3 février 2023
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Au chef, il faut des hommes et aux hommes, il faut un chef !

 

Boumediene

L’histoire de la France, notre ennemi d’hier et d’aujourd’hui nous enseigne que « La caste des hauts fonctionnaires a remplacé la noblesse de Louis XIV en reprenant les mêmes mauvaises habitudes.

On dépense sans compter, on ne se remet jamais en cause et on gouverne de haut » Dominique Sylvain. Nous n’avons ni la noblesse de la France féodale, ni la bourgeoisie de la France industrielle, ni Brigide Bardot de la France gaullienne, ni les lieux saints de l’Arabie saoudite, ni ses richesses pétrolières, ni le tzar de Russie, ni la Chine de Mao, ni la statue de la liberté des Etats-Unis. Nous sommes hors sol et hors temps.

Nous naviguons dans les eaux troubles de la Méditerranée au gré des vents à bord d’embarcations de fortunes sans boussole ni gouvernail en direction de l’Europe, ce miroir aux alouettes des africains dépouillés de leurs richesses et de leurs identité, sans papiers, sans racine, sans port d’ancrage.

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L’élite au pouvoir n’a toujours pas compris que le mythe du projet étatique du développement est bel et bien fini parce qu’il s’est avéré « matériellement » impossible, « socialement » inacceptable, « politiquement » dangereux, et « financièrement » ruineux.

La principale caractéristique de cette couche au pouvoir est d’être l’alliée privilégiée de la bourgeoisie étrangère particulièrement française qui n’entend pas tolérer le développement d’une bourgeoisie locale, propriétaire, promoteur d’un Etat capitaliste économiquement indépendant et politiquement nationaliste. Sur le plan interne, l’ascenseur social est en panne. Ceux qui sont en haut ne peuvent pas descendre, ceux qui sont à l’intérieur ne peuvent pas sortir, ceux qui sont en bas ne peuvent pas l’emprunter, l’escalier de service est hors d’usage.

Pour saisir cette réalité, il faut peut-être étudier le discours des élites qui sont détentrices de l’appareil de l’Etat par rapport  à celui des élites qui ont contesté l’ordre colonial. Pour ce faire, il convient de remonter à l’été 1962, l’Algérie recouvre son indépendance en plein chaos administratif.

Le départ des colons a créé un vide à tous les niveaux. Au niveau de l’administration, les petits fonctionnaires  sont survalorisés par le départ des fonctionnaires français ou assimilés et à la différence des moudjahidines, ils savent comment fonctionne l’appareil de l’Etat. Il a donc fallu non seulement les garder mais en plus les ménager voire leur offrir un statut social privilégié. La petite bourgeoisie prend le pouvoir à un moment où l’Etat naissant est fragile Elle voit toutes ses possibilités d’ascension ouverte. La participation aux instances supérieures du pouvoir suppose comme condition préalable la participation à la guerre de libération nationale.

C’est la « sacralisation des armes » Les pratiques de cooptation qui prévalaient durant la guerre de libération nationale ont survécu après l’indépendance. Ces pratiques fonctionnent toujours à tous les niveaux de la pyramide politique et économique du pouvoir. Ce comportement s’explique par la volonté des responsables militaires de trouver chez les élites intellectuelles, la compétence technique ou économique qui leur manque pour la gestion des administrations et des entreprises publiques.

Cependant, cette collaboration est astreinte à une seule condition : la soumission des intellectuels à la suprématie politique des dirigeants militaires issus de la guerre de libération nationale. Les intellectuels vont dépendre du pouvoir pour survivre. Au lieu de constituer l’âme de la société, ils vont dépendre des ponctions sur la rente. Leur réussite se mesure par leur capacité à bénéficier de privilèges grâce à leurs positions hiérarchiques. Ces positions leur permettant de renoncer à leur fonction critique. C’est l’allégeance et la vassalité. 

L’intelligence s’était mise au service de la ruse. Autant la ruse paysanne était salutaire en temps de guerre, autant elle devient mortelle en temps de paix. En temps de guerre, il s’agit de combattre l’ennemi et de le vaincre ; en temps de paix, il s’agit de construire son pays et de faire le bonheur de son peuple. 

