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27 février 2024
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France-Algérie : un mariage bleu, blanc ou rouge ? 

colonisation

Les relations de la France avec l’Algérie, une histoire d’amour ou la passion d’une liaison d’un couple bien singulier.

L’Algérie est belle et naïve ; la France intelligente et fourbe. L’une est jeune et fougueuse, l’autre vieille et sournoise. L’une est européenne, une blonde aux yeux bleus, dévastée mais toujours pleine de charme ; l’autre est africaine, une brune aux yeux noirs, vierge et chaude.

L’Algérie est cloîtrée dans sa chambre, la France est libre dans ses mouvements. L’une est démocrate, elle choisit l’homme avec qui elle désire partager le lit, l’autre est soumise à l’autorité du père qui lui désigne son mari. Dans le premier cas, c’est un choix individuel qui s’impose à la société ; dans l’autre cas c’est le résultat d’une alliance entre deux familles. Apparemment, deux pays que tout sépare : la race, la religion, la culture. Dans les faits, tout les rapproche : le pétrole, la voiture, le blé. La France est ménopausée, elle a plus d’orgasmes, l’Algérie est féconde, elle fait plus d’enfants. Entre l’Algérie et la France, il y a une mer (e) qui les sépare. Une mer qui au fil des ans s’est transformée en un cimetière à ciel ouvert.

 

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Un cimetière qui n’a nul besoin d’être désherbé, les mauvaises herbes ne poussent pas. Ce n’est pas beau à voir. La nature fait bien les choses. L’histoire se répète, les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets. « L’histoire est terrible avec les hommes et d’abord elle leur bande les yeux en leur faisant croire que le pire n’est pas pour eux ». La colonisation française a débuté avec le pillage du Trésor d’Alger (La Régence), l’indépendance a commencé avec la disparition des fonds et des bijoux collectés au titre de la Caisse de solidarité nationale sous prétexte de renflouer le trésor public pour finir par la dilapidation et le détournement de mille milliards de revenus pétroliers et gaziers par les gouvernants condamnant leur propre peuple à une pauvreté certaine.

L’ordre colonial français fût une occupation du territoire par « l’épée et la charrue » ; l’ordre étatique algérien serait une appropriation privative du sol et du sous-sol algériens par les «textes et le fusil».

Si la violence exercée par la colonisation était légitimée par la mission « civilisatrice » de la France, la violence légale de l’Etat algérien s’effectue au nom du « développement ». L’enjeu des pouvoirs colonial et postcolonial n’est en vérité que la soumission de l’homme à l’ordre établi c’est-à-dire l’acceptation de son statut de sujet par le « bâton » (la répression) et/ou la « carotte » (la corruption). Les dirigeants, dans leurs délires, se déclarant être « l’incarnation du peuple » ; considèrent l’Algérie décolonisée comme un « butin de guerre » à se partager et la population comme un troupeau de moutons à qui on a confié la garde.

Tantôt, le berger les amène à l’abattoir, tantôt aux pâturages selon les circonstances du moment et les vœux du propriétaire. Déçu par tant de forfaitures et de trahisons, le peuple a tourné le dos aux élites et a décidé de prendre en charge lui-même son destin en mains. Il se méfie de tout, de tous. il a placé sa confiance en Allah sans passer par des intermédiaires, Allah  suffit comme protecteur. Hier « un seul héros le peuple », aujourd’hui « un seul sauveur le peuple ». N’en déplaise à certains nostalgiques d’un passé révolu immédiat et lointain. 

Que la France de Mitterrand sache que le peuple algérien relève le défi pacifiquement en combattant la dictature les mains nues et le sourire aux lèvres. Hommes, femmes et enfants battent le pavé réclamant l’indépendance qui leur a été confisquée en 1962. Il a mis fin à vingt ans d’humiliation et de despotisme sans verser une goutte de sang et sans casser une seule lampe. 

Les années 90 sont présentes dans nos mémoires respectives des deux côtés de la méditerranée. Le peuple algérien n’est pas un peuple guerrier, il n’a envahi aucun territoire, la violence n’est pas inscrite dans ses gênes, c’est un virus que la France coloniale a injecté sur son corps innocent. La syphilis de triste mémoire. La société autochtone était saine, instruite et pieuse avant l’arrivée des troupes françaises porteuse des gènes de la violence. Qui ignore la guerre de «Cent ans ». Certainement pas la France et encore moins l’Angleterre. 

