24 avril 2024
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Élite politique usée vs citoyens désabusés

Système et Opposition désuets

Élite politique usée vs citoyens désabusés

Il faut avoir été orphelin pour savoir combien cela est dramatique pour un enfant. Il n’y a pas plus cruel dans la vie bourgeonnante d’un adolescent que de se retrouver sans protecteur, du jour au lendemain, pour être soumis aux dérives de ceux qui sont censés le protéger quand il perd à jamais ce pilier de son enfance ; cette aura du p’tit papa.

Des rapaces qui au lieu de vous réconforter se rabattent sur vous comme une proie tombée du ciel pour se faire dévorer par des gosiers insatiables quand ce papa qui, de son vivant forçait le respect, n’est plus là.

À l’échelle collective, c’est un peu ça l’histoire résumée du pays. Les Moudjahidine sont morts pour nous offrir la liberté. Et l’armée de l’extérieur s’est ruée pour nous la confisquer et piller l’héritage arraché à la France par des parents déterminés.

En dernier Rab-edzaïr de la série, chargé de sauver les nombreux survivants de la 3issaba dont il fait partie, et à laquelle il est assermenté, Gaïd Salah parle souvent pour ne rien dire de cohérent face aux revendications exprimées d’un vendredi au suivant. Il le fait en lisant un texte que ses yeux furètent de droite à gauche en donnant l’impression que son cerveau a beaucoup de mal à interpréter ce qui est écrit. Un texte que ses conseillers « érudits » ont confectionné pour lui, espérant calmer un mouvement populaire qui scande vendredi après vendredi, en vocabulaire percutant de précision, des slogans de maturité débordant pour faire entendre sa voix et réclamer ses droits de citoyen dont on a, depuis trop longtemps, ignoré les désidératas.

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Abdelkader Bensalah ne fait pas mieux. Ses discours prennent, à chaque fois, des allures de simples séances de décryptage du verbe et des mots. Des séances vécues comme des épreuves de torture. Il n’est pas difficile de s’en apercevoir. D’ailleurs s’il fallait objectivement donner une note de lecture, ramenée à l’échelle de l’école primaire, il est permis de douter que l’enseignant le plus indulgent puisse octroyer une note dépassant 5/10 à Gaïd Salah et Bensalah. Comment dès lors peut-on leur faire croire qu’ils peuvent prétendre (dans les arcanes obscurs du pouvoir) trouver des solutions à un problème aussi complexe que celui qui consiste à mettre rapidement le pays sur des rails solides pour le propulser vers un meilleur avenir, quand on ne s’applique que lamentablement à satisfaire la première injonction au savoir qu’ils sont censés honorer avec excellence et ferveur : Iqra !

Au-delà de ces couacs de lecture, l’arabe nucléaire est utilisé depuis 1962 par nos colons d’Oujda. Érigé en barrière infranchissable avec le p’tit peuple d’indigènes, lequel venait tout juste de se libérer du joug de ses ancêtres gaulois, il s’est rapidement imposé pour nous confondre dans le moule d’autres aïeuls, ceux de nos frérots mecquois.

En missionnaires d’un Orient farouche envers tout ce qui n’adhère pas au message de sornettes que l’on sait, le colonel Boumediene et le capitaine Bouteflika se sont attelés à nous dresser, de gré ou de force, à vibrer en phase et nous rapprocher de cette « oumma » docile à ses potentats. Oubliant que nos gènes d’éternels insoumis se transmettent d’une génération à la suivante akane an’garou ad’yar etsar !

Mais si depuis 1962, on nous a gavé de toutes sortes de sornettes que l’écrasante majorité ne comprend pas, il est triste de constater que sur le terrain de la communication, l’opposition algérienne aussi ne fait que mimer ce Pouvoir soumis à cette « oumma ». Nos opposants ne s’évertuent-ils pas tous, à qui mieux mieux, à débiter une syntaxe décalée de celles de nos terroirs, usant et abusant des langues de nos anciens et de nos nouveaux colons, tout en oubliant de s’adresser à…nos petites mamans ? Elles qui sont devenues sourdes par la force du temps et de sonorités inaccessibles à leurs imperméables tympans.

Pouvoir et Opposition, qu’ils fussent Démocrates, Islamistes ou Laïcs… tout ce beau monde de la politique s’évertue à exceller en mode intellectuel supérieur, reproduisant ainsi moult ruptures et erreurs qui ont fait de nos gouvernants de véritables colons.

Pendant 20 ans, nous avons eu droit à une sémiologie d’arabe supérieur de la part de fakhamatouhoum habib-Allah ; l’ENTV et les chaînes radios en dignes porte-voix du maître du moment. Mais le Français académique aussi fait partie de ces murs bien dressés entre le peuple et ceux qui aspirent à le gouverner. Nous connaissons tous la verve voltairienne de notre docteur national Saïd Sadi, pour ne citer que lui. C’est beau, très beau, mais à quoi sert un langage châtié s’il n’est pas destiné à nos p’tits cerveaux qui se refusent à glorifier quelconque discours que ne comprennent pas nos mamans ?

À qui s’adressent donc toutes ces envolées discursives débitées, l’une comme l’autre, en vocabulaire et langage que la majorité du peuple algérien ne comprend pas ? Au contraire de ce Hirak qui s’égosille en slogans populaires, et qui porte en lui l’empreinte de ce refus d’abdiquer à une quelconque langue de communication importée. Il est pour le moins bizarre que cette élite qui aspire à tout récupérer et s’installer au Pouvoir ne le comprenne pas, non plus !

Que de discours d’hommes politiques ne nous ont pas interpellés par leur aspect saugrenu et décalé ? S’adressant, qui de Michelet, qui de Yakouren, pour vanter un programme et une vision de changement débités en langues de nos anciens et nouveaux colons.

Le général Ghediri à Michelet, ce fut de la pure féérie !  Il parlât un peu Français, un peu Arabe, mais pas un traitre mot de Kabyle. Maitre Aït Larbi en était, pour l’occasion, réduit au rôle de traducteur d’un président en devenir qui jamais ne fut et jamais ne sera.

Maître Bouchachi à Yakourène s’adresse à des Kabyles dans cette langue du rassoul que personne ne saisit, surtout pas ma propre mère, elle qui aurait tant voulu comprendre et savoir à quelle sauce on mangera l’avenir de ses arrière-petits-enfants. Traverser tout un siècle de vie et ne jamais comprendre ce qui se trame d’une destinée tracée sous forme de vocabulaire décalé de sa propre phonologie, avouez qu’il n’y a pas de quoi sentir quelconque aura protectrice de la houkouma ou de ceux qui aspirent à en remplacer le b-a ba de rupture avec le citoyen !

En résumé, Pouvoir ou Opposition, un politique qui concocte ses discours dans une langue que ne comprend pas ma mère, ne peut pas prétendre à quelconque feu vert pour prendre en charge notre sort et nous restituer une citoyenneté pleine et entière !

À cet égard, à sa manière, en slogans subtilement raffinés de formules du terroir, le Hirak est, on ne peut plus clair ! Tout simplement parce que ces millions de citoyens du 22 février 2019 sont les enfants d’Algérie, cette terre de nos pères et de nos mères !

Allez donc expliquer cela aux Généraux majors qui murmurent aux oreilles de Bensalah et de Gaid-Salah, juste pour trouver la bonne formule pour faire taire tout le monde, quitte à déplaire aux 42 millions d’algériens qui ont eu le courage de se libérer de ces muselières imposées par l’armée des frontières !

Auteur
Kacem Madani

 




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