1 octobre 2022
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Algérie : on récolte du blé sans semer de grains !!!

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Au cours de cinq décennies, la population a connu des mutations puissantes qui ont fait basculer le pays à une  majorité urbaine de plus en plus jeune et de plus en plus improductive pour ne pas dire parasitaire sources de toutes les dérives et de tous les dangers.

L’approvisionnement des villes et des campagnes est devenu problématique pour le gouvernement algérien. En effet, si les populations ne sont pas nourries, des émeutes éclatent et les risques d’être renversés augmentent. A cela s’ajoute le problème de disposer en permanence du cash dans les caisses de l’Etat pour maintenir en place la bureaucratie civile et militaire et procurer au passage quelque produits de luxe aux élites qui constituent la base politique.

L’adoption en totalité ou en partie du modèle occidental de consommation encouragé par les organisations internationales sous la pression des sociétés multinationales agro-alimentaire notamment s’est traduite par un effondrement spectaculaire de l’agriculture d’autosuffisance en tant que base de subsistance des couches les plus pauvres de la population.

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En effet, les entrepreneurs occidentaux de l’agro-alimentaire n’ont pas pour objectifs de procurer des emplois, ni de satisfaire les besoins de la société considérée dans son ensemble mais de faire des profits.

Leur problème en vérité sous des couverts « humanitaires » est de savoir si un système entièrement fondé sur les profits sera en mesure de procurer un minimum d’alimentation aux populations locales du moins pour prévenir tout bouleversement violent susceptible de mettre en péril les intérêts des firmes occidentales.

Les dirigeants algériens préconisent et appliquent l’ouverture et l’intégration de l’Algérie fût-elle en position dominée à l’économie mondiale. Cette confiance aveugle sans planification stratégique dans les forces du marché non seulement national mais surtout international dans on attend naïvement l’impulsion qui permette la croissance interne. L’objectif est de vendre le maximum d’hydrocarbures pour faire face au financement des importations et des services indispensables à la pérennité du système actuel.

Il s’agit d’un schéma de croissance fondé sur les seules exportations des hydrocarbures. Les traits dominants de ce type de stratégie sont la référence à la demande mondiale plutôt qu’aux besoins internes pour choisir ce que l’on va produire et donc aussi la référence aux critères de compétitivité internationale pour pouvoir répondre à cette demande.

Si elle n’est pas rentable sur le marché international, une production doit être abandonnée quelle que soit son utilité interne. La contrepartie de cette orientation vers l’exportation, c’est l’accès à la devise étrangère, le dollar pour les uns et l’euro pour les autres et donc leur dépendance à leur égard.

Une remarque au passage, c’est que pour ce projet de société, on ne prend pas la peine ni de consulter les plus démunis ni de les faire participer. Peut être pour ne pas courir le risque que ces démunis exigent une transformation fondamentale des échelles de valeurs donc de revenus et de la répartition du pouvoir.

Toujours est-il que cette approche se fonde sur l’idée de conflit et non d’harmonie. Les élites au pouvoir n’abandonneront pas leurs privilèges sans se défendre et empêcheront en même temps tout processus de transfert substantiel des hauts revenus vers les bas revenus.

Par conséquent, il n’est certainement pas légitime d’invoquer ou de prétendre aux normes universelles de rationalité et d’organisation pour justifier ou pérenniser des intérêts et des privilèges. On a trop tendance à raisonner comme si les politiques de développement conçues et mis en œuvre par les élites au pouvoir profitaient toujours à l’ensemble de la population. C’est une erreur monumentale.

La rente pétrolière et gazière rend pratiquement inutile la production agricole et la facilité de payer les importations croissantes joue un rôle dissuasif non négligeable vis-à-vis de l’urgence du développement agricole.

Alors que pour notre voisin de l’ouest, « gouverner c’est pleuvoir »  pour les Algériens, « gouverner c’est importer ». L’ajustement du niveau de consommation aux ressources alimentaires a entraîné un processus d’importation de biens alimentaires de plus en plus chers sur le marché mondial.

L’insuffisance de l’offre agricole locale est due essentiellement à la médiocrité des rendements qui n’enregistrent aucun progrès appréciables.  Les superficies consacrées à la céréaliculture n’ont connu aucune augmentation sensible ont au contraire régressées par rapport à la période coloniale.

