31 janvier 2023
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Beni Saf : l’île de Rachgoun, une zone humide à valoriser

Rachgoun

Comme beaucoup de pays, l’Algérie attache une grande importance à la journée mondiale des zones humides  qui est célébrée de par le monde en ce début du mois de février..

Aussi, la ville de Béni-Saf dans la wilaya d’Aïn-Témouchent est légitimement concernée, puisqu’elle renferme sur son territoire le  fleuve Tafna, que certains qualifient à tort de petite  rivière, 

La Tafna, un autre vecteur naturel de la zone humide

Généralement expliquée comme étant une rivière, un oued, elle est en fait un fleuve, et même navigable diront certains éminents historiens. D’ailleurs au XI° siècle, El-Bakri le disait et le géographe Mac Carthy mentionnait qu’en 1850 des pêcheurs espagnols naviguaient sur le cours d’eau à contre-courant.

La Tafna prend sa source, dans les environs immédiats de Sebdou, à quelques 1600 mètres d’altitude au Djebel Merchiche dans hauts reliefs des monts de Tlemcen, A noter que la Tafna pourvoit de sa précieuse eau les barrages de Béni-Bahdel, Sidi Abdelli, Hammam Boughrara, Sikkak et El –Meffrouch. 

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A l’air libre, elle court sur près de 165 km, passe à hauteur du plateau de Remchi, puis par Siga, la cité du roi Syphax et se jette face à l’île, en coupant en deux, la plage de Rachgoun.

De tous temps, de l’antiquité à aujourd’hui, de l’époque des phéniciens, des romains et des arabes, elle a toujours joué un rôle, tant et plus qu’elle donna son nom au fameux traité dit de la Tafna entre l’Emir Abdelkader et le général Bugeaud le 31 mais 1837. Une stèle a été d’ailleurs érigée à l’endroit de cette rencontre inscrite dans l’Histoire. Un autre fait historique est à noter à savoir qu’il y avait un petit pont qui reliait les deux rives de la Tafna, du village de Rachgoun à la ferme coloniale Barret, dont on voit encore les restes de la construction. Tout près a été réalisé un complexe touristique avec bungalows dénommé Syphax. A l’extrémité de ce petit pont, entouré de robustes et centenaires arbres, se dresse Djamaa El Hak. C’est là que les conflits, les litiges, les disputes et autres ennuis des uns et des autres se réglaient toujours à l’amiable.

En effet, Béni-Saf est légitimement concernée, également et plus encore par la fameuse île de Rachgoun, qui justement porte le nom de cette plage. 

Un site privilégié mais aussi stratégique

Située à quelques 8 km du port de Béni-Saf, et à environ 3 km au nord de la côte, l’île de Rachgoun a été reconnue par les scientifiques et les experts comme étant une zone de nidification des espèces volatiles, mais aussi de la faune marine. D’ailleurs, elle a été classée selon les normes dites Convention de Ramsar (ville d’Iran) que 171 pays  ont déjà signé contre 119 en 2000, alors qu’ils n’étaient que 18 en 1971. C’est dire toute l’importance accordée aux évènements climatiques par ces pays. L’île de Rachgoun revêt donc une importance capitale pour les zones humides sur le plan international. 

A ce titre, l’Organisation des Nations unies (ONU )a institué une décennie ( 2021-2030) pour intensifier la restauration des écosystèmes afin d’inverser le déclin des zones humides naturelles, dégradées et détruites à l’échelle mondiale.

 Le défi à relever est immense. Ce que dit l’ONU

La nécessité de restaurer les écosystèmes dégradés n’a jamais été aussi urgente. La restauration des écosystèmes est indispensable à la réalisation des objectifs de développement durable, surtout ceux qui concernent les changements climatiques, l’éradication de la pauvreté, la sécurité alimentaire, l’eau et la conservation de la biodiversité. 

La Décennie des Nations unies pour la Restauration des Écosystèmes qui part jusqu’à 2030, est un effort mondial visant à restaurer la planète et à assurer la santé des hommes et de la nature. La Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes unit le monde derrière un objectif commun : prévenir, enrayer et inverser la dégradation des écosystèmes dans le monde entier. 

Tous les écosystèmes, qu’il s’agisse des forêts, pâturages, terres de culture, zones humides, savanes et autres écosystèmes terrestres, ou des écosystèmes d’eau douce, marins et côtiers, ou encore des environnements urbains, ont profondément besoin d’être protégés et restaurés, à des degrés divers. 

