16 juin 2024
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Emmanuelle Vanwinsberghe : «L’artiste a un devoir de beauté envers le monde »

Emmanuelle Vanwinsberghe est une artiste peintre poète qui porte dans les yeux le ciel, la terre, le soleil et l’univers, tant son regard est bienveillant irradiant ce qui l’entoure de lumière, celle rare des arts où la couleur prédomine.

Emmanuelle Vanwinsberghe est d’une famille où l’art se transmet de génération en génération, son père et sa mère sont de célèbres artistes peintres, Jacques Winsberg et Angele Gage. Mais l’héritage familiale ne suffit pas, c’est comme le don si l’on ne le cultive pas.

Emmanuelle Vanwinsberghe n’a jamais cessé d’apprendre et de s’améliorer pour atteindre les cimes afin de mieux percevoir et saisir le cacher et l’apparent dans un élan transcendant la réalité vers la vérité.

 Une force quasi-spirituelle qui élève le génie créateur d’Emmanuelle Vanwinsberghe se dégage de ses tableaux, où les couleurs se mêlent et s’emmêlent comme pour tordre et bousculer la pensée et les certitudes tout en écartant le doute de chaque route pour accéder à l’union, le tout dans l’un, vers la voie, le chemin.

Emmanuelle Vanwinsberghe est une artiste vraie qui sait combien le souffle est fragile, elle sourit au jour naissant sans se soucier du temps, son regard rempli des arts sait saisir l’essentiel de l’instant, peuvent bien souffler tous les vents.

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Le Matin d’Algérie : Vos créations sont de toutes beauté, qui est Emmanuelle Vanwinsberghe ?

Emmanuelle Vanwinsberghe : Il est très complexe de répondre à cette question ! (Rires…). Faut-il obligatoirement se définir au travers de ce que nous faisons de ce que nous produisons même artistiquement parlant ? Des fois la vie nous enfante au travers de rencontres humaines aussi bien que lors de rendez-vous divins. Ce sont des éclats de beauté semés çà et là sur notre chemin. De cette manière la vie nous transforme.

Spirituellement, je suis née à vingt-cinq ans et, c’est à l’intérieur de cet élan nouveau que j’aimerais pouvoir me définir ici.

Qui suis-je ? Une âme vivante cherchant à s’abandonner au mieux à son Créateur. Et c’est un véritable combat ; Le cœur humain a tellement de mal avec cet abandon là… Notre humanitude est souvent bien trop velléitaire !

Le Matin d’Algérie : Les couleurs occupent une grande place dans vos tableaux, mais il y a aussi des contrastes, Il y a un jaillissement d’émotions qui ne peut échapper à l’œil et le cœur du spectateur dans un ravissement inégalé, comment faites-vous ?

Emmanuelle Vanwinsberghe : Effectivement, les couleurs ont une place prépondérante dans mes tableaux. Mais la construction, le cadrage, la composition est très choisie ; elle est volontaire.

L’abstraction n’est pas juste un amalgame de couleurs chatoyantes. Des artistes comme Bonnard ou Vuillard (peintres impressionnistes) ont frôlé l’abstraction mais leur travail de composition en reste très rigoureux.

Pour ma part l’équilibre ou, le déséquilibre d’un tableau n’est pas le fruit d’un lyrisme chromatique récréatif.

Bien que sensible au réel (je pense à l’art figuratif) mon choix est au paysage intérieur. L’exprimer c’est tenter de restituer des émotions par la couleur, certes. Le mouvement, cette énergie de vie doit circuler. L’inspiration y est primordiale. S’il est exact que la peinture abstraite est intériorité, son jaillissement réclame un souffle mystérieux.

La respiration, l’espace, l’air étranger doit bouleverser nos constructions intérieures ce qui demande un abandon certain. (Rires…). C’est toujours une histoire d’abandon de soi !

Le Matin d’Algérie : Chaque époque a ses blessures et ses tempêtes, particulièrement la nôtre, où les libertés sont sans cesse menacées, l’illusion et l’image deviennent un moule qui s’impose, l’artiste est le fils du vent, il est indomptable, comment survit-il à ses changements des sociétés ?

Emmanuelle Vanwinsberghe : Pour ma part je me sens très mal-à-l’aise dans mon époque. Je fais de la résistance à ma façon, avec au cœur la fameuse fleur qui surgit du canon d’un fusil.

Vous trouvez ça ridicule ? Je porte en moi cette parole de sagesse :  » Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous aussi de même pour eux ».

D’autre part, je consacre beaucoup d’amour et de soin aux toutes petites choses du quotidien. Ce sont les tout-petits riens souvent à peine visibles qui font toute ma joie. Le meilleur acte de résistance c’est la joie, et la paix intérieure aussi.

Le Matin d’Algérie : La création artistique est intemporelle, notamment la peinture, quels sont les peintres qui vous influencent ?

Emmanuelle Vanwinsberghe : Bien sûr, très jeune j’ai été éblouie par l’expressionnisme abstrait. Je pense à des peintres comme Antoni Tapiès, Rothko. Mes goûts sont très éclectiques, j’aime tellement Veermer, Rembrandt, Fra Angélico pour n’en citer que quelques-uns. Mais au final je pense avoir été plus certainement influencée par les écrivains.