La crise qui affecte la production a des origines lointaines : elle découle de la spécialisation à laquelle a été soumise l’agriculture durant la période coloniale vers la satisfaction des besoins de la métropole et donc déconnectée des besoins de la population locale et des causes plus récentes se rapportant à la politique « socialisante» menée aux pas de charge au lendemain de l’indépendance par les pouvoirs publics.

Les difficultés du secteur agricole ainsi que la faiblesse de la production céréalière sont à l’origine de la persistance et de l’approfondissement d’un vaste mouvement d’importations massives et coûteuses.

Ces importations jouent le rôle  de soupape de sécurité pour le pouvoir parce que empêchant que la crise du secteur agricole ne traduise la faillite totale d’une économie largement dépendante de l’extérieur pour sa survie. « Et le cargo diabolique nous enchaîna à tout jamais » tant pour l’exportation de notre seule richesse naturelle exportable (les hydrocarbures) que pour l’importation de notre nourriture et de nos médicaments». Mais l’horrible vérité, c’est peut-être que les gouvernants qui se sont succédé ont besoin des importations pour asservir leur population.

Un peuple de paysans indépendants vivant de ses récoltes pourrait devenir têtu et fier pour demander l’aumône à ses dirigeants. C’est pourquoi les premières victimes des politiques agricoles sont les paysans indépendants et ce, à commencer par la révolution agraire. La révolution agraire a donné l’illusion que la justice sociale est rétablie alors qu’en réalité c’est le travail de la terre qu’on enterre. La rente pétrolière rend dérisoire le surplus agricole potentiel et la facilité de payer les importations croissantes joue un rôle dissuasif vis-à-vis de l’urgence du développement agricole.

Les importations sont un instrument imparable d’aliénation très efficace qui permet aux élites dirigeantes d’accumuler plus de pouvoir et plus de richesses. Mais cela peut également les mener à leurs pertes. La flambée des prix de produits alimentaires sur le marché international a été un des facteurs déclenchant de la chute des dictatures arabes et africaines.

L’Algérie se trouve dépendante du marché international pour son approvisionnement en produits céréaliers dans la mesure où elle est satisfaite par un groupe limité de pays dont la France d’où l’extrême vulnérabilité économique et la fragilité de son équilibre alimentaire. L’agriculture saharienne offre des perspectives rassurantes pour peu que la volonté politique soit manifeste. Les pays développés soutiennent la production, les pays rentiers soutiennent les importations c’est-à-dire financent la dépendance du pays aux variations des prix vers la hausse sur les marchés internationaux rendant vulnérables leurs populations.

L’Algérie est le seul pays au monde à négliger ses paysans, ses artisans, ses entrepreneurs, ses travailleurs qualifiés, ses fonctionnaires honnêtes, ses penseurs, ses créateurs alors qu’aujourd’hui en Europe, aux Etats-Unis, le revenu des paysans est protégé et subventionné et la terre prend de la valeur.

La revalorisation de la terre serait un moyen de redonner à l’Algérien le goût du travail et non l’envie de fuir le pays ou de mettre sa vie en péril dans des embarcations de fortune.

Moralité : le temps est-il arrivé où les vivants réclament de la dépouille mortelle le soin de creuser sa propre tombe ? Pourtant elle dégage des odeurs insupportables …C’est « normal », on est en Algérie, le pays des miracles ou plutôt des miraculés..

Dr A. Boumezrag

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1 COMMENTAIRE

  1. Hopes of freedom, long suppressed by the Communist regimes in the countries of the Soviet bloc and in the USSR itself, were fuelled by attempted reforms.
    It proved impossible to maintain reformed Communist regimes. They were swept away by the desire for political democracy and economic liberty.
    Within three years, the Communist regimes collapsed, and individual nations gained freedom, initially in the USSR’s satellite countries and then within the Soviet Union itself.
    The structures of the Eastern bloc disintegrated with the dissolution of the Warsaw Pact and Comecon. The Soviet Union broke up into independent republics.
    Despite its short trip to the above company and the subsequent collapse of all their regimes, DZ maintained its road direction. Why?
    The reasons are partly similar but also due to a specific combination of underdevelopment in every aspect of DZ society, as demonstrated by the misinterpretation and mismanagement of the current world knowledge in every domain and sector. This article is a perfect illustration of that; thanks.

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