20 janvier 2022
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Algérie-FMI : « On ne pleure pas devant les chiffres … » 

FMI

La mondialisation de l’économie prive les pays du Tiers-monde  comme l’Algérie de toute maîtrise sur les systèmes productifs dont dépend leur subsistance. Leur avenir leur échappe, il ne se définit plus que par référence à des schémas imposés de l’extérieur.

Sur le plan interne, nous savons en effet, qu’il n’y a pas d’alternative raisonnable à une politique en faveur d’une amélioration de l’égalité sociale lorsque les privilégiés sont peu nombreux et les désespérément pauvres la majorité et lorsque l’écart se creuse chaque jour davantage, ce n’est qu’une question de temps avant qu’un choix décisif ne s’impose entre le coût politique d’une réforme et les risques politiques. 

La justice sociale n’est pas uniquement un impératif moral, elle est d’abord un impératif politique, ensuite une nécessité économique et enfin une exigence sociale. 

En plus des contraintes économiques et politiques, les mécanismes de la dette rendent de plus en plus difficile l’instauration d’un régime ayant une véritable vocation démocratique, car les programmes d’ajustements structurels tels qu’ils sont présentés sont eux-mêmes  anti populaires et anti-démocratiques. Ces schémas supposent pour être efficaces des structures politiques, économiques et sociales comparables à celles des pays développés. Ce qui est loin d’être le cas dans l’immédiat du moins. 

Des efforts pour orienter la balance des paiements vers une production destinée à l’exportation, nécessiterait si l’on veut être réaliste, la mise en place d’une politique d’austérité, la diminution de la consommation allant de pair avec les contrôles visant à réduire l’inflation. Cependant, peu de gouvernements, nous semble-t-il, prennent  de telles mesures, car pouvant déboucher sur des émeutes populaires et le raidissement ou le refroidissement des riches. 

Certains gouvernements africains ont été sensibles à la possibilité de financer des opérations de prestige ; certains y ont trouvé un intérêt direct en prélevant au passage une commission le plus souvent recyclée à l’extérieur, les emprunts excessifs à l’étranger aboutirent à des tensions sociales et à une gestion macro-économique difficile ; les obligations qui avaient été contractées au titre du service de la dette, faisant peser un énorme handicap sur le budget de l’Etat et la balance des paiements. Malheureusement, le risque est grand de voir s’accumuler les emprunts puisque ceux qui en profitent sont ceux qui tiennent les rênes du pouvoir. Dans ce contexte, 

L’Etat va probablement poursuivre la construction publique à bénéfice privé par l’emprunt international. Il est vrai que les emprunteurs ont beaucoup à se reprocher mais ils ne sont pas les seuls ; pendant deux décennies, la Banque Mondiale les a encouragé à fonder leur stratégie économique sur les marchés mondiaux et non sur la satisfaction des besoins intérieurs,. Cette stratégie était coûteuse en devises pour ces pays, dangereuse pour les régimes en place, et pénible pour les sociétés. Quand un pays n’a plus rien en caisse et ne trouve plus de crédits auprès des sources habituelles, il doit faire appel au FMI, pour combler le déficit de sa balance de paiement. Son aide n’est jamais octroyée sans condition ; plus un pays fait appel au FMI, plus les conditions deviennent draconiennes ; elles sont forcément acceptées car sans l’approbation du FMI, aucune source de crédit, publique ou privée,  n’acceptera de financer à son tour. Le recours au FMI a des effets dramatiques. 

Ces mesures dites « d’ajustement structurel » entraînent l’alignement, c’est-à-dire « l’assujettissement » de sociétés entières vis-à-vis d’un système global mondial dominant dont la rentabilité et l’extraversion prioritaires sont les références suprêmes. Aux pays endettés qui font appel à lui, le FMI impose la suppression des subventions alimentaires, la libération des prix, la réduction du nombre d’emplois publics, la privatisation des entreprises publiques, la fermeture d’entreprises déficitaires même jugées utiles socialement, la baisse des salaires et du pouvoir d’achat de la grande majorité de la population, bref la vérité économique dans toute sa rigueur et la réalité socio-politique dans toute sa nudité. La société fait alors les frais de l’opération.

« L’industrie de façonnement des esprits » de l’Occident est parvenue à « intérioriser » le modèle culturel de développement et de consommation par les dirigeants des pays du tiers monde. Les pays sous-développés se retrouvent lourdement endettés vis-à-vis des pays développés. 

C’est pourquoi ces pays doivent sans cesse effectuer des transferts massifs de capitaux en direction des pays créanciers. Du fait de la détérioration des termes de l’échange, le tiers monde paye de plus en plus cher ce qu’il achète à ces derniers, et il est contraint de leur vendre de moins en moins cher ses produits. Grâce à leur savoir-faire, leur expérience, à leurs structures plus performantes, à leurs acquis historique intrinsèque, 

Les pays évolués sont en mesure de produire mieux, moins cher, en plus grande série. La supériorité de ces pays est le fruit de leur évolution interne et des relations de dépendance dans lesquelles ils maintiennent le Tiers Monde. Certes, il n’y pas si longtemps que l’homme occidental, « fort » se disait-il de son héritage culturel judéo-chrétien, s’était cru investi d’un mandat historique de maîtrise de la nature et de faire le bonheur de l’humanité. 

Aujourd’hui, l’Occident semble au zénith de sa trajectoire historique, il semble dominer le monde qui bon gré ou mal gré s’est rallié à son modèle développement, pays socialistes et pays du Tiers Monde compris. Il n’y a aucune chance que l’ensemble du monde puisse accéder au niveau de vie occidental. La seule perspective, c’est de croire que l’Occident doit un jour ou l’autre renoncer à ce niveau de vie élevé. Les pouvoirs autoritaires en place ont dû mal à gérer cette évolution et ses contraintes, souvent matérialisées par « les normes d’ajustement » du FMI. 

Ils ne tiennent guère à ce que de nouvelles forces viennent leur demander des comptes et remettent en cause leurs choix économiques et politiques. Les dossiers qu’ils traitent, les collaborateurs dont ils s’entourent, les accords techniques et financiers qu’ils négocient, les contacts étroits qu’ils entretiennent en permanence avec les décideurs occidentaux, tous les éloigne des forces sociales profondes de leurs pays. Les intellectuels arabes et africains doivent passer par Paris, Londres ou Washington pour se rendre visibles dans leurs sociétés respectives.

Dr A. Boumezrag

 

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