAS celui-là, Jean Rogue avec ses gardes du corps, les frères Jean-Pierre et André Cherid deux ex-OAS et le mercenaire américain Jay Simon Salby et sous la couverture de la société à capitaux français, Telma basée à Pampelune se consacraient à l’intimidation et à l’attaque des Basques liés aux réfugiés de l’ETA dans le sud de la France. Mariano Sanchez Covisa, un militant d’extrême-droite est cité comme appui à cette « société » et présumé chef de l’organisation Guérilla du Roi-Christ qui aurait mis Jean Rogue avec des industriels fascistes qui payés des services aux ex-OAS.

Si les chercheurs espagnols et basques sont prudents à l’incrimination du CESID à ses actions, il est pourtant claire que cette police politique franquiste n’aurait pas apprécié que telles activités se faisaient sous son nez sans être impliqué dans la « lutte antiterroriste ». L’activité anti-ETA a été bien menée de 1976 à 1987 et selon les révélations du commissaire-adjoint José Amedo en 2006, le Bataillon Basque Espagnol (BVE) et les Groupes Antiterroriste de Libération (GAL) avaient un lien étroit avec les ex-OAS reliés par certains officiers des services de sécurités de l’Etat espagnol.

C’est l’Algérie qui ouvre la corrida des négociations

Si le PNV critique aujourd’hui la politique marocaine de son gouvernement socialiste, c’est parce qu’il tente de faire  oublier qu’il est le nid même du nationalisme chauviniste ibérique. Il ne peut se dessabler d’être une sorte de Phyllobates terribilis des plus dangereux crapauds du monde politique en Espagne. Il avait tenté de se mettre sur la sellette des négociations entre le gouvernement et l’ETA. Il a bien reçu la gifle de son histoire, les petits jeunes nationalistes issus de ses rangs ont bien grandi en s’ouvrant à d’autres idéaux et sur d’autres cieux. Le PNV-EAJ a, certes, souffert de la dictature de Franco. Son président était condamné à mort et pour se cacher, il ira à Berlin « chez l’ami de mon ennemi ».

Durant la Seconde Guerre impérialiste, il avait son gouvernement clandestin, à Paris et doté de son propre service secret Los Servicios-Zerbitzuaka, en Basque qui collabora énergiquement avec la CIA dans sa lutte contre le communisme. Luttant pour l’autonomie du Pays Basque des deux frontières, ce parti chrétien démocrate renouvelé désapprouve les premiers contacts entre l’ETA et le gouvernement socialiste.

Il faut rappeler que les premiers badinages ont eu lieu dès 1984 entre l’ETA et l’Etat espagnol, le jésuite José-Maria Martin Patino, a proposé de servir de médiateur au gouvernement du PSOE. Chose qui n’a pas proposé en quelconque avancée, de même qu’avait mené le commandant de la Guardia Civile, Enrique Rodriguez Galinda qui avait entretenus depuis des mois des contacts avec le leader de l’ETA, Domingo Iturbe Abasolo « Txomin » (1943-1987).

Entre avril et septembre 1986, les balais algérois des émissaires espagnols étaient presque interminables. Les socialistes Rafael Vera ou encore Alfonso Guerra se rendaient en Algérie pour s’entretenir avec les différents responsables algériens. L’Algérie devenant un véritable sanctuaire des opposants armés de tout bord et de tous pays. Le socialiste Vera lance à un journal espagnol que « dans le nord de l’Algérie, l’ETA est venue s’exercer dans les camps d’entraînement de la police du pays, ainsi qu’au Liban et au Yémen ».

Avant d’ajouter que « là où il y avait des camps d’entrainement pour le terrorisme international, l’ETA a pu s’entrainer ». Une manière de saper les négociations à l’espagnole. En janvier 1983 et selon un document  confidentiel révélé par l’hebdomadaire Diario 16 du 16-19/7, l’ETA organisée des entraînements militaires dans les eaux algériennes. Des militants, dont Miguel Angel Goyeneche Fradua « Txo » qui coordonne des entraînements aquatiques en vues d’une opération militaire contre le roi Juan Carlos lors de son déplacement estival à sa résidence de Palma de Majorque. Selon ses infos qualifiées de hautement secrètes, les instructeurs de ses séances militaires appartiennent au FLN et agissant comme coordinateurs du leader de l’ETA !

Déjà le même hebdo avait évoqué  que le leader de l’ETA était en Libye à Ras Hilal dans une formation spéciale d’hommes-grenouilles et accusant le même Txo d’être le poseur de la bombe contre les destroyer  de la Marine espagnol, Marquès de la Ensenada en octobre 1981.

Tous ces propos ont certainement irrité les autorités algériennes de l’époque comme tentatives de saboter les contacts. Expulsé de France, le chef de l’ETA Txomin est à Alger et une nouvelle prise de contact débute entre les deux parties et sur appréciation algérienne, Txomin n’entend pas négocier avec un « officiel » de l’Etat espagnol. La base militante, politique et militaire, veut surtout mettre de la pression et ne lâche pas gratuitement des décennies de luttes et de sacrifices aussi facilement dans la mare ibérique. Le socialiste Vera est boudé par Alger, il envoie à sa place l’avocat Jorge Argote discuté avec le leader basque.

En janvier 1987, de nouvelles réunions ont eu lieu à Alger. Dans un des chalets du Club des Pins, Julian San Cristobal, directeur général de la Police, Manuel Ballesteros, commissaire conseiller du ministre de l’Intérieur José Barrionuevo et l’agent de police Pedro Martinez Suarez négocient les détails militaires d’un appel à la trêve avec Txomin.

Mais la disparition de Txomin dans un accident de la circulation routière à Berrouaghia, selon la version officielle algérienne reprise par le porte-parole de l’ETA, frappe en plein fouet les prémisses du dénouement de cette guerre fratricide. Il sera remplacé par Eugenio Etxaberte « Antxon ». Mais entre temps, l’Etat espagnol comptabilise ses victimes entre 1968 et 1986, il y a eu 667 morts entre ETA, organisations armées d’extrême gauche, escadrons de la mort fascistes et des non-politiques face à une politique socialiste dite de la « réinsertion » et du dialogue qui est tombé aux abois. 

Aujourd’hui le PNV (opposition) et PSOE (au pouvoir) portent de lourdes responsabilités devant toutes les victimes des « années de plomb » ibérique. 

Mohamed-Karim Assouane

Universitaire. 

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