Cet immense défi ne peut être relevé que si tous les acteurs, y compris les États membres, les gouvernements locaux, les partenaires du secteur privé, les milieux universitaires et la société civile, conjuguent leurs efforts pour trouver des solutions viables et durables. 

Comment alors relever ce défi ?

Des écosystèmes en pleine santé peuvent abriter une large diversité d’espèces de faune et de flore sauvages si tant qu’il n’y ait pas une aggravation de la déforestation. A ce sujet et à titre d’un malheureux exemple, plusieurs dizaines d’arbres d’une forêt sur les hauteurs de Béni-Saf auraient été arrachés, déracinés sans réflexion essentielle, pour uniquement permettre la construction de maisons individuelles. C’est dire si cet écosystème est bien fragile devant les actions de certaines personnes. En  protégeant et en  restaurant ces écosystèmes, il est possible d’aider à sauver les plantes et les animaux, qui sont aujourd’hui menacés d’extinction.  

La Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes est dirigée et mise en œuvre par le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement)  et par la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture  également alignée sur les dernières données, avec des objectifs clairs et mesurables. 

Agir dès à présent de manière responsable même si c’est un combat long et difficile mais qui reste urgent

Dans cette palette de mesures, l’Algérie n’est pas en reste et fait sienne cette journée mondiale des zones humides sous le thème « Agir pour les zones humides, c’est agir pour la nature et les humains », indique la Direction générale des Forêts (DGF), dans un communiqué. 

La DGF souligne cette année la nécessité de préserver les zones humides en précisant, qu’il appartient à chacun de protéger cet « écosystème précieux et de le gérer d’une manière rationnelle et de le restaurer le cas échéant » et d’ajouter « qu’il est temps d’investir davantage dans les zones humides par des actions qui entrent dans le cadre de développement durable.  

L’île de Rachgoun dite «Layella» c’est 26 ha à préserver, à protéger, à restaurer et à valoriser. 

C’est un patrimoine archéologique insoupçonné, qui garde sans doute encore, dans ses entrailles des vestiges, depuis la préhistoire et qui devrait devenir un non moins patrimoine universel à préserver. 

Les scientifiques, les historiens assurent que cette ile est d’une importance de premier plan dans un rôle pour la défense et pour une diversité biologique tant sous marine que terrestre. 

La faune sous-marine : le phoque moine, à la fin des années 1980, il ne restait qu’un seul… à Béni-Saf.

L’île de Rachgoun a été un lieu de vie du phoque moine de la méditerranée qui faisait des allers-retours entre le port de Béni-Saf et l’île. C’était un superbe spectacle  que tous les vieux-loup de mer, les marins pêcheurs de la région et les plus jeunes connaissaient. Certains, voyant très souvent ce phoque moine, supposaient qu’il avait élu résidence au sein même du bassin portuaire, où il retrouvait ses repères, ses entrées et ses sorties. 

Le phoque moine dénommé  «Bénemri » par les beni-safiens, aimé par les uns, détesté par les autres, a toujours été un habitué sympathique du port, un habitant familier, même s’il vivait aussi dans une grotte située sous l’ïle de Rachgoun. Certes aimé à Béni-Saf,  mais à contrario il n’était pas très aimé par les pêcheurs du fait que sa présence au large faisait éloigner les bancs de poissons, très recherchés pour son alimentation.

Aujourd’hui, «Benemri» a disparu et sans doute qu’il est facile de penser que cette disparition n’est pas un «  déménagement », ou un simple changement d’adresse. Il n’apparaît plus depuis plusieurs années. En tous cas, il fait partie de cette espèce totalement protégée en Algérie. Par conséquent l’attaquer est un délit. L’espèce était très répandue dans toute la méditerranée, mais hélas il n’en reste plus que quelques dizaines de survivants selon certains scientifiques. 

Et comme l’écrivait un journaliste  en juin 2010, ce « serviteur » manque énormément au marin pêcheur. Du nom scientifique «Monachus Monachus», le phoque moine est un mammifère de la mer qui passe pour être un maillon de la chaîne écologique. D’anatomie petite et de peau noirâtre, ce phoque en costume de prélat est typiquement méditerranéen.

Le phoque mâle a un pelage brun foncé à noir avec une tache blanche sur le ventre. La maman phoque moine porte son petit pendant 10 mois. Le petit vient au monde dans une grotte où ils sont tous les deux en sécurité. Le petit pèse déjà 16 à 18 kg à la naissance et mesure 80 à 90 cm. Le jeune a une belle fourrure laineuse noire avec une tache plus claire sur le ventre. Espace protégé par les lois internationales, cette espèce est apparemment en voie de disparition. Au milieu du siècle dernier, ils étaient environ une trentaine de phoques moines à fréquenter les côtes bénisafiennes. 

