28 février 2025
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AccueilA la uneBoualem Sansal, Anouar Haddam et notre faillite morale

Boualem Sansal, Anouar Haddam et notre faillite morale

« Il faut donc nous méfier de ceux qui cherchent à nous convaincre par d’autres voix que celle de la raison. » Primo Levi

Dans l’Algérie d’aujourd’hui, un immense écrivain est jeté dans un cul-de-basse-fosse pour avoir exercé sa liberté d’expression, tandis qu’un ancien chef du terrorisme islamiste est réhabilité et accueilli avec les honneurs après plus de deux décennies d’exil.

Ce seul fait dit tout de la faillite morale d’un régime qui, depuis des dizaines d’années, n’a cessé de pactiser avec les ennemis de la République et de l’universalisme.

Anouar Haddam, l’un des idéologues du Front islamique du salut (FIS), organisation dont la branche armée a ensanglanté l’Algérie dans les années 1990, est aujourd’hui réhabilité par le pouvoir.

Oui, un homme qui a justifié et encouragé les massacres de civils, l’égorgement des intellectuels, le viol des femmes au nom d’une idéologie totalitaire, est réintroduit dans le jeu politique, légitimé, blanchi.

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Pendant ce temps, un écrivain usé par la maladie, lui, croupit en prison pour avoir osé penser librement, pour avoir eu l’audace d’écrire.

L’histoire algérienne récente est un immense champ de ruines où la lâcheté des uns a rencontré l’aveuglement des autres. Dès les années 2000, le régime a choisi son camp : celui des bourreaux contre les victimes.

Sous couvert de réconciliation nationale, il a offert l’amnistie à des tueurs, à des violeurs, à ceux qui ont décapité, éventré, massacré des familles entières. Amnistier, certes, fait partie des prérogatives d’un chef d’État.

Mais amnistier sans juger, sans condamner, sans même nommer les crimes, c’est absoudre l’horreur, c’est légitimer le meurtre, c’est consacrer le triomphe de la barbarie sur la justice.

En Algérie, il vaut mieux avoir été un bourreau plutôt qu’une victime. Car là-bas, seuls les morts se taisent. Les survivants, eux, n’ont même plus le droit de crier leur douleur et jouent aux morts à leur tour. Ils doivent assister, impuissants, à la réécriture cynique de l’Histoire.

On voudrait leur faire croire que la décennie noire n’a jamais existé, que les islamistes n’étaient finalement que des égarés, des frères perdus qu’il fallait simplement ramener à la raison. Pire, demain, on finira par leur dire que ces bourreaux n’étaient même pas des Algériens, que cette guerre ne concernait pas l’Algérie, que tout cela n’était qu’un malentendu.

Mais nous savons. Nous n’oublions pas. Et nous ne pardonnons pas. La décennie noire n’était pas une abstraction, elle fut un projet politique précis : celui d’anéantir l’Algérie républicaine, de détruire l’universalisme, d’imposer par le sang une théocratie.

Ceux qui ont commis ces crimes n’étaient pas des résistants ni des militants, mais des assassins, des tortionnaires, des ennemis de la liberté.

Aujourd’hui, le régime qui les réhabilite et qui emprisonne ceux qui écrivent n’a plus aucune légitimité morale. Il est le fossoyeur de la mémoire et de la justice. Il ne construit pas l’Algérie, il l’enterre. Mais l’histoire, elle, finira toujours par juger. Et elle ne sera pas clémente.

Kamel Bencheikh

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