1 février 2023
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Algérie : un Etat à tout faire, à laisser faire ou à faire faire ?  

Tebboune

«Un Etat peut être légal mais il n’est légitime que lorsque, à la tête de la nation, il reste l’arbitre qui garantit la justice et ajuste l’intérêt général aux libertés particulières » Albert Camus 

Un Etat efficace ne doit ni « tout faire », ni rien faire, ni « laisser faire » mais « faire faire». Cela suppose évidemment un « savoir-faire » et un « faire savoir » qui sont l’apanage des pays évolués.

Aujourd’hui, le leitmotiv face à la moindre difficulté consiste à différer le problème le plus longtemps possible, pour ne pas payer le prix dans l’immédiat, pour le reporter aux générations futures qui seront malheureusement bien contraintes de le payer et avec intérêt. Où est donc le temps où des générations entières se battaient pour que le sort des générations futures en soit amélioré ? Dans la conjoncture actuelle, beaucoup de dirigeants sont plus attachés à leur « égoïsme » insatiable et à leur « privilèges » du moment et ne fassent pas réellement bloc avec leur entreprise en difficultés. 

Dès que le vent tourne, ils ne voient que leur intérêt propre et tournent le dos à l’adversité. Pourtant, nul n’ignore que « l’adversité révèle les grands, et la prospérité produit des faibles ». Malheureusement, l’ascenseur social en Algérie est en panne.  Ceux qui sont en haut ne peuvent pas descendre ; ceux qui sont en bas ne peuvent pas monter ; ceux qui sont à l’intérieur ne peuvent pas sortir, et ceux qui sont à l’extérieur ne peuvent pas l’emprunter. Il s’agit d’une panne de longue durée. Ses origines remontent au lendemain de l’indépendance (une indépendance factice, une économie illusoire). Depuis que les entreprises héritées de la colonisation française seront déclarées « vacantes » par la loi se sont mises à « s’autogérer ». Et « gérer »  pour ces nouveaux occupants dépourvus de toute compétence, ne consiste pas à faire taire les problèmes mais à faire taire ceux qui les posent. « Le plus grand mal que fait un ministre n’est pas de ruiner son peuple, il y a un autre mille fois plus dangereux ; c’est le mauvais exemple qu’il donne » écrivait Montesquieu (dans son traité « De l’esprit des lois » publié en 1748). 

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Il dira également que l’inflation législative, c’est-à-dire l’augmentation du volume des lois en nombre et en longueur sont des « lois inutiles qui affaiblissent les lois nécessaires ». Les lois ont un esprit pour des gens d’esprit comme Montesquieu.

Elles sont vivantes et lumineuses. Elles animent et éclairent le citoyen dans sa longue marche vers le progrès économique, l’ouverture culturelle et la cohésion sociale. Ce n’est pas un maquis juridique où les textes porteurs d’idéologies diverses (colonialisme, socialisme, islamisme, libéralisme), de cultures différentes (civilisations gréco-romaine, arabo-musulmanes), s’opposent, s’entremêlent, se contredisent, se déchirent et s’échouent lamentablement dans un système rentier militaro-rentier clanique débouchant sur une gouvernance pathologique où personne n’est responsable de rien et où tout le monde est supposé coupable de tout. Un toilettage des textes s’impose pour les adapter à la nouvelle aux nouvelles réalités du pays. C’est une œuvre de longue haleine. 

Rome ne s’est pas fait en un jour. Mais tout a un début. Il suffit de le vouloir et d’engager le train des réformes structurelles dans tous les domaines. Une aspirine pour une agonie, ce n’est plus de la médecine. Nous sommes confrontés à une politique singulière où l’accessoire prime sur le fondamental, le principal se noie dans le détail, où le luxe devient un produit de première nécessité, et la nourriture une denrée rare. 

Le problème en Algérie est également un problème de climat moral parce qu’il y a confusion entre l’économie et le social. En effet, les mesures économiques visant à développer la production et à rentabiliser la gestion ont souvent un effet antisocial car elles favorisent la concentration des richesses et du pouvoir de décision entre les mains d’entrepreneurs, plus soucieux de productivité et de rentabilité que de paix ou de justice sociale. En sens inverse, les mesures sociales qui visent à une grande justice dans la répartition sociale et à une amélioration du sort des couches modestes de la population coûtent de l’argent à la société et l’appauvrissent d’une certaine manière. 

D’une manière générale, les mesures économiques sont considérées anti sociales et les mesures sociales antiéconomiques et la politique au sens noble du terme nous semble-t-il est l’art difficile d’établir dans une société donnée à un moment donné un certain dosage entre les mesures économiques et les mesures sociales.

Faire de la politique en Algérie, signifie seulement lutter pour conserver le pouvoir ou lutter pour le conquérir, pour soi-même ou pour son groupe pour les privilèges qui y sont attachés. Plus l’économie est fragile, plus les menaces internes sont dangereuses, plus le pouvoir fait appel à l’extérieur. 

D’où un retour en force, sous l’impulsion des économies dominantes ou des organisations multilatérales qu’elles contrôlent des pressions en faveur du libéralisme c’est à dire du libre jeu du marché, de la vérité des prix, de la liberté d’entreprendre, mais aussi de la privatisation, de la déréglementation, d’un rôle aussi large que possible de l’entreprise et des capitaux privés y compris étrangers ainsi qu’une référence déterminante aux critères de la combativité sur les marchés mondiaux. 