Découvrir l’univers mental du Raskolnikov de Dostoïevski a été décisif. Romain Gary, Albert Camus, Émile Bernard, Boris Vian, Rainer Maria Rilke également, ainsi que Christian Bobin et François Chang. Je respire encore beaucoup aujourd’hui par l’œuvre écrite d’Isaac Bashevis Singer.

Le Matin d’Algérie : Vous êtes aussi poète, racontez-nous ?

Emmanuelle Vanwinsberghe : La poésie est venue en moi très tôt, avant même mon alphabet. Mon père qui adorait et mémorisait avec aisance la poésie, déclamait. C’est un héritage oral. Molière, Racine, Baudelaire, Rimbaud, Garçia Llorca…

Grâce à mon âge avancé, j’ai le souvenir d’avoir été trimballée à Paris dans une soirée chez le peintre Hankel (fils du peintre Kikoïne) où se mêlait aux peintres le dernier bastion des surréalistes. Étaient-ce Philippe Soupault, René Char ? J’étais tellement enfant, je ne suis sûre de rien. Mais, l’éblouissement était là.

Mes goûts en matière de poésie ? Éluard me chavire, Chang, Bobin. J’ai un amour infini pour Flaubert que je considère comme poète. Lisez-le à voix haute: quel phrasé! La beauté des livres poétiques de la bible surpasse tout entendement.
Le livre de Job reste mon poème de référence…

Le Matin d’Algérie : Dans la famille Van Winsberghe l’art se transmet comme par magie, parlez-nous de vos parents, Jacques Winberg et Angèle Cage, ces célèbres peintres, qui ont laissé une empreinte profonde dans le monde de la peinture.

Emmanuelle Vanwinsberghe : De la famille, je ne pense pas qu’il y ait un don génétiquement transmissible ! Cependant, pour ma sœur mon frère et moi, il est certain qu’ayant grandis dans le monde pictural conjugué de nos parents, nos regards se sont ouverts à une certaine forme de beauté. Et à un art de vivre aussi.

Mes parents étaient des Parisiens qui ont fuis les mondanités de la capitale dès la fin des années cinquante. En effet, mon père Jacques Winsberg, issu de la seconde école de peinture de Paris et, après avoir obtenu le Prix de la Jeune Peinture, a rejoint sa terre de prédilection la Camargue. Ma mère Angèle Gage, artistiquement, s’est nourrie également de l’Espagne et d’autres pourtours méditerranéens.

Ce sont dans ces terres arides, faites d’oliviers, d’amandiers et de garrigues qu’en Provence nous avons vécu. Dans le mas familial, mes parents accueillaient des amis, des artistes et entre autres les Gitans d’Avignon et ceux d’Arles que ma mère a beaucoup dessinés et peints…

Le Matin d’Algérie : Un mot sur votre frère, Louis Winsberg, célèbre guitariste, et votre sœur Nathalie Van Winsberghe, artiste partie trop tôt, paix à son âme.

Emmanuelle Vanwinsberghe : Mon frère Louis Winsberg (qu’on ne présente plus), issu du jazz a poursuivi musicalement les amours méditerranéennes si chères à nos parents.
Louis, le 2 octobre qui vient jouera à La Cigale à Paris au sein de Sixun, le groupe mythique de jazz-fusion français.

Nathalie, ma sœur aînée, je me souviens, était douée dans beaucoup de disciplines artistiques comme le dessin, la peinture, la danse, le théâtre mais aussi le chant, l’écriture et la photo. Son désir ultime était de jouer du violoncelle…

Le Matin d’Algérie : Avez-vous des projets en cours et à venir ?

Emmanuelle Vanwinsberghe : Depuis 2018, je construis peu à peu une série de photographies abstraites sur le thème de la trace du temps. Ces images vont être fixées dans de précieux boîtiers, illuminés de l’intérieur afin d’obtenir un effet vitrail.
Comme autre travail en cours, mûrit un recueil de textes poétiques intitulé « Portraits d’artistes ».

Avec mes photos donc, je fais des objets lumineux enchâssés dans un écrin et, au travers de mes poèmes je tente l’insaisissable capture d’âme, toute en tendresse de mes bien-aimés.

Le Matin d’Algérie : Un dernier mot peut-être ?

Emmanuelle Vanwinsberghe : Le mot de la fin ? L’artiste, je pense a un devoir de beauté envers le monde. Il a également un devoir de vérité; l’artiste est non seulement légitime lorsqu’il élargit les cœurs, mais surtout lorsqu’il parvient à dilater les consciences, n’en déplaise à certains ! Il est important pour l’artiste de se moquer de toute gloriole personnelle : c’est mieux ainsi !

L’artiste je précise, a un devoir d’intelligence « de vie ». Celui de se présenter en offrande à une humanité souvent ternie par une certaine fatigue à penser, à aimer. Un bien tragique oubli en chemin de cette si précieuse détermination à devenir un être humain accompli.

Je voudrais terminer ici, en citant à ce sujet la pensée de Christian Bobin :
« L’intelligence n’est pas une affaire de diplômes. L’intelligence est la force solitaire, d’extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi. »

Entretien réalisé par Brahim Saci

2 Commentaires

  1. I love this article. Very inspiring.
    Dearest Manue, how we miss you! It’s been over 30 years since I saw you last. We were just kids.
    Praying you continue to find joy in your life.

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