Le peuple algérien est un peuple rebelle mais fier. Ce qui le caractérise à présent, c’est sa patience, son pacifisme, sa résilience. La France n’est pas venue en Algérie pour la civiliser mais bien pour la militariser et en faire une armée de supplétifs prête à combattre à ses côtés le nazisme, le communisme, le terrorisme. Pour y parvenir, la France a pénétré l’intimité de la société algérienne afin d’en faire un levier puissant de domination et de dépendance. 

La France a perdu la guerre par l’épée, elle l’a gagnée par l’esprit. Coloniser un pays c’est conquérir son territoire par la force, posséder son corps par la prostitution, occuper son esprit par l’école. 

La domination des terres s’accompagne de la domination des corps. Il s’agit de s’approprier les corps et les âmes. La colonisation est une histoire de fantasmes : le harem des sultans arabes, la poitrine nue de la sénégalaise, le pénis surdimensionné de l’homme noir. Posséder le corps de l’autre c’est nourrir son propre narcissisme.

Ressembler à l’homme blanc c’est accepter de se mettre sous sa domination. Le colonialisme a atteint ses objectifs. Il a fait de nous des êtres égarés. On rêve de l’ailleurs. 

1830, les Français débarquèrent en Algérie pour l’occuper. 2030, les Algériens embarquèrent pour la retrouver. L’histoire est pleine de surprises. Hier envahisseurs, aujourd’hui envahis, les pays dits « d’accueil » ont essayé toutes les politiques que ce soit de cohabitation, d’assimilation ou d’intégration, aucune n’a réussi. Alors, ils se retournent vers les Etats post coloniaux pour leur ordonner de constituer une « ceinture de sécurité » de l’Europe menacée par un flux migratoire incontrôlé. Une émigration encouragée par une répression aveugle des autorités et l’absence de perspectives pour une jeunesse désœuvrée.

Le mouvement migratoire des peuples  est un phénomène marquant de ce XXIème siècle. C’est une revanche de l’histoire des africains dépouillés injustement de leurs richesses naturelles par l’occident triomphant en perte de vitesse vivant de son passé « glorieux », d’un présent tumultueux et pour un avenir incertain. 

Des populations à la recherche d’une liberté illusoire et d’un bonheur hypothétique fuyant les interdits de la religion, de la politique et de la pauvreté. Mais, une fois en contact avec la dure réalité de la société d’accueil et des valeurs qui la sous-tendent, ils deviennent nostalgiques en se chuchotant à l’oreille (pour que les compatriotes restés au bled ne les entendent pas) : « loin de toi je languis, près de toi je meurs ». 

La France est incrustée dans notre cerveau sclérosé, l’Algérie est vivante dans leur mémoire agitée. Au débarquement des troupes françaises, les premières à s’habiller à la française sont des prostituées algériennes. Elles seront les premières indigènes à être infectées de la maladie de la syphilis transmise par les soldats français. 

Ironie de l’histoire, des familles entières envoûtées par l’image se jettent à corps perdus dans la méditerranée en brûlant au passage leur « nationalité algérienne » pour rejoindre la France que leurs parents ont combattue. Les martyrs n’ont qu’à se retourner dans leurs tombes. Nous sommes en gare depuis 1962. Nous sommes dans l’attente du prochain train qui ne viendra pas. Il n’y a plus de voies ferrées ni de nouvelles gares.

Entre-temps, la locomotive rouille au soleil et les wagons-lits se transforment en bassecour. « Le poulailler reste un palais doré pour le coq malgré la puanteur des lieux ».

Dr A. Boumezrag

12 Commentaires

  1. Un maryage ? Moua j’aurais dit un divorce à l’italienne .

    E Ayavava , il n’y va pas avec le dos de la louche , le Docteur ! C’est la peinture au pistolet . Pour un médecin c’ est approprié et c’est mieux dit que la peinture au pot ,de chambre.

    Donc, Fafa est une vieille blondasse ménopausée froide et frigide qui joue les cougars fugueuses et l’Ingiri une bombe vierge brune et chaude mais chaste. Une allumeuse, quoi! En plus cette mère infidèle nous a reniés et abandonnés dans la mauvaise gare d’où le seul train au départ c’est pour une régression profonde dans l’autre sens de l’histoire.

    Et l’émigration dans un sens c’est de la coopération mais dans l’autre du colonialisme.

