3 octobre 2022
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Algérie : l’heure est grave, le dialogue s’impose à tous

TRIBUNE

Algérie : l’heure est grave, le dialogue s’impose à tous

Après plus de deux années de contestations populaires pacifiques, aucun dialogue et aucune avancée tangible n’ont pu se concrétiser. Pourtant, les conditions du dialogue doivent se réaliser pour sortir de la crise multidimensionnelle que vit le peuple algérien.

Tout d’abord au niveau du pouvoir, le gouvernement devra mettre tous les outils favorisant les consultations sincères. En face, il aurait été souhaitable qu’au sein de ce mouvement de constatations se dégagent des représentants aptes et mandatés pour porter les revendications légitimes du peuple. Ce mouvement se doit également d’être prêt lorsque les conditions d’un dialogue sincère et constructif seront réunies en vue d’une solution de sortie de crise.

Les revendications actées dans un projet de société nécessitent elles-aussi qu’elles soient validées et concertées par la majorité. Celui-ci est le meilleur scénario pour le pays.

Quelle est la situation actuelle ?

Les institutions sont prisonnières d’une guerre de clans, qui malheureusement perdure depuis l’Indépendance,  et parallèlement bien malin celui qui peut prétendre représenter le peuple. Les partis politiques dans leur grande majorité n’assument guère leur rôle, à l’exception de quelques personnalités politiques prises individuellement. La société civile n’a pu s’organiser, puisque à peine sortie d’une période de cannibalisation du pouvoir due à un régime ultra présidentiel et oligarchique que fut celui d’Abdelaziz Bouteflika.

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Donc sommes-nous condamnés à aucune perspective de dialogue d’un côté comme dans l’autre ?  Pour qu’une sortie de crise soit possible, il faut tout d’abord trouver la réponse auprès des institutions du pays puisque celles-ci sont organisées et seules à même d’impulser les conditions pour créer le cadre qui convienne à toutes les parties, sans distinction. 

La réponse réside bien entendu dans la volonté qu’aurait le gouvernement à mettre en place les moyens et les outils favorables à ce dialogue. La liberté de la presse devra être garantie, et les arrestations massives et injustes cesser.

Une Conférence nationale s’impose à tous. Une conférence qui devra s’organiser par paliers successifs, de la commune en passant par les daïras et les wilayas, pour finir à l’échelle nationale. Chaque conférence sera représentée par un tiers de la société civile, les deux restants reviendraient aux corps constitués, aux partis politiques et aux différentes structures sociales. Par ce principe, l’hégémonie d’un groupe sur un autre sera évitée ; le seul gagnant ce sera le peuple. Les institutions sortiront elles aussi renforcées, légitimées et en possession d’une feuille de route : la mise en œuvre concrètement des revendications du peuple. 

Inviter à une conférence nationale qui s’étalerait entre 8 à 12 mois, c’est gagner en temps et en efficacité pour trouver des solutions de crises efficientes,  tout en permettant ainsi  à une élite sincère de prendre part à la Renaissance et à la reconstruction de l’Algérie au sein d’un Gouvernement d’Union nationale provisoire. 

Qu’en est-il des élections législatives du 12 juin prochain ? Il faut profiter de l’aubaine, à savoir que l’Assemblée nationale est actuellement dissoute, reporter les élections et mettre en place la procédure que nous proposons. Ainsi, le Gouvernement d’Union nationale issu de la Conférence nationale aura toute latitude pour mettre en œuvre, par décrets, les revendications du Hirak.

Un bilan nécessaire

Que ce soit pour l’exécutif algérien que pour les différentes parties constituant le Hirak, le bilan de ces deux dernières années s’impose.  

Côté pouvoir que constatons- nous au bout de tumultes rebondissements et de changement de clans ; si ce n’est que des élections sans fondements et sans assises démocratiques,  un triste référendum et une présidentielle à huis clos. Au final, nous n’avons fait que diviser davantage la société.. En prenant le risque encore une fois d’un boycott massif, nous favoriserons davantage la division de la communauté nationale. Notre communauté émigrée a déjà essuyé des revers,  certains ayant même envisagé de l’écarter du destin national et de faire de quelques émigrés des apatrides .Il est aussi regrettable de souffler la braise du régionalisme sur prétexte de l’ennemi intérieur. 

Face au gouvernement  on observe un mouvement citoyen, bien que déterminé à en découdre avec le système, le Hirak n’arrive pas à s’organiser. Malgré quelques tentatives, nous constatons qu’il n’est pas simple qu’une représentation apte à parler d’une seule voie puisse  s’y dégager. Lorsqu’un mouvement revendique la démocratie, il faudrait que sa représentativité soit à l’image de la population et du peuple. 

Une situation sociale et économique  accablante

Qu’en est-il de la situation économique et sociale en réalité ? Si l’Algérie ne se met pas en mouvement, tout laisse à penser que le pays va tout droit dans le mur. Aucun économiste sérieux ne prévoit un rebond  durable du prix du baril. Pour que l’Algérie, dépendant à 95 % des recettes des hydrocarbures, puisse continuer à subventionner la paix et l’économie, il faudra que le baril de pétrole avoisine les 150 dollars. Actuellement il peine à rester à hauteur de 60 dollars ; le calcul est très vite effectué. Et que ferons-nous des millions de chômeurs qui se bousculent sur le marché du travail que le secteur des hydrocarbures ne peut combler à lui seul ?

Le bilan économique et social est amer. Il faut que l’économie démarre, que les énergies se libèrent de tout ancrage bureaucratique, que la corruption cesse.                                                                                                        

C’est à ce prix que la confiance des investisseurs nationaux et internationaux peut être restaurée et  consolidée. La confiance est la colonne vertébrale de toute économie en développement. Les institutions monétaires et financières doivent aussi être réformées. On ne peut pas continuer à improviser au jour le jour, la concurrence internationale est rude. L’Algérie doit se positionner au plus vite et devenir un acteur conséquent en Afrique et en Méditerranée, un acteur compétitif.  

Nous ne pouvons plus gager l’avenir d’une troisième génération, et tenter d’ignorer l’apport et la chance que représente une diaspora active et patriotique. 

On peut se targuer de n’avoir aucune dette extérieure, mais si nous persistons à ne pas réformer et à rester immobiles, à ignorer un dialogue constructif à l’échelle national, le pays risquerait de n’avoir à terme à son chevet aucun préteur sérieux. Les caisses de l’Etat sont déjà vides. Il ne resterait à notre disposition que les prêts toxiques ou bien les accords désastreux et hasardeux. Sans compter sur l’hypothèse et l’optique d’une dévaluation prochaine, qui pourrait se cumuler au désastre actuel de la planche à billets sur l’inflation, nous risquons sérieusement l’émergence de conflits sociaux des plus graves. 

.A force d’adopter la politique de l’autruche en évitant de voir les choses en face, l’exécutif prend le risque d’aggraver la crise et d’hypothéquer la stabilité sociale, économique et politique du pays. 

L’heure est grave. Le dialogue reste la seule issue pour résoudre cette crise politique, économique, sociale et sociétale .L’initiative incombe évidemment à la partie qui est aux affaires, autrement dit à l’Exécutif. 

(*) Lyazid Benhami est l’auteur de « Tahar Ibtatène, dit Tintin, héros de la résistance (1940-1945) et de la guerre d’Algérie (1954 – 1962), chez L’harmattan

Auteur
Lyazid Benhami (*)

 




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