18 avril 2024
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« Ay aggu » de Lounis Aït Menguellet : l’œuvre qui a fait larmoyer Kateb Yacine

POESIE

« Ay aggu » de Lounis Aït Menguellet : l’œuvre qui a fait larmoyer Kateb Yacine

Crédit photo : Hayet Aït Menguellet

« Je considère qu’un pays sans artistes est un pays mort…j’espère que nous sommes vivants », M’hamed Issiakhem (*).

Nous sommes certainement nombreux à considérer que si l’âme Kabyle continue d’exister (pour combien de temps encore ?) c’est en grande partie grâce à Dda Lounis et son demi-siècle de créations confectionnées au bistouri poético-linguistique.

Nous aurions tant aimé traduire Ay Aggu du vivant de Kateb Yacine, lui qui n’avait pu retenir quelques larmes à la simple écoute et aux explications de Khadidja lors d’une rencontre entre copains autour de Mohamed Issiakhem, quand la chanteuse en interprétât quelques couplets s’accompagnant d’un simple bendir (*). 

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Traduire Lounis Aït Menguellet n’est jamais tâche facile, surtout quand on s’acharne à donner aux messages qu’il délivre un fond et une forme conformes à l’œuvre originale. 

Dans la série des translations entamée avec Amaçahu (**) et Tudert nni (***), nous vous proposons une version d’Ayaggu, en espérant avoir globalement respecté la lettre et l’esprit de la source du message.

Mot à mot, Ay aggu signifie « oh brouillard », mais pour insister sur son caractère missionnaire le titre « brume messagère » se rapproche au mieux du fil conducteur de l’œuvre.

Brume messagère

Partout mes yeux ont scruté

Partout mes yeux ont cherché 

Où repérer un Ami

Ils ne sont plus là

Ils n’arriveront pas de sitôt

Ni maintenant ni bientôt

 

Où êtes-vous donc

Où êtes-vous partis

Vous qui refusez l’ignominie

Mon cœur refuse de croire

Que vous vous êtes évaporés

Il n’a de cesse de vous réclamer

Il vous retrouve une fois happé par Morphée

Où êtes-vous donc

Où êtes-vous partis

Vous que le temps a enseveli

 

La peur est permanente

Elle a en mon cœur élu domicile

En moi elle a trouvé

Tout ce que son cœur cherchait

Où êtes-vous donc

Seul votre bonheur

Pourra de moi l’en déloger

 

La peur martèle

C’est ton cœur que j’habiterai

Maintenant je m’imposerai

Ton salut est auprès de tes amis

Mais ils sont partis

Ils ont disparu

Qui donc te sauvera

….

Comme eux je me suis exilé

Mais la cause est la même

Quand, à mon frère je souhaitais le meilleur

Contre moi Il s’est dressé pour me cogner

Vers d’autres espaces Je me suis exilé

Reste là Mon frère 

Désordonne et brouille à ta manière

 

Souvenons-nous de cette lignée

Pieds chaussés de lanières elle a oublié

Quand à l’ennemi elle roulait le couscous

Moi je leur roulais la mitraille

Une fois le malheur terminé

Sous son autorité je suis tombé

 

Ton pouvoir ressemble à ce rivet

Planté au chevet pour l’éternité

Moi je défendrais frontière et orée 

Sur ta main je me sustenterais 

C’est du chêne que j’assemble mes fagots

Et non des cendres du roseau 

 

Aussi loin que mes yeux puissent scruter

Les larmes ne leurs ont jamais manqué

Ils guettent celui qui viendrait

Que nous puissions l’interroger 

Ma peine n’est pas pour ta lignée

Mais la terre où nous sommes nés

Oh clair de lune

Toi qui inondes nos collines

Oh clair de lune

Où que je sois,

Où qu’ils veuillent être

Je te distingue

Comme Ils te distinguent

Oh clair de lune

 

J’ai attendu des nouvelles

Hier est pareil à aujourd’hui 

J’ai attendu des nouvelles

Aujourd’hui est pareil à demain

J’ai attendu des nouvelles

Hiver comme été

J’ai attendu des nouvelles

Guettant vents et horizons

….

Et la brume vint me retrouver

À mes questions elle a répliqué

Oh mon pauvre Dadais oh !

D’où proviens-tu donc brume

Brume par les vents entraînée

Je viens de là où tu viens

Là où tu ne retourneras pas

Oh mon pauvre Dadais oh !

 

Qu’as-tu donc vu Toi la brume

Brume par les vents entraînée

J’ai vu ceux que tu chéris

Jamais plus tu ne reverras

Oh mon pauvre Dadais oh !

 

Qu’est ce qui m’a à l’exil poussé

Brume par les vents entraînée

Depuis que ton père est mort

Scellés furent tes rêves et ton sort

Oh mon pauvre Dadais oh !

 

Mon frère dirige-t-il toujours

Brume par les vents entrainée

Celui qui dirige sans justice 

Qui peut-il craindre pour son trône

Oh mon pauvre Dadais oh !

 

Dis-moi si injustice il y a

Brume par les vents entrainée

Ceux sont tes frères qui la font

Quand ils s’en lassent la défont 

Oh mon pauvre Dadais oh !

 

L’injustice est donc morte 

Brume par les vents entrainée

Ces mêmes frères qui l’ont enterrée

Viennent de la déterrer

Oh mon pauvre Dadais oh !

 

Quel est donc ton objectif brume

Brume par les vents entrainée

Ceux sont tes frères qui m’ont déléguée

Pour couvrir ton Soleil et t’embrumer

Oh mon pauvre Dadais oh !

Kacem Madani

(**)https://lematindalgerie.comconte-de-chez-nous-amacahu-de-lounis-ait-menguellet

(***)https://lematindalgerie.comtuddert-enni-une-vie-au-passe-de-lounis-ait-menguellet

Pour aller plus loin : https://www.aitmenguellet.net/biographie/

Auteur
Kacem Madani

 




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