    Ben oui ! Dit comme ça , on ne peut que s’offusquer que Zemmour n’ait pas compris cette relation et pose à l’envers l’équation.

    Si c’est ça c’est pas le complexe du koulounizi , c’est que notre Docteur a lu beaucoup Zola. Zola et l’hérédité .

    Pourquoi ne pas dire a Fafa nos sentiments comme ils nous viennent au lieu de lui parler comme celui qui voulait gnougnounafier khaltis sur son balcon, sans zozer le lui dire clairement mais en le lui faisant comprendre avec une allégorie cornélienne ?

    Il faut lui dire  a Fafa : hemlaghkem a din yemetyemem , ipicitou !

  2. ha! ça oui elle est blonde aux yeux bleus comme Marion Maréchal Le Pen quoique cette pécore présente un strabisme divergent qui suscite le rebus , mais là n’est pas le principal problème à mon sens, c’est le fait qu’elle ne se lave pas le derrière après être allée aux toilettes!

  3. vous avez omis de préciser que la principale chose qui rapproche l’Algérie et la France c’est l’argent sale de la corruption et des détournements de fonds publics!

  4. Partout, dans les manuels scolaires, les prêches des imams, les discours, les parts du budget, les actes et autres outrances des officiels, on tape volontiers sur le Français, jamais sur le Turc; on traite le romains de tous les noms jamais le musulman.
    Et pourtant, en terme d’apport des uns et des autres, c’est sans commune mesure. Il n’y a pas de place à comparer des constructeurs à des pillards; cet aspect la, on n’en parle jamais, jamais.
    Telles sont les limites du discours de beaucoup d’Algériens.
    La jauge de crédibilité restera en dessous du zéro tant qu’ils ne se regardent que du haut d’un minaret

    • Les impasses du débat sur la torture en Algérie

      Quand Tocqueville légitimait les boucheries
      par Olivier Le Cour Grandmaison
      Le Monde diplomatiqueQuand Tocqueville légitimait les boucheries↑

      La guerre d’Algérie a une longue histoire. Elle commence le 31 janvier 1830 lorsque Charles X décide de s’emparer d’Alger. Officiellement, il s’agit de venger une offense faite au consul de France par le dey Hussein et de détruire la piraterie qui sévit dans la région. Officieusement, l’objectif est de restaurer le prestige de la royauté et de prendre pied en Afrique du Nord pour éviter de laisser le champ libre à l’Angleterre. La monarchie de Juillet hérite du fardeau.

      L’« aventure » coûte cher, elle mobilise des effectifs militaires importants et elle rapporte peu. Des voix nombreuses s’élèvent à l’Assemblée pour exiger le retrait des troupes françaises, d’autres pour leur maintien et une occupation limitée, d’autres enfin préconisent la domination, la guerre à outrance indispensable pour détruire la puissance d’Abd el-Kader et ruiner les tribus qui le soutiennent. A la fin de l’année 1840, les partisans de cette politique l’emportent.

      Le 29 décembre, le général Thomas Bugeaud, qui vient d’être nommé gouverneur de cette colonie, arrive en Algérie. La véritable conquête débute avec massacres, déportations massives des populations, rapt des femmes et des enfants utilisés comme otages, vol des récoltes et du bétail, destruction des vergers, etc. Louis-Philippe d’abord, Louis-Bonaparte ensuite récompenseront les officiers par de prestigieuses promotions. Les monceaux de cadavres kabyles et algériens (1) permettent aux généraux de l’armée d’Afrique de faire de brillantes carrières.

      « J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre », écrit Alexis de Tocqueville avant d’ajouter : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux (2). »

      Ainsi s’exprime celui qui a écrit de la démocratie en Amérique lorsqu’il rédige, en octobre 1841, après avoir séjourné dans le pays, son Travail sur l’Algérie. La colonisation en général et celle de l’Algérie en particulier lui tiennent à cœur. Deux lettres, plusieurs discours sur les affaires extérieures de la France, deux voyages, deux rapports officiels présentés, en mars 1847, à la Chambre des députés, à quoi s’ajoutent de nombreuses observations et analyses disséminées dans sa volumineuse correspondance. Tocqueville théorise l’expansion française en Afrique du Nord.

