26 septembre 2022
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Campagne médiatique internationale contre l’ANP

OPINION

Campagne médiatique internationale contre l’ANP

Dr Mourad Goumiri

Souvenons-nous, il n’y a pas si longtemps, de la campagne médiatique internationale contre l’Irak de Saddam Hussein et de son armée, considérée par certains, comme la sixième armée du monde !

Souvenons-nous du mensonge d’état, au siège même de l’ONU, du général Colin Powell, indiquant, au monde entier, via des images satellitaires frelatées, les sites irakiens qui abriteraient des bombes atomiques et exhibant un tube contenant des armes bactériologiques irakiennes (heureusement qu’il ne l’a pas fait tomber !)…Tout ce cirque, pour l’obtention  d’une résolution onusienne permettant une intervention militaire internationale (1) contre ce pays, qui d’ailleurs, sera menée, par les USA ? quelques mois après, malgré son rejet par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité ! 

Certes, beaucoup de pays (2), dont la France, alliée des USA au sein de l’OTAN, membre permanent du Conseil de sécurité et titulaire du droit de veto, ont refusé le dictat américain, ayant eux aussi leurs propres satellites d’observation (notamment la Russie et la Chine…) et sont arrivés à la conclusion qu’il s’agissait d’un coup de « Poker menteur » de J.W. Bush, alors Président des USA ! Tous les instituts internationaux d’analyses et d’études, des problèmes de défense et de sécurité, ainsi que d’éminents experts se sont joints, à l’unisson, à cette mascarade, unique dans l’histoire contemporaine des relations internationales.

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L’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), chargée du contrôle des installations nucléaires de l’Irak (3),  à la tête de laquelle l’égyptien Bradaï tentait vainement de calmer la situation, a été instrumentalisée à son tour, pour justifier les thèses américaines, ce qui a permis à J. W. Bush de lancer son fameux « game is over » et de déclencher la guerre. Un dispositif médiatique planétaire diffusait, en boucle, ces images fallacieuses au monde entier, pour justifier auprès des opinions publiques internationales et en particulier à celle américaine, le bien fondé de cette opération.

Les « pays récalcitrants » vont faire l’objet de représailles multiples et divers et de pressions de toute nature, afin de les amener à réviser leur position et rejoindre le « camp de la guerre ». Les vétos au sein du Conseil de sécurité et en particulier celui de la France, pays alliée des USA, vont bloquer ce processus infâme d’envoi d’une force internationale sous drapeau onusien mais certainement pas la guerre, puisque les USA vont la menée, « à titre personnel », accompagnés de pays affidés, jusqu’à la destruction complète de l’Irak, de son armée et de son peuple.

Ruiné, divisé, détruit, soumis à embargo, implosé, le peuple irakien va payer la plus lourde facture et prendre le chemin de l’exil, par centaine de milliers, pendant que les entreprises américaines commençaient  déjà à négocier les marchés pour la « reconstruction » de ce qu’ils avaient eux-mêmes détruit ! Le reste est connu, il n’est pas besoin de le rappeler dans cette contribution mais force est de constater qu’aucune arme nucléaire ni bactériologique n’ont été  retrouvées à ce jour ! Aucune procédure judiciaire ni internationale ni américaine n’ont été initiées à l’encontre des auteurs de ce mensonge d’État planétaire.

Il semblerait que le même scénario ne soit initié ces derniers temps, contre l’Algérie et « sa puissante armée », puisqu’une campagne médiatique internationale, (accompagnée de fondations, de centres de recherche et d’experts patentés), est orchestrée et pour certain de la classer à la première ou deuxième place, en Afrique et pour d’autres, parmi les dix premiers pays au monde… rien que ça !

Même le dossier du nucléaire algérien est remis sur la table, alors que notre pays a satisfait à tous les contrôles de l’AIEA. Quels sont les objectifs inavoués de cette campagne ?

Qui se cache derrière le rideau pour la financer ? A qui profite cette stigmatisation de notre pays, en ces moments très particuliers, qu’il traverse ? Ces donc à toutes ces questions et bien d’autres qu’il faut tenter de répondre ! En premier lieu, l’armée algérienne est-elle aussi puissante, qu’on prétend, avec un budget évalué entre quelques huit à dix Milliards de US$ selon les années (4), si on le compare avec ceux des puissances de la région méditerranéenne et les autres plus lointaines ? Quand a commencé le processus de renouvellement et de modernisation des armements et des équipements de l’ANP, avec quels objectifs et pour quelles menaces, visibles et cachées ?

A-t-on pris en compte, la position géographique (2,3 millions de km 2), la géopolitique (Afrique, Méditerranée et monde arabe), les profondeurs stratégiques (régions sahélo sahariennes) de notre pays et enfin les menaces nouvelles qui prolifèrent dans la région (terrorisme et narcotrafiquants) pour apprécier les efforts consentis pour sa défense et sa sécurité ? A l’évidence, ce n’est pas ce genre de questions qui intéressent, ceux qui mettent en œuvre cette campagne médiatique tout azimut, malgré le fait indéniable que notre pays a payé très cher, la décennie noire, tant ressources humaines qu’en matérielles), orchestrée et financée par cela même qui ont créé le terrorisme international et ses sociétés franchisées. 

