26 septembre 2022
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Comètes, les « madame Irma du ciel » (II)

Constellation

Une histoire des plus connues, celle des trois mages qui aurait été guidés par une comète vers Bethléem pour rendre hommage au nouveau-né, le petit Jésus, fils de Marie et de Joseph, le messie attendu.

Sur la route des trois mages, un GPS

Pendant très longtemps la mémoire populaire a retenu qu’il s’agissait de la comète Halley. Or nous savons maintenant, avec une grande précision, qu’elle était passé 12 ans avant la naissance supposée (car la date fut l’objet de débats constants), pour son passage aller et 67 ans après, lors du retour.

En fait le mythe s’était largement propagé avec le tableau du peintre Giotto (d’où le nom de la sonde spatiale) qui représenta la scène de la nativité en l’illustrant avec la comète Halley. L’explication est très simple, le peintre fut marqué par son passage en 1301 et il n’avait aucune compétence historique ni scientifique pour l’identifier. La comète Halley n’est qu’une hypothèse tardive, par interprétation rétrospective puisqu’elle n’était pas encore étudiée par Edmond Halley.

La seconde hypothèse serait la conséquence d’une supernova, soit une explosion d’une étoile qui aurait été perçue à l’œil nu pendant quelques mois. Mais il n’existe aucun relevé astronomique de l’époque qui puisse l’attester.

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Une dernière hypothèse semble aujourd’hui courante, celle d’un rapprochement de deux astres dans le ciel, on appelle cela une conjonction des planètes. Elle est très lumineuse, comme le cas du rapprochement de Jupiter avec Vénus, si nous excluons le soleil et la lune qui ne posent aucun souci de questionnement.  Un phénomène astronomique qui se produit une fois tous les 800 ans.

Pour le cas de la naissance du messie, l’hypothèse est étayée par les « tablettes » découvertes à Ankara en 1924 qui reproduisent des données du temps du roi Hérode en l’an 6 av. JC (avec une petite marge d’imprécision). Nous avons déjà dit combien était l’imprécision historique de la date de cette naissance.

Je ne peux terminer ce paragraphe sans rappeler une autre évocation célèbre, celle la tapisserie de Bayeux, un grand témoignage de la bataille d’Hastings, en 1066. Une tapisserie de 70 mètres de longueur qui relate le triomphe de Gillaume le conquérant, duc de Normandie, sur l’armée anglaise, début de la dynastie des normands sur l’île britannique. Dans cette tapisserie de Bayeux, nous voyons le passage d’une comète, un clin d’œil qu’elle nous fait si souvent dans les représentations picturales des humains.

Et dans bien d’autres œuvres, la comète apparait en témoin de l’époque, en illustration de fond. Revenons maintenant aux sources de toutes ces légendes, à notre madame Irma.

Les comètes et les croyances

Un évènement lumineux dans le ciel, une rapidité exceptionnelle et une périodicité (qu’ils ne croyaient cependant pas être de la même comète), quoi de plus étonnant que les êtres humains aient projeté leurs croyances comme pour tous les autres astres.

Aristote, le grand homme qui a tout faux lorsqu’il s’est aventuré dans l’astronomie, nous l’avions dit dans l’article précédent, a attribué aux comètes des raisons géologiques. Dans son ouvrage « Météorologiques », il estime que des gaz inflammables s’échappaient des fissures des roches de la terre. Mais cette fois-ci, il avait estimé avec précaution que ses connaissances limitées ne lui permettaient que d’émettre des hypothèses.

Une des explications qui me plait beaucoup car elle s’élève au niveau d’une imagination débordante. Un peuple des îles de l’océan Indien pensait que les comètes sont des torches avec lesquelles s’équipaient les esprits pour voir les humains et surveiller qu’ils ne s’aventurent pas la nuit dehors car c’est leur domaine.

Mais pour les comètes c’est surtout la périodicité qui va construire les croyances humaines. Pourquoi ?

Tout simplement parce que la furtivité du phénomène visible est forcément attachée à un évènement. Ainsi celui-ci va produire des prédictions positives ou inquiétantes pour les prochains passages. Inévitablement les êtres humains font donc le rapprochement avec l’évènement qui s’est produit lors de la visite précédente et vont croire à la répétition des mêmes conséquences.

L’approche la plus répandue dans l’antiquité était d’attribuer aux comètes la venue de périodes de sécheresse par la chaleur qu’elles émettaient. Pline l’Ancien, le romain (vers 23 av. JC) estime qu’il y a douze catégories de comètes et que chacune est la cause d’une catastrophe naturelle particulière.

Puis s’installa dans le Moyen âge l’idée que l’apparition de la comète était l’annonce d’une colère de Dieu qui s’abattrait. Les « écrits » furent les sources documentaires privilégiés. On peut lire dans l’évangile selon Saint Luc « Il y aura de grands tremblements de terre et çà et là des pestes et des famines ; il y aura aussi des phénomènes effrayants et dans le ciel de grands signes ». Nous pouvons citer bien d’autres références dans les divers évangiles.

C’est Tycho Brahé qui sera le premier, en 1577, à réfuter le caractère météorologique des comètes. Il y a donc une déconnexion définitive entre les fléaux naturels et l’annonce de la colère de Dieu

Quant aux annonces prédictives, les exemples sont très nombreux dans l’histoire. Nous avons déjà cité la croyance que la comète annonçait une victoire puisque la tapisserie de Bayeux l’attestait. Mais c’est pareil pour les défaites comme celle de Xerxès à Salamine. L’apparition avait accompagné également la défaite des Athéniens en Sicile. La prise de Carthage par Scipion (une victoire) fut également accompagnée par une comète ainsi qu’à la mort de César. Titus qui prend la ville de Jérusalem fut de même éclairé par une lueur d’une comète. Et ainsi de suite, il n’y aurait pas assez de place dans tout le journal pour les citer.

Enfin, la prédiction la plus dangereuse autant que farfelue, encore en cours dans certaines sectes d’aujourd’hui, la comète annoncerait la fin du monde.

En conclusion, que de fantasmes peuvent être suscités par l’ignorance. Et combien la science est fondamentale pour remettre la vérité du ciel à sa place. Voilà pourquoi la science doit toujours être un des objectifs fondamentaux de l’humanité.

Le ciel, ce grand inconnu qui a toujours fait peur, est aujourd’hui dompté car plus personne ne croit aux fadaises.

Boumédiene Sid Lakhdar, enseignant

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1 COMMENTAIRE

  1. Petit détail sans importance, juste un petit peu intéressant: La Bible ne dit nulle part qu’il y avait « trois » mages, juste « des » mages. Ça fait partie des petits mythes attribués à la Bible, et il y en a un certain nombre: La pomme qu’Eve a mangée est appelée simplement « fruit » dans la Bible. La baleine qui a avalé Jonas est un « gros poisson » dans la Bible.
    Je passe sur le côté ridicule et puérile des mythes eux-mêmes.

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