      Fidèle à sa méthode, il rassemble une documentation importante, car il projette de rédiger un ouvrage sur l’Inde et la colonisation anglaise pour la comparer à celle menée par les Français dans la Régence d’Alger comme on disait alors. Enfin, il étudie le Coran et, au terme de ses lectures, conclut que la religion de Mahomet est « la principale cause de la décadence (…) du monde musulman ». Il faut donc tenir Tocqueville pour une figure importante de la colonisation moderne à laquelle il a consacré beaucoup de temps et d’énergie entre 1837 et 1847.

      Qu’en disent les spécialistes français ? Peu de choses. Soit ils feignent d’ignorer ce corpus fort riche, soit ils euphémisent les positions de leur idole afin de ne pas nuire à son image de libéral et de démocrate (3). Il est vrai que la fréquentation assidue de De la démocratie en Amérique et de L’Ancien Régime et la Révolution est plus propice aux canonisations académiques que l’examen précis des textes qui portent sur l’Algérie. Ces textes, pourtant tous publiés, ne hantent pas les membres de l’honorable république des lettres qui explorent la pensée de Tocqueville, et s’émerveillent de la subtilité de ses analyses. On y apprend pourtant beaucoup sur certaines de ses conceptions et, plus largement, sur les premières années de la conquête, sur les origines et l’organisation de l’Etat colonial. On y découvre le Tocqueville apôtre de la « domination totale » en Algérie et du « ravage du pays (4) ».

      L’importance qu’accorde Tocqueville à la conquête de ce pays s’appuie sur des analyses de la conjoncture internationale et de la place de la France dans le monde, d’une part, et sur l’évolution des mœurs nationales, d’autre part. L’écrivain n’a que mépris pour la monarchie de Juillet qu’on découvre, sous sa plume, médiocre et pusillanime. Néfaste pour les affaires intérieures du pays, ce régime l’est plus encore pour les affaires extérieures en une période où la crise de l’Empire ottoman, en Afrique et au Proche-Orient notamment, bouleverse la situation dans les régions concernées et crée des occasions nouvelles pour les puissances européennes. Encore faut-il, pour s’en saisir, faire preuve d’audace et ne pas craindre l’Angleterre.

      Mettre un terme au déclin de la France, restaurer son prestige et sa puissance, telle est l’obsession de Tocqueville qui est convaincu que, en l’absence d’une vigoureuse politique de conquêtes, le pays sera bientôt relégué au second rang et la monarchie menacée dans son existence même. Dans ce contexte, se retirer d’Algérie serait irresponsable. Il faut y demeurer, et le gouvernement doit encourager les Français à s’y installer pour dominer le pays et contrôler aussi la Méditerranée centrale, grâce à la construction de deux grands ports militaires et commerciaux : l’un à Alger, l’autre à Mers El-Kébir.

      La réalisation de ces desseins est propre à restaurer l’orgueil national qui est attaqué par « l’amollissement graduel des mœurs » d’une classe moyenne dont le goût des « jouissances matérielles » se répand dans l’ensemble du corps social en lui donnant « l’exemple de la faiblesse et de l’égoïsme (5) ». La guerre et la colonisation se présentent donc comme des remèdes aux maux sociaux et politiques qui affectent la France. C’est pourquoi Tocqueville se prononce pour des mesures radicales qui doivent permettre de s’emparer sans coup férir de l’Algérie et de rompre avec dix ans d’atermoiements.

      « La guerre d’Afrique est une science »
      Dominer pour coloniser et coloniser pour assurer la pérennité de la domination, telles sont les orientations qu’il n’a cessé de défendre. Quant aux moyens, il sont dictés par les fins… Abd el-Kader se déplace constamment dans le pays en s’appuyant sur de nombreuses tribus qui lui procurent des hommes, des armes et de la nourriture ; il faut traquer le premier sans relâche et, surtout, anéantir les structures économiques et sociales des secondes afin d’atteindre les fondements de la puissance de ce chef et de ruiner son prestige.

      Après s’être prononcé en faveur de l’interdiction du commerce pour les populations locales, Tocqueville ajoute : « Les grandes expéditions me paraissent de loin en loin nécessaires : 1° Pour continuer à montrer aux Arabes et à nos soldats qu’il n’y a pas dans le pays d’obstacles qui puissent nous arrêter ; 2° Pour détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de popu lation, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd el-Kader (6). »

      L’auteur de De la démocratie en Amérique approuve sans réserve et défend, publiquement et à plusieurs reprises, les méthodes de Bugeaud. Elles consistent à mettre le pays à sac, à s’emparer de tout ce qui peut être utile pour l’entretien de l’armée en « faisant vivre ainsi la guerre par la guerre », comme l’affirme le général Lamoricière, et à repousser toujours plus loin les autochtones de façon à s’assurer de la maîtrise complète des territoires conquis. Ces objectifs une fois atteints par l’emploi d’une terreur de masse autoriseront l’implantation et le développement de nombreuses colonies de peuplement, qui rendront impossible le retour des anciennes tribus.

