27 janvier 2023
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Donald Trump, Macron, Poutine,  à quelle école appartiennent-ils ?

Grand Angle

Donald Trump, Macron, Poutine,  à quelle école appartiennent-ils ?

Ce genre d’informations n’est pas inutile. Connaître le milieu familial, le parcours professionnel et politique d’un chef d’Etat est une des tâches des professionnels de police d’un l’Etat, à savoir les services secrets. Ces derniers sont chargés de lui fournir toute information qui puisse l’aider à prendre des décisions dans le seul but de préserver les intérêts du pays.

On connaît la fameuse boutade de De Gaulle quant à la politique de la France qui ne se fait pas autour de la corbeille de la Bourse (temple des transactions financières). Les choses ont bien changé depuis cette époque quand on voit l’arrivée au pouvoir des Trump et autre Macron qui symbolisent l’accession des milieux d’affaires à la tête de l’Etat. Rien d’étonnant à ça pour la simple raison que ces deux présidents ont fait leur classe dans les milieux de la finance. Cette arrivée au sommet de l’Etat est la traduction des transformations qui ont eu lieu dans l’économie et la société de leur pays respectif.

1° La primauté du capitalisme financier sur le capitalisme industriel.

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2° L’émergence et le poids de l’idéologie consensuelle, ni gauche ni droite, qui a discrédité la politique enfant de l’histoire au profit de la culture de l’entreprise.

Ainsi, Donald Trump et Emmanuel Macron, sortis de nulle part et accédant au sommet de l’Etat semblent symboliser le triomphe du capitalisme financier dans les grands pays industriels où croire à la lutte des classes est devenu ringard et même obscène.

Ce déni de la réalité politique et historique est une sorte de ‘’mode’’, donc passagère, car l’histoire comme la nature finit par reprendre ses droits. Et les deux stars de ces deux pays commencent à le savoir. A l’intérieur du pays, ils commencent à sentir les résistances de leurs sociétés traversées par des contradictions de toutes natures et des opposants qui ont des leviers non négligeables pour mettre en pièces leurs réformes. A l’extérieur, ils sont confrontés aux problèmes de la guerre et de la paix et leurs opposants sont mille fois plus redoutables que les gentils adversaires de l’intérieur. On le voit avec les décisions précipitées et impulsives d’un Trump faisant fuir ses conseillers qui ne veulent pas attenter aux intérêts et au prestige de leur pays. Il en est de même pour Macron qui a vu son chef d’Etat-Major jeter l’éponge pour une question de haute stratégie de défense nationale.

Devant ce tableau, on a envie de ressortir la fameuse maxime : la guerre est une chose trop grave pour être confiée, hier aux militaires (Clémenceau) et aujourd’hui aux hommes d’affaires. En effet la guerre entraine de tels bouleversements qu’elle nécessite de s’imprégner de l’intelligence de l’Histoire et non surveiller le cours des actions des bourses du monde. Car une guerre se gagne quand on écrase l’ennemi par la puissance des armes. Mais aujourd’hui la qualité des armes est évidemment une condition nécessaire mais pas suffisante. Elle nécessite une combinaison de facteurs et c’est dans leur exécution (Napoléon) que le sort des batailles se décide. Combinaison des moyens et qualité de l’exécution ont engendré un art de la guerre. Depuis l’antiquité, avec l’apparition de vraies armées, la guerre implique des calculs rationnels où le politique est au centre de la décision. Il faut gérer l’intendance mais aussi et surtout les mouvements stratégiques et tactiques des troupes sur les terrains du conflit. Et une telle concentration de forces exige évidemment des hommes exceptionnels dotés de qualités comme la maitrise des données du terrain, le sens du commandement et l’intelligence de la manœuvre pour surprendre l’ennemi. Pareils hommes entrent dans l’histoire pour ne plus la quitter et leurs exploits sont toujours étudiés dans les écoles de guerre du monde entier. Citons quelques-uns : Alexandre le Grand, Jules César, Hannibal, Jugurtha, Tarik Ibn Ziyad, Saladin, Guillaume le Conquérant, Napoléon, Emir Abdelkader, Rommel, Patton, Giap etc etc.

A l’époque moderne, avec l’émergence des opinions publiques et les contraintes des relations internationales, le sort de l’issue d’une guerre dépend dorénavant d’un nouveau paramètre, l’information et la désinformation. Informer et formater son public pour obtenir son soutien et désinformer l’ennemi pour l’induire en erreur et le décourager. Le dernier grand exemple du poids de l’information et donc de l’opinion publique fut celui des Etats-Unis embourbés dans la guerre du Viêt-Nam. La guerre était un drame sur le plan humain et un coût exorbitant sur le plan économique. Rappelons que la planche à billets des dollars pour financer cette guerre a obligé Nixon à découpler le dollar de l’or. Avec ce divorce, non parité Or/Dollar, Nixon ouvrit la boite de Pandore(1971) et aucun ordinateur ne peut compter les dollars qui se baladent dans le monde, l’une des causes de la bulle financière et des crises chroniques du système financier aux mains des USA.

