3 octobre 2022
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Crânes de nos martyrs : hobby de nos têtes pensantes chenues à la panse repue 

TRIBUNE

Crânes de nos martyrs : hobby de nos têtes pensantes chenues à la panse repue 

Faute de remplir le ventre des Algériens, on leur farcit la tête d’ossements historiques, de vestiges muséologiques.

Déjà, l’année dernière, le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, était revenu dans un discours lu en son nom par le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, à l’occasion de la Journée nationale du chahid, sur les crânes des martyrs qui étaient entreposés au musée de l’Homme de Paris (France). « Aussi, forte de sa foi en la noblesse du sacrifice de ses glorieux martyrs grâce auxquels nous vivons librement, l’Algérie s’engage-t-elle à poursuivre la responsabilisation de l’ancien colonisateur pour la restitution de nos biens mémoriels et des ossements de nos chouhada », avait-il dit à ce propos.  

Aujourd’hui, certaines têtes pensantes algériennes ont fait des crânes de nos martyrs leur plat principal pour empâter leur savoir rachitique suranné, avec la résolution de gaver le peuple algérien miséreux, réduits à se nourrir d’abats alimentaires, de débats étiques, servis au nom du souci muséologique éthique.  

Notre pays est un vaste cimetière où gît la population algérienne, sacrifiée sur l’autel d’un passé vivant de notre agonie quotidienne. 

« Chaque pierre tombale couvre une histoire universelle », a écrit le poète révolutionnaire allemand Heinrich Heine. Chez nous, en Algérie, c’est notre histoire locale qui se couvre de multiples pierres tombales, exhumées et exhibées régulièrement pour enrober et enjoliver notre étique roman national erratique.  Les cadavres gèrent notre pays et gouvernent notre mémoire.

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Les cimetières mémoriaux nous servent de bibliothèques dans lesquelles nous puisons nos connaissances sépulcrales. Incapables de garantir au peuple un destin social prospère en phase avec la modernité, d’assurer à la progéniture une harmonieuse postérité, le régime et ses intellectuels organiques l’enchaînent à cette fausse conscience nationale imprégnée de religiosité, prisonnière des ataviques généalogies et des controverses d’antériorité sur notre collective historicité. 

Le peuple algérien aime se draper de reliques existentielles fossilisées. En matière spirituelle, il adore s’enflammer le cerveau avec des braises intellectuelles archaïques. Et au plan professionnel, inhiber ses ardeurs laborieuses avec les eaux glacées de l’oisiveté et les onguents de la fatalité. 

Une vacuité mortifère enveloppe sa vie quotidienne macabre, pendant que le vivifiant passé magnifié occupe son attention et vampirise son temps. Réduit à l’état de mort-vivant, l’Algérien ne se nourrit que de littératures faisandées puisées d’un passé depuis longtemps enseveli. Tout se passe comme si son existence actuelle s’écoule sous une mortuaire histoire où sa vie s’écroule sous les effets conjugués de la répression étatique et de l’oppression islamique, sur fond de vacuités existentielles. 

L’Algérien affectionne admirer son avenir incertain dans le miroir fêlé de son ténébreux passé glorifié pourtant corrodé, en court-circuitant son présent évanescent et érodé. 

En Algérie, pour mieux immobiliser les vivants, on mobilise les morts illustres. 

En pleine période de paix (sociale), les Algériens, affligés d’anémie intellectuelle et d’inanité culturelle, transformés en cadavres ambulants, sont enterrés vivants, tandis qu’on est prêt à déclarer la guerre à la France pour rapatrier des crânes morts depuis deux siècles afin de leur redonner une vie salvatrice à la pérennité d’un régime sénile, moribond, sur le point de rendre son âme souillée par sa politique prédatrice, prévaricatrice, dominatrice. 

Décidément, les priorités des potentats indéboulonnables du pouvoir despotique actuel, en quête de légitimité nationale, sont toujours idéologiques. Et l’idéologie passéiste de ce régime cacochyme constitue un attentat à la jeunesse d’esprit de la fraîche génération algérienne éprise de modernité, de liberté, assoiffée d’actions et d’activités inscrites dans la contemporanéité. Une jeunesse aujourd’hui de nouveau en pleine effervescence combative, incandescence militante, efflorescence politique, reviviscence révolutionnaire. 

Cyniquement, faute de remplir mémorablement les assiettes du peuple algérien réduit au régime sec, l’omnipotent régime grabataire, mais à l’obésité despotique éclatante de santé répressive, peuple d’assiettes mortuaires les musées de la mémoire déjà amplement garnie de vestiges historiques frauduleux. Les ossements de nos vénérables défunts aïeux martyrs préoccupent davantage ces nantis repus que la santé de nos vulnérables citoyens contemporains faméliques au corps osseux rompu. 

Ironie de l’histoire, si les colons accomplissaient leurs macabres œuvres de décapitation de nos glorieux martyrs « au nom de la civilisation », et la conservation de certains crânes au musée de l’Homme au nom de la science, nos potentats dirigeants actuels justifient leurs manœuvres de rapatriement de ces crânes au nom de l’histoire pourtant saturée de ronces mémorielles.

Cette même mémoire qui focalise à plein régime notre présente misérable attention, pendant que ce régime disqualifié accapare les richesses avec notre bénédiction. Et si nos valeureux parents et grands-parents asservis ont fini par laver l’honneur en chassant les colons, nous, nous persistons dans le déshonneur de l’asservissement en permettant à ces nouveaux occupants de coloniser le pays, d’instrumentaliser nos glorieux martyrs pour perpétuer leur domination. 

Décidément, le divorce est consommé entre le peuple algérien en phase avec son temps (peuple occupé à bâtir un meilleur présent), tourné résolument vers l’avenir, et le régime grabataire accroché au mythique passé, régime maintenu artificiellement sous perfusion à l’aide de sondes idéologiques mémorielles surannées, devenues inopérantes à force de saturations manœuvrières alimentées par nos têtes pensantes jamais en peine d’imagination pour nous servir leur savoir ossifié en guise de divertissement populaire et de diversion politique. 

Dans cette histoire tragique des crânes, c’est au valeureux peuple algérien, une fois à la tête de la nation, souverain de son corps étatique, propriétaire de l’économie de son pays, gestionnaire direct de son « destin social » assurant le bien-être de l’ensemble de la population, que revient cette mission de rapatriement des crânes de ses martyrs, par-delà les instrumentalisations idéologiques étatiques et les lubies universitaires égotiques. 

Enfin, l’état de délabrement des cimetières algériens dans lesquels les tombes tombent en ruine nous fait craindre de voir les crânes de nos ancêtres martyrs, une fois rapatriés, une seconde fois tués par la gabegie et la désinvolture de la bureaucratie funeste et funèbre algérienne. 

Reposez en paix dans le cimetière social algérien, mes frères algériens vivants ! 

Portez-vous bien en Algérie, mes aïeux frères martyrs morts depuis une éternité ! 

Auteur
Khider Mesloub

 




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