      Tocqueville ne compte pas uniquement sur la puissance du sabre, il entend couvrir ces usurpations et les étendre par le recours à la force du droit. Il prévoit la mise en place de tribunaux d’exception qui, au moyen d’une procédure qu’il qualifie lui-même de « sommaire », procéderont à des expropriations massives au profit des Français et des Européens. Ainsi pourront-ils acquérir des terres à bas prix et faire vivre des villages que l’administration coloniale aura pourvus de fortifications, d’une école, d’une église et même d’une fontaine, précise le député de Valognes, soucieux du bien-être matériel et moral des colons. Regroupés en milices armées dirigées par un officier, ils assureront la défense et la sécurité de leurs personnes et de leurs biens cependant que le réseau formé par ces villages permettra de tenir efficacement les régions conquises. Quant aux populations locales, repoussées par les armes puis dépouillées de leurs terres par les juges, elles décroîtront sans cesse, affirme Tocqueville.

      Tel qu’il le conçoit, tel qu’il s’est structuré aussi, l’Etat colonial se présente d’emblée comme un double Etat d’exception par rapport au régime qui prévaut dans la métropole : il repose sur deux systèmes politico-juridiques de nature différente qui s’organisent, en dernière analyse, sur des fondements raciaux, culturels et cultuels. Celui qui est applicable aux colons leur permet de jouir seuls de la propriété et de la possibilité d’aller et venir mais d’aucune des libertés politiques, car toutes doivent être suspendues en Algérie, selon Tocqueville. « Il doit donc y avoir deux législations très distinctes en Afrique parce qu’il s’y trouve deux sociétés très séparées. Rien n’empêche absolument, quand il s’agit des Européens, de les traiter comme s’ils étaient seuls, les règles qu’on fait pour eux ne devant jamais s’appliquer qu’à eux (7). »

      C’est clair, précis et concis. Les hommes venus de cette Europe glorieuse et éclairée ont droit aux droits ; quant aux autres, aux « barbares », ils ne sauraient goûter aux plaisirs de l’égalité, de la liberté et de l’universalité de la Loi. Ni aujourd’hui ni demain puisque Tocqueville ne fixe aucun terme à cette situation. Aussi n’est-il pas surprenant que le second système, celui qui est applicable aux Kabyles et aux Arabes, ressortisse à un état de guerre permanent destiné à les maintenir sous le joug brutal des colons et d’une administration dotée de pouvoirs exorbitants.

      En 1847, après plusieurs années de conflits impitoyables, Tocqueville écrit avec emphase : « L’expérience ne nous a pas seulement montré où était le théâtre naturel de la guerre ; elle nous a appris à la faire. Elle nous a découvert le fort et le faible de nos adversaires. Elle nous a fait connaître les moyens de les vaincre et (…) d’en rester les maîtres. Aujourd’hui on peut dire que la guerre d’Afrique est une science dont tout le monde connaît les lois, et dont chacun peut faire l’application presque à coup sûr. Un des plus grands services que M. le maréchal Bugeaud ait rendus à son pays, c’est d’avoir étendu, perfectionné et rendu sensible à tous cette science nouvelle (8). » Les crimes de l’armée et de l’Etat français en Algérie, les discriminations érigées en principe et inscrites dans le droit : des exceptions ? Une longue histoire.