Venons-en au contenu du titre de l’article. Les pays, qui faisaient la pluie et le beau temps, perdent des zones d’influence et des guerres. Leur potentiel économique et leur puissance militaire ne sont pas la cause directe de leurs échecs. C’est bien des raisons historiques et politiques qui expliquent leurs déboires. Il n’est donc pas inutile de mettre l’accent sur ce qu’on appelle leur rapport au monde de ces pays, rapport dicté par une vision idéologique qui les mène droit au mur. Disons pour aller vite que cette vision se nourrit de la philosophie du bien et du mal. Ils estiment être du bon côté de la ‘’Vérité’’ uniquement possible sous le règne de la liberté et de la démocratie selon leurs critères. Il est vrai qu’historiquement ces concepts dans leur acceptation moderne sont nés en Occident avec l’émergence de l’économie de marché. Ils oublient que ces notions se répandant ailleurs, trouvent des obstacles sur le chemin des peuples qui veulent les introduire chez eux. Et ces obstacles deviennent presque infranchissables à cause du soutien de cet Occident à des régimes de dictature au Moyen-Orient et en Afrique. Prisonnier de leurs certitudes, reposant sur la force de leurs armes, et fier du ‘’triomphe’’ du capitalisme et de l’extension de la démocratie, ils s’auto-intoxiquent en ‘’décrétant’’ la fin de l’Histoire théorisée par l’Américain Fukuyama qui a chanté le ‘’Vive Hegel et adieu Karl Marx’’ (1).

Sauf que leurs échecs cuisants, hier au Viêt-Nam et de nos jours en Irak et en Syrie leur rappelle que la messe n’est pas dite, que l’Histoire est loin d’être finie.

On le remarque dans leurs manières de regarder, de réfléchir et de raisonner sur le monde d’aujourd’hui. On en a la preuve dans la nature de leurs alliances au Moyen-Orient et leur fanfaronnade dans la manière de faire la guerre. En Syrie, ils annonçaient chaque jour la fin du régime sans tenir compte du soutien de sa base sociale et des grandes puissances comme alliés. On assiste plutôt aujourd’hui au spectacle de leurs alliés qui s’entre-chérirent et ne doivent leur survie qu’aux bases étrangères semées ici et là dans toute cette région.

Dans cette guerre, il est un pays dont les dirigeants raisonnent autrement et ne cessent de leur donner des leçons de haute politique. Poutine, le chef d’Etat de la Russie, par un geste de grande habilité diplomatique a aidé son allié (Assad) dont la tête a été mise à prix par les Occidentaux comme dans les films de Westerns. Par ce geste, Poutine a aussi évité une aventure dangereuse aux soldats du ‘’Bien’’ (USA et France). Il avait obtenu de la Syrie qu’elle se débarrassât de son stock d’armes chimiques enlevant aux va-t-en-guerre tout prétexte d’attaquer la Syrie.

Ensuite, le pays de Poutine a surpris et déjouer le regard de tous les services secrets du monde en débarquant en une nuit une armée avec ses avions, son artillerie et ses forces spéciales qui se mirent à faire la guerre immédiatement. Enfin ces jours-ci, Poutine a fait une courte escale en Syrie pour annoncer un retrait substantiel de son armée, ridiculisant ainsi les ‘’alliés de la coalition américaine’’ qui crient victoire d’avoir rasé des villes (Raqqa par exemple) à partir du confort et de la sécurité dans des avions tournant dans le ciel. Tout le monde sait qu’une guerre se gagne sur le terrain avec l’infanterie et jusqu’à présent les soldats de cette coalition brillent par leur absence sur les champs de batailles terrestres. Et ce n’est pas les trompettes de Jéricho d’une presse aux ordres discréditée aux yeux de l’opinion qui changera quelque chose au pitoyable échec de l’Occident en Irak et en Syrie.

Remarque intéressante pour ne pas dire amusante, deux grandes puissances engagées en Syrie sont dirigées par deux chefs qui raisonnent en termes de chefs d’entreprises. L’on sait que dans ‘’l’art’’ du commerce, optimiser les profits vaut l’entrée dans le cercle fermé de la finance (passage du capitalisme industriel au capitalisme financier). En face de ces élèves des écoles de commerce, on trouve quelqu’un qui a été un brillant élève… de la plus célèbre école des services secrets (KGB russe) où l’on apprend que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. Et dans l’art de la guerre, le but ultime de celle-ci est de forcer l’ennemi de déposer les armes. Cela s’appelle emporter la décision, règle première et objectif suprême de la guerre.

Et les ‘’professeurs’’ de ce brillant élève, sont les stratèges cités plus haut auxquels il faut ajouter les esprits les plus brillants en philosophie politique comme Machiavel et Karl Marx.

Voilà donc un des secrets à l’origine des déboires des uns et du succès des autres. L’école du commerce apprend comment vendre et faire circuler les marchandises, mais celle du Politique apprend à ne jamais être dans le déni des réalités historiques. Les produits du commerce se consomment et se consument, le Politique ne disparaîtra qu’avec l’homme lui-même de notre bonne vieille terre.

A. A.

Notes

(1) Pour Hegel l’histoire connaît comme toute chose un début, un développement et une fin. Marx critique Hegel et sa dialectique qui marche sur ses mains. Marx la remet sur ses pieds en rétablissant le lien dialectique entre les idées et la lutte des classes, (lien entre la théorie et la pratique.

Auteur
Ali Akika, cinéaste

 




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