À la fin des années 1980, il n’en est resté qu’un seul. En ce temps, ce dernier apprivoisait l’homme de mer au point où il arrivait jusqu’au bassin du port sans jamais être inquiété. Il y avait même une grotte sous le port. Puis un jour, il s’est éclipsé à jamais. Cela fait au moins deux décennies que plus personne n’a vu ni ce phoque ni un autre nager dans les eaux béni-safiennes. 

Alors reverra-t-on un jour un phoque moine revenir ou même s’approcher de l’île de Rachgoun ou du port de Béni-Saf ?

Le phoque moine de la Méditerranée peut vivre plusieurs décennies mais il ne peut supporter d’être dérangé. Le dernier rescapé vivait dans une grotte située sous l’île de Rachgoun avant que viennent les braconniers nuire à sa quiétude. Le phoque moine souffre aussi de la dégradation et de la perte de son habitat, ajoute notre journaliste. La pollution de la mer le rend aussi malade et faible. Et à cause de la pêche excessive, ces animaux trouvent moins de nourriture et ils émigrent vers le large. Comme si cela ne suffisait pas, des phoques sont pris dans les filets trémails des pêcheurs et sont passés sous silence entre les lames de couteau des pirates des temps modernes. 

Pour la simple raison, l’accusant de manger trop de poissons. En 1990, quand une équipe de chercheurs de l’Université de Marseille était venue pour prospecter sur ce genre de mammifère, elle était repartie bredouille. 

Pendant plus d’une semaine, ces scientifiques français ont parcouru toute la côte de l’Ouest, de Ghazaouet à Mostaganem, pour aller  à la rencontre de cette espèce marine afin de l’observer dans son mode de vie. Finalement, pas un phoque moine n’est apparu à l’horizon. Cette même équipe, en découvrant, sous l’île de Rachgoun, une grotte récente  presque totalement affaissée, avait mis fin à son expédition dans la région. 

Pendant l’été 2006, des équipes de chercheurs de l’université d’Oran, aidées par des associations l’ont également recherché pendant près de deux mois, entre Béni-Saf et Ténès. Hélas aucune trace.

Aujourd’hui, les aînés de Béni-Saf se rappellent du dernier «Benemri» du port, un souvenir ineffaçable.

Faut-il penser que les dérangements en tous genres l’ont fait fuir des grottes où il avait pu trouver refuge avant de disparaître définitivement ? Les scientifiques le pensent.
Est-ce à dire que le phoque moine a disparu définitivement des côtes beni-safiennes voire algériennes ? 

Il faut croire que oui, puisque personne ne l’a plus jamais revu alors qu’il était un habitué du port et des environs de l’île de Rachgoun.

Le pourtour de l’île est accidenté et comporte de nombreuses grottes, des failles, des éboulis et des escarpements susceptibles d’accueillir un grand nombre d’espèces d’oiseaux de mer. 

Faire de l’île de Rachgoun, une vitrine touristique et éducative

Dans le cadre d’une nécessaire valorisation et de protection de ce site grandiose et majestueux, il serait bon de reprendre les conclusions de toutes ces études faites depuis des années et tombées dans l’oubli. N’est-il pas judicieux de canaliser réglementairement les différents aspects d’un tourisme de plaisir mais aussi d’instructions, et de savoirs sur la vie de cet écosystème et des « habitants » de cette île ? 

Ce bijou, dont la nature a doté cette région, gagnerait à être vulgarisé, à être connu et reconnu mais avec une discipline et une rigueur, notamment dans les visites, excursions et autres passages des visiteurs, pour une destination touristique valorisante. Sans doute faudra-t-il étendre sa publicité sur une échelle mondiale, sachant bien que le site est notamment connu par des instances internationales et qu’il est répertorié sur la liste Ramsar comme étant une zone humide à plus d’un titre. Des chercheurs, des scientifiques seraient sans aucun doute intéressés pour y prendre part.

Les directions de l’Environnement, du Tourisme, de la Culture devraient regrouper leurs compétences, leurs idées et leurs finances pour mettre au point un projet concret, et surtout réalisable à très court terme.

Pour conclure, une simple question : hormis des études, qu’est-ce qui a été réellement et concrètement fait sur et pour cette île, depuis toujours  ?

Mohamed Seghiouer

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