Dans ce cadre, l’Algérie peut être considérée aujourd’hui comme un relais relativement « sage » du processus de mondialisation économique dans une position de faiblesse manifeste, c’est l’abandon du nationalisme économique des années 70 et le passage à un discours d’adaptation aux lois du marché mondial. 

L’Etat algérien est appelé à gérer les effets internes de la mondialisation économique suivant une démarche plus réaliste que nationaliste. Les hommes et les groupes rivaux ne se soucient pas de réfléchir aux problèmes fondamentaux de la société, ni de proposer un programme précis pour les résoudre mais seulement de se maintenir ou d’accéder au pouvoir. Le problème majeur de l’Algérie d’aujourd’hui est fondamentalement politique. C’est celui de la légitimité du pouvoir. 

Il réside dans le fossé qui sépare le peuple de ceux qui sont chargés de conduire son destin. C’est une chose que la phase politique de libération nationale, ç’en est une autre que la phase économique, construire une économie était une tâche bien délicate, plus complexe qu’on ne le pensait. Dans la plupart des cas, on a laissé s’accroître les déficits et la création des crédits afin d’augmenter artificiellement les recettes publiques, au lieu d’appliquer une politique authentique de redistribution de revenus à des fins productives. Afin d’éviter d’opter pour l’une des différentes répartitions possibles entre groupes et secteurs, on a laissé l’inflation » galoper » à deux chiffres. 

Cette façon de faire s’est révélée déstabilisatrice. Dans la conjoncture actuelle, l’équilibre de l’économie algérienne dont la base matérielle est faible dépendra de plus en plus de la possibilité de relever la productivité du travail dans la sphère de la production et dans le recul de l’emprise de la rente sur l’économie et sur la société. 

La solution à la crise, c’est d’abord l’effort interne du pays, plus on parvient à se mobiliser par ses propres forces, moins on est demandeur, moins on est vulnérable, cette possibilité est cependant contrariée par l’ordre international dominant et freinée par les formes d’organisations économiques et sociales que la classe au pouvoir a mis en place à des fins de contrôles politique et sociales ; si bien que l’équilibre ne peut être rétabli soit par un nouveau recours à la rente ou à l’endettement si le marché mondial le permet (les importantes réserves gazières de l’Algérie constituent le principal atout), soit par une détérioration des conditions d’existence des larges couches de la population.

C’est pourquoi, l’Etat pourra connaître une instabilité d’autant plus grande que les problèmes économiques et sociaux deviendront plus aigus. Le service de la dette contraint mieux que toute domination politique directe les pays comme l’Algérie à livrer leur énergie à bas prix contre une paix sociale précaire et une difficile sauvegarde des privilèges des gouvernants.

En résumé, la dépendance externe et la violence interne sont le résultat logique et prévisible des politiques menées à l’abri des baïonnettes depuis trente ans, marginalisant la majorité de la population au profit d’une minorité de privilégiés et au grand bénéfice des multinationales sous la houlette des organismes internationaux. 

L’erreur de la stratégie algérienne de développement réside à notre sens dans l’automatisme qui consiste à vouloir se débarrasser de ce que l’on a au lieu de l’employer productivement chez soi ; la finalité de l’économie fût ainsi dévoyée, car il ne s’agissait pas d’améliorer ses conditions de vie par son travail mais par celui des autres grâce au relèvement des termes de l’échange avec l’extérieur. 

Or, il nous semble qu’une amélioration des termes de l’échange avec les pays développés ne peut être acquise que par une valorisation du travail local. L’insertion dans le marché mondial fragilise l’Etat algérien soumis aux aléas de la conjoncture mondiale. Tant que les pays du Tiers Monde subiront les contraintes imposées par la logique capitaliste dominante, ils ne pourront pas mettre en place un modèle de développement endogène capable de compter sur ses propres forces afin de satisfaire les besoins essentiels de la majorité de leur population. 

En prenant les problèmes à leur niveau le plus élémentaire, il s’agit pour commencer de parvenir à nourrir correctement une population croissante qui sur le plan agricole ne parvient pas à satisfaire ses besoins alimentaires, d’assurer un niveau de santé minimal en deçà duquel tout espoir d’atteindre une productivité suffisante est vain, de fournir une éducation élémentaire, technique et professionnelle à une jeunesse de plus en plus nombreuse et de plus en plus désemparée. 

Dans cet esprit, l’entreprise algérienne aura à jouer un rôle primordial, son efficacité à produire et à vendre dépendra de la qualité de son organisation interne, c’est-à-dire de l’étendue et de la profondeur de la soumission de ses employés.

Dans le rapport salarial, le pouvoir consistera essentiellement à obtenir la plus grande soumission possible au moindre coût. C’est pourquoi, le développement de l’économie dépendra désormais d’une main d’œuvre instruite qualifiée et motivée. Le facteur essentiel pour l’avenir du pays, c’est la conviction que les cerveaux constituent la plus importante des richesses de n’importe quel pays. 

C’est de la capacité de certains acteurs d’imposer à l’ensemble des autres acteurs leur conception de la société, de ses objectifs, de ses modes d’évolution que se mesurent la profondeur et l’authenticité d’un pouvoir. Malheureusement, comme le dit Victor Hugo « la vérité est comme le soleil, elle laisse tout voir mais ne se laisse pas regarder».

Dr A. Boumezrag

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