1 octobre 2022
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Faut-il dématérialiser le processus électoral en Algérie ?

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Faut-il dématérialiser le processus électoral en Algérie ?

C’est un débat qui commence à envahir la scène politique. Le ministre de l’Intérieur et des collectivités locales, Noureddine Bedoui, y réfléchit sérieusement, lui qui avait déclaré que l’avènement du vote électronique pourrait être envisagé à l’horizon 2022.

Pour l’heure, ce sont les élections locales qui focalisent l’intérêt et la question qui est sur toutes les lèvres concerne le taux de participation : sera-t-il élevé ou, encore une fois, l’abstention prédominerait, ce qui donnerait, encore une fois, du grain à moudre aux politologues et autres experts de « plateaux tv » qui, pour la circonstance, n’auront même pas besoin de revoir leurs fiches etc.

L’abstention, selon la presse nationale, plane sur les élections locales, ce qui embarrasse les partis politiques, dans le sens où contrairement aux législatives, beaucoup d’entre eux peinent à susciter l’engouement des électeurs, du fait de l’indigence du discours électoral présenté et de la qualité des candidatures soumises au choix populaire.

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Les spécialistes de la « chose électorale » passeront pourtant à côté d’un élément, anodin de prime abord, mais qui doit être pris au sérieux dans ce qu’il peut induire comme désordre dans les rangs des électeurs. Il s’agit de l’encre indélébile, cette substance liquide, noire ou colorée, utilisée lors des précédents scrutins et dans laquelle nous avons tous, électeurs que nous étions, trempé «goulûment» notre index gauche. Et indélébile, elle l’était vraiment puisqu’elle a résisté aux frottements, à l’eau de Javel et même aux produits dissolvants les plus performants ; impossible de la détacher ou de la faire disparaître le lendemain du scrutin des dernières législatives, encore moins les jours qui suivirent. Bien après les élections, elle l’était encore là, présente, tenace, ancrée, incrustée, pugnace sur tous les index nous faisant ressembler, par certains aspects, aux «envahisseurs » !

D’emblée, on se pose la question de savoir quel type de rapport il puisse exister entre les envahisseurs et l’abstention. Pour ce faire, il faut se «transporter» dans les années 1970. A cette époque, l’unique chaîne de télévision algérienne diffusait une série très suivie intitulée « Le fugitif » et dont David Vincent était le héros principal. Victime d’un complot ourdi par des extra-terrestres, ce dernier devait constamment changer de résidence pour les fuir, d’autant plus qu’il était pratiquement le seul à pouvoir les démasquer et à contrecarrer leur projet de colonisation de la Terre.

La particularité de ces envahisseurs, ou le détail qui permettait de les reconnaître se situait dans «leur index coupé» qu’ils tentaient, coûte que coûte, de cacher à la vue des terriens.

Contrairement aux extraterrestres, les militants des partis politiques, et à leur tête, ceux de la majorité présidentielle avaient, lors des élections législatives, motif à arborer leur doigt trempé d’encre ; en signe de ralliement et d’engagement, contrairement aux «primo votants», ceux notamment de la gent féminine dont le souci était réel dans le sens où, au-delà de l’esthétique ou du simple caprice, la gêne était manifeste et l’encre tellement ostentatoire !

Certaines d’entre elles ont été réduites des jours durant, en dernier ressort, et un peu à la manière des envahisseurs, à masquer leur doigt de sparadrap, compte tenu de la gêne physique occasionnée, mais aussi pour échapper aux quolibets des quidams dans la rue qui ne voulaient pas rater cette occasion pour mettre leur grain de sel et les harceler au passage !

La comparaison s’arrête là bien sûr, parce qu’il n’est pas question de comparer les honorables électeurs et électrices aux Martiens même si la tentation était plus forte.

Pourtant, beaucoup d’électeurs, au sens civique élevé, ont affirmé depuis, qu’on ne les y reprendrait pas et qu’ils seraient forcés, par devers eux, à cause de cette maudite encre « d’aller à la pêche» le 23 novembre, c’est-à-dire : s’abstenir !

Ne s’agit-il pas là, au-delà de la cocasserie de la situation, d’un problème méritant d’être pris en charge par l’autorité publique ?

En attendant de «redécouvrir» le vote électronique, ne vaut-il pas mieux revenir à l’émargement sur la liste électorale au lieu d’enduire l’index de l’électeur de toute encre, fût-elle sympathique ? Et ainsi faire économiser aux collectivités locales et à l’Etat toutes ces dépenses superflues (encre, encriers, chiffons) si l’on part du principe qu’il n’y a pas de petites économies ?

L’autre avantage est à rechercher en terme de «déroulé » de l’opération de vote elle-même, puisque en optant pour la simple signature de l’électeur au lieu de son empreinte, on obtiendrait un gain de temps facilitant la tâche des encadreurs des bureaux de vote d’une part et, d’autre part, profitable à l’électeur lui-même qui peut ainsi se libérer de son devoir électoral avec un minimum de contraintes, tout en préservant «son intégrité physique».

Ceci est largement faisable d’autant plus que ni l’encre indélébile, tout comme d’ailleurs la présence d’observateurs étrangers, ne font partie du corpus électoral de notre pays. Parenthèse fermée, un autre débat commence à envahir la scène politique : faut-il penser à dématérialiser le processus électoral ?

Ce sera une œuvre de salubrité publique estime un éditorialiste, en plus d’être une avancée dans la maîtrise des nouvelles technologies. La numérisation de l’opération de vote sera également l’un des moyens les plus efficaces pour lutter contre le phénomène de l’abstention qui a tant altéré la crédibilité des scrutins précédents, a-t-il ajouté.

Selon des sondages réalisés dans des pays à forte tradition démocratique, près de 60% des abstentionnistes disent qu’ils exprimeraient leurs voix par vote électronique, le taux monte à 80% chez les 18-25 ans. Les promoteurs de ce procédé mettent en avant les avantages en termes de rapidité du vote et l’arithmétique électorale qui en découle et le présentent comme une source d’économie pour l’Etat et les collectivités locales.

D’autres spécialistes plus mitigés, estiment que « les machines à voter » en plus de leur coût élevé, des frais complémentaires d’assistance technique, d’entretien et de mise à niveau, sont autant d’éléments dissuasifs. En plus, tiennent-ils à dire, l’ordinateur fonctionne grâce à un logiciel agréé par un fabriquant, celui-là même qui a conçu et fabriqué la machine et auquel il faut « forcément » faire confiance.

Ils estiment, enfin, que l’intrusion du vote électronique rend opaque ce qui était visible. Il mettrait fin à une «communion citoyenne » car il priverait le corps électoral de la surveillance collective des opérations dans lesquelles s’incarne le suffrage universel !

Le ministre de l’Intérieur a évoqué 2022 pour le lancement du vote électronique alors que certains plus impatients, pour des considérations qui leur sont propres, souhaiteraient l’étrenner en 2019. Mais quand le modernisme ne fait pas bon ménage avec la transparence, ne vaudrait-il pas mieux, peut-être, en rester aux méthodes traditionnelles ?

Auteur
Cherif Ali

 




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