27 janvier 2023
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Comment la peinture orientaliste a justifié le colonialisme pendant des siècles

Orientalisme

En Europe, quand on évoque le nom de l’Algérie ou d’un autre pays du Maghreb, ce sont souvent les toiles chatoyantes, colorées et exotiques du 17ème au 19ème siècle. Pourtant, ce monde arabe-là est un fantasme de l’Occident justement. Et ces toiles, accrochées dans de prestigieux musées, racontent l’Orient de l’époque à travers les yeux des “blancs”. On y découvre les stéréotypes de la colonisation. 

L’Europe en Orient

A cette époque, une avide curiosité pour l’Orient voit le jour dans les pays européens du 17ème au 19ème siècle. Au début du 17ème siècle , le Français orientaliste et archéologue Antoine Galland publie sa traduction des Mille et Une Nuits. Il s’agit de la première traduction au monde de l’œuvre. Cet ouvrage, teinté d’ajouts imaginés par Galland, va susciter un engouement pour l’Orient en Europe. C’est également le temps des découvertes et des voyages dans des contrées lointaines. 

La campagne d’Egypte par Bonaparte fin 17ème ne fait que renforcer  ce désir de chaleur oriental. Les peintres de l’époque qui n’ont, pour la majorité, pas voyagé dans cette partie du monde, s’inspirent des récits d’aventuriers et autres voyageurs. Et cela, pour répondre à une demande de la grande bourgeoisie dont l’imaginaire se nourrit de décors sensuels, de draperies et tissus colorés, de scènes embrumées par les fumées de hashish et les poses lascives des femmes arabes. Des peintres orientalistes, la France en compte beaucoup. Il y a parmi eux, Nasreddine Dinet, né Alphonse-Etienne Dinet et converti à l’Islam. Mais aussi Eugène Girardet, Jean-Léon Gérôme et Théodore Frère. 

L’Orient fantasmé

Avec la colonisation de l’Algérie par la France entre 1830 et 1902, les peintures et récits orientalistes ont foisonné. 

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Dans un article intitulé “L’Algérie entre féerie et mépris : De l’imaginaire colonial dans les récits de voyage du XIXe siècle chez E. Fromentin et A. Daudet”, Safa Ouled Haddar, Maître-assistante et chef de département de français au Centre Universitaire de Ghardaïa, explique que “La représentation fantasmée que les orientalistes ont véhiculée de l’Algérie et de tout l’Orient n’est autre que la transposition de leurs désirs refoulés, parmi lesquels nous pouvons compter l’émerveillement devant les paysages, l’appréciation des décors intérieurs et le désir charnel.”  C’est donc l’histoire de l’homme blanc découvrant un monde fantastique digne des Mille et Une Nuits. Dans la caricature, les massacres, l’esclavage, la maltraitance et autres crimes par les colons sont évidemment omis.

 L’Orientalisme est le colonialisme

Cet imaginaire de l’Algérie et des autres pays du Maghreb durera jusqu’à la fin des années soixante. Peu de temps après l’indépendance de l’Algérie. Mais il faudra attendre une décennie supplémentaire pour qu’un travail scientifique dévoile le visage colonisateur de l’Orientalisme. C’est Edward Saïd, Palestinien et professeur de de littérature comparée à Columbia (États-Unis), qui sera le premier à dénoncer scientifiquement cette supercherie. En 1978, il publie un ouvrage intitulé Orientalism (L’Orientalisme : L’Orient créé par l’Occident dans sa version française). Dans sa politique de conquête, l’Europe utilise les arts pour justifier ses invasions. Selon Saïd, l’Europe adopte un discours dans lequel l’Orient est despotique et ne désire pas prendre la voie du changement. Les civilisations orientales sont affables et attendent qu’on les mette en mouvement. L’Occident est là pour mener cette mission. Jouez au meilleur casino en ligne

Des orientalistes qui peignent la réalité

La réalité n’est donc pas représentée sur les toiles des orientalistes. Mais de très rares peintres de l’époque ont tout de même dénoncé les ravages du colonialisme. Parmi eux, Gustave Guillaumet et Nasreddine Dinet. Ils ont tous les deux passé une grande partie de leur vie en Algérie. 

Au cours de sa vie en Algérie, Nasreddine Dinet s’est peu à peu éloigné du courant orientaliste. Au fur et à mesure des années, ses peintures dépeignent une Algérie plus proche de la réalité, plus traditionnelle. Des scènes religieuses s’étalent sur ses canevas, des personnes âgées, des enfants, des moments du quotidien apparaissent. Ce qui d’ailleurs plait beaucoup aux locaux. 

Quant à Gustave-Guillaumet, il est le seul peintre à avoir représenté les tragiques événements du début de la colonisation. Dans son œuvre intitulé La Famine, qui illustre la famine qui décime les populations rurales entre 1866 et 1868. Cette catastrophe humanitaire, n’était pas seulement du fait de la sécheresse. Elle était également la cause de l’extrême paupérisation des populations rurales algériennes dont les terres étaient confisquées par les colons français.   

Dans son ouvrage, Edward Saïd dit “ Chaque époque et chaque société recrée ses propres Autres.” En ces temps modernes où les réalités sont dépeintes de manière à diaboliser l’islam et nourrir le feu de l’islamophobie, les temps de l’orientalisme ne semblent pas si éloigné que cela. 

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