      Olivier Le Cour Grandmaison

      Auteur de Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’Etat colonial, Fayard, Paris, 2005.
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    • voilà les français que tu sembles défendre! ils ont perpétré un génocide en Algérie! en 30 ans la population de l’Algérie a été exterminée de moitié! tu ignores beaucoup de choses de l’histoire de l’Algérie! ces crimes de masse ont été fièrement revendiqués par leurs auteurs, connais-tu les enfumades de Bugeaud, les massacres de Pellissier, de Saint Arnaud, Lamoricière, ect.. les crevettes de Bigeard ça te dit quelque chose! et Aussaresse? tous ces militaires portent pour l’éternité l’infamie de leurs crimes abjectes

      • D’où c’est que tu tiens que je défends les français ?
        Je dénonce l’hypocrisie officielle des deux poids deux mesures ainsi que les moutons qui suivent les appels à la prière du pouvoir.
        A réaction épidermique réponse claire et demi :
        Oui, je le dis et le redis, Abdelah dis «eldjezzar » et toute son engeance de pillards, de triste memoire en Kabylie, est l équivalent de Bugeaud et consorts. Ces criminels anoblis par le pouvoir ont beau prier la même mecque que tu toi que ce ça ne changera rien. Reste perché sur ton minaret, mais je t’interdis d’interpreter ce que me dicte ma mémoire.
        Allez bonne séance ENTV

  5. Je ne sais comment vous « saluer » Monsieur Boumezrag, tellement vous avez « versé du miel dans mon cœur » comme on dit , avec cet article qui traduit la profondeur de ce que les Algériens ressentent.
    Le problème, le grand problème, pour Nous Algériens c’est comment renverser la situation. Et comment obliger la france à abandonner sa « sale guerre » contre le pays et le peuple Algériens.
    Mais C’est vrai, la france pourrait connaitre une fatidique défaite si elle trouve en face d’elle un pouvoir -(l’actuel comme ses prédécesseurs détient avec force et méchanceté les rênes du pays ) courageux et qui inscrit dans ses tablettes la Libération effective et définitive du pays des mains de la france néo-coloniale.
    Mais pour cela il faudrait toute une autre politique pour remettre le pouvoir à des Patriotes. Mais les tenants du pouvoir aussi sincères soient ils pourront ils d’abord assainir leurs rangs phagocytés par les traîtres?
    La première bataille à mener est celle de l’assainissement des rangs. Car sans « nettoyage » toutes les batailles qui suivront qu’ils soient d’ordre politiques, économiques, financiers, culturels seront voués à l’échec.
    La balle est entre les mains de l’Armée et du Haut commandement. Ils se disent bien chargés de mener le pays à bon port. Alors? ils devront débarquer l’actuel pouvoir qui a démontré ses limites et à changer profondément le comment du « gouverner » et sortir du cycle actuel en organisant des élections bidons ou c’est le nombre des membres de la tribu qui l’emporte au détriment des programmes politiques.
    La « ruralisation » du pays et la « bédouinisation » ainsi que la « montagnisation » -( Excusez ces termes, mais l’essentiel n’est-il pas de se faire comprendre )- empêche le processus électoral de donner ses fruits , car la grande majorité de la population est loin de l’esprit moderniste qui permet au pays de se faire gérer correctement -( la ou je vis , un truand binational , qui réside en france, qui fait dans tout ce qui est illicite et dont le père est un habitué du détournement du foncier a été élu par la force de l’argent et de la puissance de sa tribu et des tribus alliées et ce après plus de deux mois après le scrutin du 27 novembre 2021 et qui cherche avec de gros sacs de billets pour se faire élire comme sénateur- Il est sur qu’il arrivera )-
    Le Haut Commandement de l’Armée doit imposer à tout le monde une transition qui devra durer le temps nécessaire pour remettre le pays sur pieds et obliger la france à se tenir à distance.
    C’est à l’Armée de choisir les authentiques patriotes qui mèneront la transition quitte à en choisir parmi ses rangs et finir avec cette hypocrite politique de faire croire aux gens que l’Armée est neutre dans la gestion politique du pays.

  6. « Les relations de la France avec l’Algérie, une histoire d’amour ou la passion d’une liaison d’un couple bien singulier », écrivez-vous, en titre de votre article extravagant ! Cette métaphore de couple franco-algérien a souvent été utilisée par des français qui croient, ou qui veulent nous faire croire, que le différent historique qui nous oppose à la se réduit à un simple malentendu. Mais c’est la première fois que j’entends un algérien cultivé, professeur, de surcroit, la rependre à son compte.
    Si c’est une provocation, je la trouve, pardonnez moi, d’un gout frelaté! Car enfin, je ne sache pas, que dans toute son histoire faite massacres, de résistance armée, face à la soldatesque coloniale, l’Algérie, mis à part quelques collaborateurs, caïd, agha, bachagha et et autres harkis de l’époque, a toujours proclamé son refus de l’occupation étrangère et ne s’est jamais résignée, par je ne sais quel complexe de Stockholm, à cette métaphore d’un couple forcé, inauguré par un viol!. Lisez donc les livres de bons d’historiens, il en existe d’une rive à l’autre de la Méditerranée. Ils vous seront une bonne thérapie pour sortir de cette haine de soi qui embrouille votre esprit !

