26 septembre 2022
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Deux images du 5 et 6 juillet en Algérie

REGARD

Deux images du 5 et 6 juillet en Algérie

Les futurs historiens qui relateront ces deux journées, se pencheront sans doute sur deux images. Celles-ci attireront leurs regards pour deux raisons.

La première raison est leur aspect news-documentaire brut de tout coffrage. Il n’y a pas de réalisateur ou de censure qui organise le montage des images et leur inévitable commentaire en voix off qui se veut ‘’neutre’’. La seconde raison, ce sont les informations nombreuses qu’elles fournissent. Prenons les plus frappantes qui se confirmeront avec le temps qui passe. La première information qui frappe l’imagination c’est un peuple en marche en même temps, banderoles dans le vent, ce 5 juillet (une date historique fêté comme il se doit) dans notre immense pays.

Et ce peuple présente sa propre image. Une image de toutes les catégories sociales et générations unies pour défendre une haute idée qu’ils se font de leur pays. Unité du peuple dans une Algérie indivisible exigeant le départ d’un système qui leur a fait tant de mal et d’humiliation.

La deuxième image cette fois accompagnée de sons directs, celle des cris et des chants venus des entrailles de l’histoire et de la diversité et particularités du pays. Des cris émis par une jeunesse souriante et débordante d’énergie avec des mots et seulement des mots dont l’un résume la particularité de cette révolution qui se veut silmya (pacifique).

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L’autre image, fut celle du lendemain 6 juillet qui rapportait un ‘’évènement’’ politique organisé par les forces du changement. Que nous disent les différentes images de cette réunion. Quelque centaine de personnes réunies autour d’une grande table. Le chef d’orchestre, un ex-ministre entouré de responsables de partis politiques qui ont participé au pouvoir.

Le reste de l’assistance est composé de représentants de syndicats et de la société dite civile. Toute le monde a eu droit un discours dans la plus parfaite égalité (7 minutes chacun).

Nos historiens, en comparant les images de cette réunion avec ceux de la veille (5 juillet) auront remarqué une chose essentielle. Les millions et millions de la marche du 5 juillet ne retrouvaient pas l’essentiel de leurs revendications. Et comme nos historiens ont une haute idée de leur métier, fatalement ils se poseront la question du fossé existant entre le document final de cette réunion et lesdites exigences du peuple qui n’ont pas varié depuis la désormais historique date du 22 février 219. Lesdites exigences sont connues, point besoin d’y revenir. En revanche, il n’est pas inutile de s’attarder sur les recommandations de cette réunion car le diable se cache dans les détails comme on dit. Or la cachette de ces détails ne peut contenir la puissance des mots que l’on utilise pour faire avaler des couleuvres à un peuple qui ‘’doit faire confiance à son ‘’élite’’. Sauf que cette ‘’élite’’ oublie que les mots ont une histoire et un sens précis qui aide à percer les ‘’mystères’’ et les mensonges ou simplement la faiblesse d’une vision des choses.

Prenons les deux mots utilisés pour parler de la transition. La réunion du ‘’conclave’’ du 6 juillet parle de la nécessité de lier le pragmatisme et l’urgence à la transition pour aller rapidement à l’élection présidentielle. On aura remarqué le ton autoritaire derrière le mot nécessité comme si cette notion est le résultat d’une autorité qui détiendrait une légitimité politique ou scientifique. Du calme messieurs, vous ne détenez pas encore le pouvoir et encore moi une légitimité. En face de ce ‘’conclave’’, le peuple parle de nécessaire transition, concept repris par les forces démocratiques qui doivent se réunir prochainement.

Le mot nécessaire a un autre sens. Dans le langage de tous les jours, on dit faites le nécessaire. Cela signifie ‘’ faites votre possible pour éviter un malentendu, regarder les choses en face et agissez du mieux possible etc… Sur le plan politique et philosophique, cela signifie, étudier le réel dans toute sa complexité et apporter la solution qui fait avancer ou du moins qui fait le moins reculer. Le politique ne fait qu’appliquer la stratégie d’un bon général qui exploite intelligemment ses forces en évitant les pièges et du terrain et de l’adversaire.

Entre la ‘’Nécessité’’ autoritaire et prétentieuse et le ‘’nécessaire’’ qui fait appel à l’intelligence devant les contraintes et les exigences du réel, signe de modestie, il y a un fossé entre ces deux concepts. Ce fossé a pour nom l’autoritarisme qui enfante de l’autisme dont le pays a souffert depuis 20 ans, lequel découle d’un certain Qararna (nous avons décidé) (1). Et le contre poison à cet autisme n’est autre que l’écoute du peuple enfin reconnu comme source la légitimité.

La déclaration à la presse du chef du MPS qui appelle sans rire la fin de la lutte idéologique est la manifestation de quelqu’un qui veut protéger ses arrières. Il veut empêcher que l’on continue à ignorer les contradictions qui traversent la société, les compromissions du passé et les penchants des participants à la rencontre du 5 juillet du côté du pouvoir et leurs réticences pour ne pas dire plus à l’égard du mouvement populaire

Cette bataille des mots et concepts marquent en vérité une frontière qui sépare le peuple qui veut dégager le système de ceux qui veulent arracher les branches improductives, bref illusionner le peuple en faisant danser les serpents en sifflant comme dans les souks.

Ali Akika

Notes

(1) Qararna (nous avons décidé) est une phrase célèbre du président Boumediene. Juste manière de parler quand il s’adresse devant le peuple pour annoncer aux compagnies pétrolières étrangères la nationalisation du pétrole et gaz algériens. Affirmation claire et nette de la souveraineté du pays sur ses richesses. Elle résonne autrement quand ses décisions concernent les problèmes intérieurs sans aucune consultation ou débat populaire.

 

Auteur
Ali Akika, cinéaste

 




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