21 février 2024
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France : l’établissement privé Stanislas dans la tourmente

 

L’établissement Stanislas

Un établissement scolaire privé de Paris, Stanislas, se retrouve en pleine tempête à la suite de la polémique déclenchée par la nouvelle ministre de l’Éducation nationale le week-end dernier. Après le sort fait au lycée Averroès de Lille, le dossier Stanislas restera-t-il dans le tiroir ?

Il y a quelques semaines, le lycée musulman Averroes a perdu les subventions de l’Etat pour beaucoup moins que ce que révèle l’enquête de Mediapart sur l’établissement public parisien Stanislas.

Amélie Oudéa-Castéra s’est justifiée de scolariser ses enfants dans le très chic établissement Stanislas alors que, dans le même temps, son ministère est accusé de n’avoir jamais publié un rapport d’inspection sur ce groupe scolaire. La mairie de Paris a d’ores et déjà annoncé qu’elle suspendait tous ses financements à l’établissement.

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Le journal d’investigation Mediapart s’est procuré le document qui liste toute une série de dérives à « Stan », comme on le surnomme. Pour ce rapport, il faut savoir que ce sont quatre inspecteurs qui ont auditionné une centaine de personnes et qui, en conclusion, pointent que l’établissement ne respecte pas la loi sur de nombreux points.

Stanislas est un établissement privé sous contrat, il perçoit donc des fonds de l’État et de collectivités publiques et en conséquence, en plus de respecter la loi, il a des obligations. La première entorse révélée par le rapport, ce sont les cours religieux obligatoires alors qu’ils devraient être facultatifs. Il est difficile d’imaginer que des élèves athées ou d’une autre religion puissent trouver leur place dans cet établissement. Les inspecteurs interrogent le respect de la liberté de conscience.

Tendance au prosélytisme

Des parents sont cités, certains sont inquiets d’une tendance au prosélytisme. Des classes de quatrième, par exemple, apprennent dans des livrets de catéchèse que l’avortement signifie toujours tuer volontairement une personne humaine innocente. Il existe une incitation à être baptisé : des élèves ont été invités à lever le doigt pour ceux qui étaient baptisés, les autres se sont entendus dire qu’ils iraient en enfer.

Le rapport pointe aussi le choix des responsables de la catéchèse. L’un d’eux a clairement eu des propos homophobes, parlant de maladie, évoquant la nécessité de se faire soigner. Cette personne a été démise de ses fonctions. Elle a assuré qu’elle ne s’était laissé aller qu’une seule fois à des convictions personnelles devant les élèves, mais selon les inspecteurs, il en avait plutôt l’habitude durant ses trois années de fonction. Le rapport dit d’ailleurs que la direction n’a pas vraiment réalisé la gravité des propos.

Parmi les recommandations, une inspection particulière sur le contenu des cours de SVT, Sciences et vie de la Terre. Un seul professeur assume traiter la contraception en classe de quatrième et troisième, comme prévu dans le programme. En tout, le rapport préconise un plan d’action avec une liste de quinze recommandations pour relever la barre.

La mairie de Paris annonce ce mercredi 17 janvier dans un communiqué la suspension provisoire de ses financements auprès de l’établissement privé Stanislas, situé dans le 6e arrondissement de Paris. Un financement « obligatoire », qui s’élève selon ce communiqué à un peu plus de 1,3 million d’euros, « correspondant aux 483 élèves scolarisés en école maternelle et élémentaire, et aux 1.329 élèves au collège ». Le versement de la somme « sera suspendu à titre conservatoire, dans l’attente des clarifications requises de la part de l’État », indique la municipalité parisienne.

« Aucun fait d’homophobie, aucun cas de harcèlement »

La ministre de l’Éducation nationale a réagi sur la chaîne de télévision publique France 2 mercredi.  Comme on pouvait nous y attendre Amélie Oudéa-Castéra minimise les dérives observées dans l’établissement, au micro de Thomas Sotto. « Ce plan d’action sera suivi avec toute la rigueur nécessaire. » « Donc, il n’y aura pas de passe-droit pour Stan ? », interroge Thomas Sotto. « Je précise que ce rapport – comment dire – ne remonte aucun fait d’homophobie, ni aucun cas de harcèlement. Le seul cas d’homophobie a fait l’objet d’un signalement au procureur via la procédure de l’article 40 », estime la ministre.

Or, problème là encore, l’enquête administrative épingle en réalité bien d’autres faits relevant de l’homophobie dans cet établissement. Moins évident que le cas de ce responsable de catéchèse évoqué plus haut, mais plutôt une atmosphère qui laisse librement place à l’homophobie. Une élève à qui on reproche un « pull soi-disant LGBT ». L’élève parle d’un pull simplement multicolore.

La culture de la non-mixité, l’image constamment renvoyée aux garçons de leur masculinité et aux filles de leur féminité, qui favorise, selon l’inspection, un climat de rejet de l’homosexualité, sous-entendus et accusations lorsqu’un élève n’épouse pas les codes attendus. L’actuelle direction assume sa position : il n’y a pas de place au débat idéologique et pas de place au militantisme.

Difficile d’imaginer dans ce contexte que ce rapport restera dans un tiroir, d’autant que cette affaire en rappelle une autre : le lycée Averroès de Lille. Le principal établissement privé musulman de France a perdu ses subventions de l’État à la rentrée de janvier. Son avenir même est remis en question. Une inspection avait pointé le flou autour de l’origine de dons et de prêts, venant notamment d’une ONG du Qatar. Du point de vue pédagogique, le rapport parlait d’un livre allant à l’encontre des valeurs de la République présent dans la bibliothèque du lycée, l’absence d’ouvrages sur la laïcité. La direction a déposé un recours en justice, estimant que cette sanction était très injuste. Le rapport à l’encontre de l’établissement Stanislas est bien plus lourd, bien plus grave, notamment sur l’aspect pédagogique et idéologique.

Avec agences

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