  7. Commentaires d’un Gaulois.

    Les républicains ont appliqués la même politique en France et en Algérie. La « politique de la terre brûlée », guerre à outrance comme en Vendée en 1793, avec les colonnes infernales qui ravagent tout sur leurs passages, commettant incendies, pillages, viols, tortures et massacres des populations sans distinction d’âge, de sexe ou d’opinion politique. Ces atrocités coûtent la vie à des dizaines de milliers de personnes et valent aux colonnes incendiaires d’être surnommées « colonnes infernales ». Les mêmes méthodes seront appliquées par Bugeaud en Algérie.
    L’utopie républicaine est à son comble, en voulant faire une colonie de peuplement et remplacer progressivement la population musulmane par une population chrétienne.

    Il y a eu des personnages dignes d’intérêt vis à vie de l’Algérie et qui malheureusement n’ont pas pu mettre en œuvre leurs idées, Ismaël Urbain et Napoléon III .

    LA VISION DE NAPOLÉON III.

    En s’installant au pouvoir le 16 octobre 1852,Napoléon III, il se rend à Amboise auprès de l’Émir Abd El Kader qui était retenu prisonnier depuis 4 ans, pour lui annoncer qu’il est libre et recevra désormais du gouvernement français un traitement de 100.000 francs or. A sa reddition, en décembre1847, le duc d’Aumale, gouverneur général de l’Algérie, avait pris l’engagement formel de le transporter à Alexandrie d’Égypte.

    Au début des années 1860,  Ismaïl Urbain , a expliqué dans plusieurs brochures qui ont retenu l’attention de l’Empereur, que l’Algérie ne pouvait pas être une colonie de peuplement et que la seule politique réaliste et digne de la France était une politique menée au profit de la population musulmane.

    C’est cette idée qui a été reprise par Napoléon III sous le nom de politique du « Royaume arabe », selon laquelle la France devrait se donner pour but « une politique de civilisation avec et pour les indigènes ». Il était séduit entre autres par les lois foncières coraniques qui donnaient l’usufruit de la terre, appartenant symboliquement à Dieu uniquement et collectivement à ceux qui la cultivaient.

    Quarante jours de visites en 1860 à travers l’Algérie avaient produit sur lui une impression profonde. De nombreux contacts avec les militaires, les administrateurs civils, les autorités musulmans et les colons lui ont permis d’imaginer la politique à mettre en œuvre pour les prochaines années. Aussitôt, de retour à Paris il avait fait retirer à l’autorité civile le gouvernement du territoire algérien pour le rendre aux militaires, comme avant 1848. Il déclarait « Notre premier devoir, est de nous occuper du bonheur des trois millions d’Arabes, que le sort des armes a fait passer sous notre domination. 

    « Il doit y avoir une égalité parfaite entre Indigènes et Européens, il n’y a que cela de juste, d’honorable et de vrai ». Il lance en Algérie de grands projets d’infrastructure (chemins de fer et ouvrages d’art), pousse à l’amélioration sanitaire, à l’organisation de l’assistance publique et judiciaire. Les colons européens n’avaient plus le droit d’élire leurs députés. Les préfets étaient subordonnés aux généraux commandant les trois départements. Les officiers des bureaux arabes interdisant aux européens de s’établir dans les zones rurales éloignées des trois chefs-lieux — zones exploitées par les tribus et administrées par ces mêmes officiers. Ils empêchaient également toute action de l’Église catholique, tout prosélytisme, et même tout contact avec la population musulmane. 
     « Les indigènes ont, comme les colons, un droit égal à ma protection et je suis aussi bien l’Empereur des Arabes que l’Empereur des Français ».

    Le désastre de la guerre de 1870 arrêtera malheureusement, pour les musulmans sa politique bienveillante et réaliste.

    • Ça y est, revoilà les population musulmanes de sortie meme si les campagnes représentaient à l époque la majorité écrasante delà population et le fond païen y est dominant.
      Quand Ismael Urbain et son utopie mutante, on voit de quoi elle a accouche : en 60 ans, l’arabisme et l’islamisme ont réduit un pays en avance dans plein de domaines en un champs de ruines

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