21 février 2024
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Boualem Sansal, cosignataire de la tribune pro-Depardieu

Contre tribune à Depardieu
Éditorialiste au magazine d’extrême droite Causeur et (selon le journal Le Monde) proche d’une conseillère politique d’Éric Zemmour, Yannis Ezziadi a orchestré la publication du manifeste venu à la rescousse de l’incriminé Gérard Depardieu puis expliqué le 27 décembre (sur le plateau de la chaîne d’information en continu BFMTV) pourquoi parmi les sollicités certains n’étaient « pas d’accord avec tous ses termes » et d’autres aucunement disposés à participer à une entreprise susceptible de rebondir négativement sur leur carrière, voire de leur faire perdre des contrats notoires.

De toute évidence, l’écrivain algérien Boualem Sansal ne ressentit pas les mêmes états d’âmes puisqu’il paraphera le plaidoyer 11 jours seulement avant la promotion de son livre Vivre le compte à rebours (dont la sortie est donc prévue le 4 janvier 2024 aux éditions Gallimard).

Alors que des piles de l’opus attendaient déjà leurs lecteurs au fond des réserves de quelques librairies majeures (avant de figurer en meilleure place sur leurs rayons), l’auteur de Le Serment des barbares s’impliquait au cœur d’une « grosse affaire de mœurs ». Plutôt que de prendre ses distances avec une initiative à l’origine de laquelle se trouve bien un chroniqueur occasionnel de la réactionnaire Élisabeth Lévy et complice de l’idéologue Sarah Knafo (en accointance avec des groupuscules identitaires), il a pris le risque de se cogner au retour de bâton des militantes féministes.

Suite à la réplique de l’association Metoomedia (lisible le 27 décembre grâce au quotidien Le Monde), est venue s’afficher vingt-quatre heures plus tard (sur un blog qu’héberge le webzine Mediapart) la contre-tribune du collectif « Cerveaux non disponibles ».

Gérard Depardieu, cible d’un lynchage programmé ou irrécupérable naufragé de l’art ?

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En se frottant par médias interposés, deux visions contraires ont allumé la mèche d’un débat enfiévré. Celui-ci oppose ceux soutenant mordicus la sacro-sainte présomption d’innocence, et exécrant corrélativement la chasse aux sorcières, à ceux souhaitant en finir avec l’idée supposant que mettre au pilori le monument « Depardieu reviendrait à s’attaquer à l’art comme si le statut d’artiste ou le talent justifiait un traitement singulier ».

Décidés à manifester partout « pour rappeler que l’art n’a pas à être fait par des idoles hors de la réalité, n’est pas du côté des caprices de stars », ces afficionados de la cancel culture rejoignent les analyses de Geneviève Sellier.

L’historienne considère que le combat d’arrière-garde, déclenché mercredi 20 décembre 2023 par Emmanuel Macron, demeure consubstantiel au don intrinsèque et esprit divin d’un acteur ou auteur à situer au-dessus des lois. Affiliée à l’aura sublimé de l’individu-créateur, cette notion de génie surdimensionne à ses yeux l’importance dévolue à des gratifiés auxquels est accordé le soin « de faire ce qu’ils veulent sous prétexte d’exprimer leur subjectivité », de contribuer à la reconnaissance de l’identité de la France ou à son rayonnement planétaire.

La religion de l’art sanctifie ainsi la caste de privilégiés récipiendaires, au nom de la prétendue rareté artistique hors du commun, d’un statut spécial et d’un « pouvoir discrétionnaire » garantissant les non-dits, entre-soi et droits de cuissage du cinéma. Or, c’est justement au cœur de ce milieu qu’est apparue aux États-Unis la vague #MeToo ; elle déboucha sur la prise de conscience puis de paroles publiques des rescapés (physiques ou psychologiques) de violences sexistes et sexuelles.

Condamnant l’asymétrie des rapports hommes-femmes, ses partisanes se mobilisent en nombre au sein de l’Hexagone pour dire « que l’art refuse de se soumettre à leur système», se poster vent debout devant les procureurs laxistes, faire « face à l’absence d’écoute des victimes au sein des institutions policières et judiciaires », refuser la « traditionnelle grivoiserie tellement gauloise», déglinguer l’expression « Monstre sacré » accolée à Depardieu, rejeter la banalisation de ses propos et actes ou l’omerta entretenue autour de ceux-ci.

Anciennement cheffe de protocole du Grand Lyon, Chantal Austrui dévoilait, dans L’Humanité du 29 décembre 2023, le comportement outrancier auquel se livra le comédien lors de l’avant-première du film Astérix aux jeux olympiques organisée le 22 janvier 2008 au cinéma « Pathé Vaise » de la capitale gastronomique.

Veillant à sa bonne tenue, ladite responsable fut alors apostrophée par plusieurs hôtesses « stressées et les larmes aux yeux », car en état avancé d’ébriété, le corpulent gaillard s’était autorisé des « paroles et geste déplacés envers elles (…) », touchait ou « frôlait volontairement leurs fesses (…) », démontrant de la sorte qu’il est « un homme sans mesure, contrôle et limite ».

Le malaise que génère le « solaire représentant de l’art et de l’exception française » a fini par convaincre les récalcitrantes de la domination masculines à mettre en lumières ses zones d’ombres, à briser « la loi du silence et l’écho de l’impunité », à ne plus laisser en paix « les agresseurs et oppresseurs», à piétiner l’Ancien régime, ce monde d’avant que Pablo, le messager de l’ouvrage fictionnel Vivre le compte à rebours, est justement sollicité à abandonner.

Choisi par une puissance occulte, il doit d’une part avertir l’ensemble des êtres vivants que 780 jours les séparent de l’apocalypse, d’autre part réussir la charge particulière et salvatrice de sélectionner les meilleurs d’entre eux.

Les heureux élus ou appelés dignes de confiance auront la possibilité de rejoindre, avant l’heure fatidique, le vaste vaisseau spatial censé les éloigner de la terre-mère, les conduire vers la planète de substitution où ils fonderont une humanité nouvelle de laquelle se verront exclus tous les indésirables et nocifs personnages.

Mais comment le professeur de mathématiques arrivera-t-il à séparer le bon grain de l’ivraie, à empêcher les rebuts ou déboutés à monter à bord de l’engin ? Un critique littéraire pourrait peut-être demander à postériori au pourfendeur de l’islamisme radical (Sansal) la façon à partir de laquelle son héros est arrivé à identifier les virtuels criminels, lui qui en vertu du pressentiment de pureté ou de non culpabilité n’a pas réussi à déceler chez Gérard Depardieu des indices probants et concordants, les critères le confondant à un potentiel violeur ?

Saâdi-Leray Farid, sociologue de l’art et de la culture

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