Or, dans un pays où les revenus sont distribués selon des critères de proximité du cercle du pouvoir et/ou d’adhésion à une communauté d’intérêts, il devient difficile sinon impossible à un individu quel que soit son travail ou ses aptitudes d’accéder à un minimum de confort matériel sans prêter allégeance au prince du moment.et/ou sans donner des gages de compromission. 

En effet, tant que les relations personnelles avec la hiérarchie sont intéressées et donc intéressantes, nombreux peuvent être les avantages, les faveurs. et les privilèges. Les techniques d’approche sont personnelles, la stratégie est commune. Le bénéfice est individuel mais le risque est collectif. « Tu me prends par le ventre, je te tiens par la barbichette ». Il y a une solidarité de groupe. 

Il n’y a point de réussite sociale en dehors du groupe. La personnalité de chaque individu se fond et se confond avec le groupe et devient un élément d’un tout disparate, précaire et révocable. Lorsque de telles relations envahissent tous les espaces et neutralisent toutes les fonctions, le pouvoir rentier distributif devient par voie de conséquence le régulateur exclusif de la société dans son ensemble.

Le ventre est l’épicentre de tous les courants politiques islamistes ou laïcs qu’ils agissent au nom de la religion, de l’Etat ou des droits de l’homme. Ils sont tous animés par la volonté de faire fortune ou de se remplir le ventre sans investir et sans produire. Cette politique ne s’accommode pas de la présence d’économistes, ceux sont des troubles fêtes, il faut s’en débarrasser ; on leur préfère de loin les « gargantuas ».

L’appétit venant en mangeant et la réussite matérielle en rampant. C’est une politique dans laquelle on accepte toutes les compromissions, pourvu que le ventre soit plein. « Qui rentre fait ventre ». Qu’importe si plus tard on fera l’objet de chantage. Le chantage est une arme redoutable en politique. Personne ne peut y échapper.

Le feu n’épargne que les ventres vides. Faut-il faire la grève du ventre pour s’en prémunir ? Qui en a le désir ? Ou plutôt qui a intérêt ? Evidemment, personne : « C’est le ventre qui porte les pieds et non le contraire ». C’est la poche saharienne qui finance la politique du ventre. « Quand le ventre est plein, il demande à la tête de chanter ».

Les jeunes ont de l’énergie à revendre, les vieux de l’argent qui déborde. L’histoire recèle tant de leçons dans lesquelles biens de vérités ont déjà été énoncées, il suffit de se réformer dans ses attitudes et dans ses comportements.

Il suffit de se regarder dans la glace sans rougir. Se remettre en cause et enquêter soi-même sur les avantages et les acquis d’une carrière artificiellement prospère que la jeunesse découvre et met à nu la mort dans l’âme puisque s’agissant de ses aînés que peuvent être ses parents ou ses grands-parents. C’est pourquoi les équipes dirigeantes n’ont pas d’autre choix que « trahir ou se suicider ?

Vont-elles trahir c’est-à-dire servir leurs propres intérêts au détriment des intérêts supérieurs de la nation ? Vont-elles se suicider c’est-à-dire faire appel à des puissances étrangères pour sortir le pays de la crise. Un pays pourtant condamné par l’histoire et la géographie à regarder l’avenir de ses enfants dans le rétroviseur ou dans le marc de pétrole.

Si l’on a la prétention de vouloir maîtriser l’avenir c’est pour pouvoir changer le passé. Un passé qui pourtant explique le présent et préfigure le futur immédiat. Ces propos semblent radicaux par leur charge affective mais ne manquent pas de réalisme. Néanmoins, ils ont l’avantage de mettre l’accent sur la responsabilité des hommes devant conduire le destin de la nation.

Un des défis majeurs à relever à relever à l’aube de de troisième millénaire est de tenter de mettre le pays et la population à l’abri des décisions géostratégiques qui se dessinent sur la carte des états-majors des puissances étrangères. La famine sera le critère de sélection biologique des peuples au droit à la survie. La disparition d’une société commence quand l’homme se demande « que va-t-il arriver ? » au lieu de dire « que puis-je faire ? ». 

Dr A. Boumezrag

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