Le contexte actuel est également important, à un moment où des alliances se construisent, dans la région, autour de nous et contre nos intérêts biens compris. Personne n’est naïf ou dupe, imploser l’Algérie, c’est d’abord et avant tout, casser l’ANP et la relation d’intimité et de respect qu’elle entretient avec le peuple, tout le peuple sans distinction aucune !

C’est donc l’objectif essentiel que se sont assignés, ceux qui financent cette campagne médiatique de grande envergure, de manière à retourner le peuple algérien contre son armée pour imploser notre pays, alors que le Hirak originel avait scandé par millions « Djeich chaab, khawa-khawa ! ».

Il faut avouer, en toute franchise, que la déstabilisation interne et externe de nos services de renseignements (5) et les procès retentissants de généraux « pilleurs de deniers publics », emprisonnés ou en fuite à l’étranger, donnent du grain à moudre à cette action destructrice (6).

Il est donc primordiale de séparer le « bon grain de l’ivraie » en séparant les quelques « brebis galeuses » générées durant  l’ère Bouteflika (6), du reste de l’institution militaire tous corps confondus.

L’ANP doit être exemplaire à plus d’un titre et notamment dans le domaine de la corruption, afin d’éradiquer ce fléau qui l’a gangrenée, de l’intérieur, durant les deux dernières décennies et en particulier la haute hiérarchie militaire, qui doit donner l’exemple à suivre aux autres catégories.

Le danger est réel et perceptible, pour ceux qui savent analyser les signes codés qui sont distillés au quotidien, à travers le monde par médias interposés. Il faut le combattre partout et en tous lieux, avec des moyens d’intelligence, aussi sophistiqués que ceux qui sont mis en œuvre par nos ennemis.

L’Algérie n’a pas vocation à être une puissance internationale ni à s’investir dans des conflits d’intérêts intercontinentaux mais œuvre à développer la paix, la sécurité et la prospérité partout dans le monde, par les instruments de la négociation et du dialogue. Elle travaille à recouvrer la place qui lui est due, dans le concert des nations, compte tenu de sa position géographique, géopolitique et de ses profondeurs stratégiques. Les moyens de défense (air, mer, terre) et de sécurité (intelligence et renseignement) dont elle se dote sont d’ordre exclusivement défensif et lui suffisent à peine à assurer la sécurité de son immense territoire (6), n’ayant jamais revendiqué aucun autre, de manière directe ou indirecte.

Ses alliances stratégiques, de défense et de sécurité, dans le monde, sont connues de tous et sont inscrites dans la durée, de manière à assurer la paix, la stabilité et la prospérité dans la région, dans le respect de son indépendance de jugement et de sa souveraineté dans ses choix politiques. Son action diplomatique n’a pas changé depuis l’indépendance et s’articulent autour des principes fondamentaux usités par les institutions onusiennes et les accords bilatéraux, régionaux et multilatéraux.

Il est donc important de prendre très au sérieux cette campagne médiatique contre l’ANP et son objectif stratégique principal qui est de retourner le peuple contre son armée, dernier rempart avant l’aventurisme et le chaos. Les exemples anciens et nouveaux sont sous nos yeux, tout le monde peut s’y référer afin d’en tirer les leçons et de parer à cette agression insidieuse nouvelle qui a déjà commencé dans notre région et au-delà.

M.G.      

Notes

  1. La résolution devait permettre l’intervention d’une force onusienne, sous commandement américain et la mobilisation de tous les moyens militaires américains de destruction.

  2. L’alignement inconditionnel du Royaume-Uni de T. Blair, premier ministre va lui valoir un procès (toujours pendant), dans son propre pays, pour avoir induit en erreur le parlement. Pour se défendre, ce dernier va accuser la CIA de l’avoir… intoxiqué !

  3. Le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) est un traité international conclu en 1968 et signé par un grand nombre de pays. Il vise à réduire le risque que l’arme nucléaire se répande à travers le monde et son application est garantie par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Il entre en vigueur le 5 mars 1970, après ratification, comme le prévoient les articles IX-2 et IX-3 par les gouvernements dépositaires (États-Unis, Royaume-Uni, URSS) et quarante autres États signataires, dont l’Algérie.

  4. Pour mémoire, l’armée algérienne, durant les années 80 et 90, n’avait pas les moyens financiers de procéder au renouvellement de ses équipements et de son armement, ce qui a entrainé une obsolescence importante de ces derniers. Ce n’est qu’à partir des années 2000, que l’embellie financière lui a permis d’acquérir de l’armement de dernière génération, pour son armée de terre, sa marine et son aviation.  

  5. Pour se maintenir au pouvoir, durant deux décennies, l’ex Président A. Bouteflika a toujours créé des antagonismes violents entre le corps de bataille (état-major) et les services de sécurité, tantôt en se positionnant avec l’un, tantôt avec l’autre mais en gardant toujours le contrôle du jeu (Lire mes dix articles intitulés « la désignation élective présidentielle » sur El-Watan. 

  6. Les islamistes, nationaux et étrangers, se nourrissent de ces scandales pour développer leur propagande et tenter de retourner le peuple contre son armée. 

  7. L’ex-Président A. Bouteflika et sa fratrie, ont mené une politique de « démocratisation la corruption » à tous les niveaux de la société, de manière à se maintenir au pouvoir. Une partie seulement de la haute hiérarchie militaire a également succombé à cette tentation, témoin les procès actuels et futurs.

Auteur
Dr Mourad Goumiri, Professeur associé.

 




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