27 janvier 2023
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Audit des comptes : si le premier chiffre est faux, le compte est faux

DECRYPTAGE

Audit des comptes : si le premier chiffre est faux, le compte est faux

Les comptes annuels, c’est comme un bikini : ce qu’il montre est intéressant, mais l’essentiel est ce qu’il cache.

Aujourd’hui, on a tendance à rechercher en cas d’échec d’une entreprise, à qui incombe la responsabilité de la faute présumée. On demande aux responsables de faire la preuve d’une bonne gestion ; ce qui suppose que l’on sait ce qu’est une bonne gestion puisqu’il faut dire qu’on a bien géré et ensuite que l’on prouve que toutes les décisions nécessaires à une bonne gestion ont été prises. En matière économique, il y a un instrument qui forme la décision en ce domaine, c’est le bilan. 

En fin d’exercice, on fait les comptes de résultats. Ce ne sont pas des comptes d’intention. Ce ne sont pas des comptes de régularité. Si les résultats ne sont pas bons, on sait que l’ensemble des décisions n’a pas été efficace ou que l’on n’a pas su ou pu prendre les décisions qu’il fallait.

Il y a une décision de gestion, lorsque le décideur doit à partir de la connaissance d’un phénomène et d’une prévision ou d’une « anticipation » sur le futur, choisir parmi les nombreuses possibilités celle qu’il considère comme la meilleure pour l’entreprise.

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Ces décisions prises quotidiennement se traduisent par des chiffres, classés dans des rubriques comptables appropriées et récapitulés en fin d’années sur les comptes de bilan et de résultats qui revêtent une importance capitale pour l’ensemble des partenaires économiques et sociaux de l’entreprise. Les dirigeants ont besoin de ces paramètres financiers et comptables pour prendre des décisions de gestion. 

Peut-on cerner ses résultats si l’on ignore le montant des amortissements, des provisions, des frais financiers ou tout simplement les consommations de matières et fournitures ? Des actionnaires pour évaluer les performances de l’entreprise et la rentabilité des capitaux investis.

Pour un propriétaire « classique ! », la performance d’une entreprise est fonction des dividendes qu’il empoche. Et les dividendes sont distribués sur la base des bénéfices appréciés à partir d’un bilan certifié par des commissaires aux comptes dans les délais légaux. 

L’Etat, actionnaire unique se comporte-t-il comme tout capitaliste normalement constitué ou ne serait-il en fait qu’une fiction juridique derrière laquelle se cachent d’autres intérêts ? Les travailleurs pour s’assurer de la stabilité de l’emploi et de la rentabilité de l’entreprise qui les emploie. Le pire crime à l’encontre des travailleurs, c’est une entreprise qui ne réalise pas de profit. C’est le profit qui assure la continuité de la production et l’élévation des salaires. Les banques, pour apprécier la solvabilité et la rentabilité des entreprises sollicitant des crédits.

La banque peut-elle tolérer indéfiniment un découvert bancaire ou accorder un crédit à moyen terme à une entreprise qu’elle sait insolvable et non rentable ? seule l’analyse d’un bilan fiable remis à temps permet de s’en assurer. 

Les pouvoirs publics pour réglementer les activités des entreprises, définir les politiques économiques, et obtenir la base des agrégats économiques nationaux. Quelle est la fiabilité des statistiques fournies par la comptabilité nationale si à la base les chiffres sont erronés et ne reflètent pas la réalité ? 

L’Administration fiscale pour l’imposition des bénéfices industriels et commerciaux. Que représente l’impôt sur sur les bénéfices entreprises publiques dans ;les ressources budgétaires de l’Etat ? La fiscalité pétrolière et gazière n’est-elle pas là pour là pour combler le vide sidéral de la fiscalité ordinaire ? Aujourd’hui la locomotive est en panne et les wagons se sont multipliés se cramponnant les uns aux autres. Un seul exportateur et des milliers d’importateurs. 

Des recettes fiscales ordinaires qui se réduisent comme une peau de chagrin. Ailleurs on sème des fonctionnaires et on récolte des impôts (fiscalité ordinaire), ici on récolte du blé sans semer de grains (fiscalité pétrolière). 

Ce besoin multiforme de l’information pose le problème de la qualité technique et morale de l’information financière et comptable pour donner une image fidèle et sincère du patrimoine de l’entreprise, de sa situation financière, et de ses résultats comptables. Toute entreprise doit tenir une comptabilité générale qui est légalement obligatoire.

Au sein de la comptabilité générale, tous les mouvements financiers débitent ou créditent des comptes de l’entreprise. L’image de l’entreprise à travers le déchiffrage des données comptables et financières peut s’avérer totalement déformée ou tronquée. En effet, plus une entreprise est grosse, plus elle peut manipuler les chiffres. Pourquoi ? Parce que la taille lui permet facilement de dissimuler et de falsifier. Globalement, la taille est un facteur de malhonnêteté. Et la privatisation du contrôle dans les entreprises publiques n’a pas pour autant favoriser la transparence dans la gestion des deniers publics. 

Qui contrôle l’argent, contrôle les hommes. C’est pour cela qu’il est un témoin qu’il convient de se débarrasser au plus tôt. Et c’est ce qui arriva à bon nombre de cadres honnêtes et compétents. Un phénomène qui ne date pas d’hier.

L’histoire récente nous enseigne que les opérations de restructuration et d’assainissement financiers engagés successivement par les pouvoirs publics se sont appuyés généralement sur les chiffres fournis par les entreprises publiques ou privées y compris les banques extraits de bilans comptables ayant rarement fait l’objet de révisions comptables, d’audit d’expertise financières.

Depuis, les choses ne semblent guère avoir évoluées positivement si l’on se réfère au contexte actuel. Les mêmes causes produisant les mêmes effets. « Quand on est dans un trou, la pire chose à faire est de continuer à creuser » nous recommande Warren Buffet. En pratique, la démarche retenue traite un tableau financier des ressources et des emplois et non pas la réalité politique, économique et sociale de l’entreprise. 

En effet, l’économiste est un comptable mais le comptable n’est pas un économiste. L’un classe des chiffres dans des rubriques, l’autre leur donne la parole. Le résultat était prévisible, un gaspillage effrayant des ressources rares au prix d’une paupérisation effrénée de larges couches de la population aggravée par la pandémie du Covid-19 et la chute vertigineuse du prix du baril de pétrole et de gaz sur une période indéterminée sans compter une inflation galopante limitant la demande et donc l’opportunité d’investissement privé sans oublier la fermeture des marchés extérieurs tant en amont qu’en aval.  La pandémie du covid-19 ne doit pas être « l’arbre qui cache la forêt ».

Le mal est profond, une chirurgie s’impose. A défaut, c’est la mort du patient. La mort est un bilan sans pertes ni profits. Nous sommes fin juin 2020, date limite d’approbation des comptes sociaux de bilan et de résultats au titre de l’exercice 2019 par l’Assemblée Générale Ordinaire des actionnaires. Qu’est-ce qu’un actionnaire ? 

Un actionnaire nous dit Luc Fayard c’est une personne morale amorale, affectée d’un trouble oculaire spécifique ; dans les comptes financiers, elle ne peut lire que la ligne du bas, celle du résultat. Un actionnaire dans une économie rentière a tendance à socialiser les pertes et à privatiser les profits.  Moralité : « Si jamais, vous vous retrouvez dans un bateau qui coule, l’énergie pour changer de bateau est plus productive que l’énergie pour colmater les trous », nous dit Warren Buffet.

 

Auteur
Dr A. Boumezrag

 




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