7 octobre 2022
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Détenus d’opinion : la vérité des faits et des chiffres 

Détenus d'opinion

 Abdelmadjid Tebboune, à la tête du régime algérien actuel, ne recule devant aucune contre-vérité allant jusqu’à affirmer dernièrement que l’existence de détenus d’opinion dans le pays est « le mensonge du siècle ». 

En guerre contre le peuple algérien depuis que celui-ci a exprimé clairement et massivement le rejet de ce système politique, ce pouvoir de fait met tout en œuvre pour néantiser ce mouvement de fond par le tout répressif et la stratégie de la terreur.

Les arrestations de masse qui ont débuté le 21 juin 2019 se poursuivent à ce jour et des centaines de citoyens sont encore détenus pour avoir exprimé une opinion, participé à une marche pacifique, informé en tant que journaliste ou mené une activité politique pacifique.

Contrairement à ce déni officiel éhonté, ce sont bien des détenus d’opinion tels que confirmés par les organisations onusiennes traitant des droits humains. Des interpellations ont été faites au pouvoir algérien sur le respect des droits fondamentaux des citoyens et une première condamnation des Nations unies pour acte arbitraire a été prononcée dans l’affaire des premiers détenus pour port de drapeau amazigh.

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Pour des ONG comme Amnesty International, ces prisonniers ont bel et bien un statut de détenus politiques et plusieurs courriers ont été adressés à ce sujet aux autorités algériennes, dénonçant l’adoption de lois liberticides dont l’article 87bis du code pénal.

Dans la réalité des faits, il est vraisemblable qu’une dizaine de milliers d’arrestations ont été effectuées par les services de sécurité algériens depuis le mois de juin 2019 (7 445 arrestations ont été comptabilisées de façon précise depuis le 22 février 2021 à ce jour par une source militante fiable). Ces arrestations n’ont jamais cessé, survenant par vagues, parfois massives, de plusieurs dizaines en une seule journée, après de très courtes périodes d’accalmie.

Parmi ces nombreux citoyens arrêtés depuis juin 2019, deux milles de citoyens au moins (1149 d’après le décompte fait depuis février 2021) ont été présentés devant les procureurs de la République, aboutissant à de rares relaxes, plusieurs poursuites sous contrôle judiciaire et à de nombreuses détentions provisoires, devenues la règle alors même qu’il s’agit d’une mesure d’exception selon le code de procédure pénale.

D’après un premier décompte, au moins un millier (1004) de détentions provisoires a été ordonné par les juges d’instruction depuis 2019 (652 selon le décompte depuis la reprise du Hirak en février 2021).

Depuis deux ans, une moyenne de 300 détenus est maintenue en permanence dans les établissements pénitentiaires de tout le pays avec une concentration carcérale plus importante dans les wilayas du centre.

De nombreux prisonniers sont en détention provisoire de durée prolongée, en attente d’être jugés (certains depuis 2020) motivant des grèves de la faim itératives. D’autres détenus purgent des peines d’emprisonnement prononcées dans des parodies de justice rendant des verdicts sans lien avec des dossiers souvent vides.

L’évolution du nombre de détenus montre qu’après une forte répression lors des 6 derniers mois de 2019, à l’origine de l’emprisonnement de 182 citoyens, une diminution globale du nombre d’arrestations est notée pour l’année 2020 (170 incarcérations au total) suite à la suspension du Hirak en raison de l’épidémie et du confinement institué.

A partir de février 2021, les tentatives de reprise du Hirak ont pour conséquence une forte hausse du niveau de répression. Le bilan de cette année est très lourd : 502 détenus au moins arrêtés pour une part conséquente en Kabylie. Pour avoir, entre autres raisons, poursuivi le mouvement, cette région va payer un lourd tribut à la forte répression qui s’y est abattue, et ce, sans état d’âme sur des populations déjà meurtries par l’épidémie et les incendies meurtriers.

Tous ces chiffres, globalement 1000 détenus suite à 10 000 arrestations, sont certainement à majorer car la collecte des données auprès des avocats et des familles par des militants auxquels il faut rendre hommage, est particulièrement difficile. Il est à noter également que plusieurs victimes de la répression arbitraire ne sont pas signalées ou souhaitent garder l’anonymat.

Ces détenus d’opinion sont utilisés par les autorités pour maintenir une pression et instaurer un climat de terreur afin de réduire au silence la population. Il est probable également que ces détenus fassent les frais de sordides marchandages entre clans et ce, au mépris de vies humaines brisées.

Cette déshumanisation dans le traitement des citoyens algériens est menée par l’oligarchie militaro-politique pour se maintenir au pouvoir et poursuivre la prédation au profit des clans et leurs progénitures conformément à leur vision exclusivement patrimoniale de l’Etat.

Toutes ces atteintes aux droits humains précisées et autrement plus détaillées, font et feront l’objet de rapports de différentes organisations destinés aux instances internationales et ONG traitant des droits humains.

Devant les instances des Nations unies prévues à cet effet, les représentants du régime actuel devront répondre ainsi de la violation du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par l’Algérie.

Que ces représentants démontrent que ces détenus, qui n’ont ni volé, ni agressé, ni tué, relèvent bien du droit commun comme ils le prétendent ou que ces prisonniers sont coupables d’activités terroristes jamais prouvées à ce jour ; alors qu’à l’évidence, le climat de terreur que subit la population vient exclusivement des services de sécurité et d’une justice inféodée et totalement arbitraire.

Liberté pour les détenus politiques et d’opinion !

 Le 10 août 2022

Groupe Actions-détenus 

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