21 février 2024
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AccueilA la uneISTN : Rendez-vous avec la mort (6)

ISTN : Rendez-vous avec la mort (6)

Alger

C’est la fin de la prière, le tram est bondé. Le qamis et la barbe hirsute dominent dans chaque wagon. Fiers d’avoir accompli leur devoir du vendredi, des jeunes en gandoura sont assis. Une femme en voile blanc algérois est debout en déséquilibre sous l’indifférence de nos jeunes pratiquants.

Trop préoccupés à faire le décompte des hassanat(rétributions divines) récoltées lors de cette prière collective. Assis aussi, Hamid se lève et lui cède sa place :

– Rayhi ya yemma ! (Assieds-toi, mère !)

– Baraka Allah ou fik Ya oulidi (Qu’Allah te bénisse mon enfant !) Tu as vu ça ? aucun jeune ne s’est levé pour laisser sa place à une dame qui aurait pu être leur grand-mère. Ya3tik assaha ! (Merci beaucoup !) Mazal r’djel fi l’bled ! (Il reste encore des hommes dans ce bled !)

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– Ya yemma h’na rabawna, el-koufar ! (Mère, nous, ce sont les mécréants qui nous ont éduqués !) dit, en blaguant, Hamid, s’attendant à être grondé.

Le plus sérieusement du monde, la dame en rajoute une couche et rebondit à voix haute pour que tout le monde l’entende :

– Eh ! eh ! goulha ou 3awad ha (Oui ! oui ! tu peux le dire et le répéter !) Depuis qu’ils sont partis, il n’y a plus de respect !

La station de métro est proche de la Grande mosquée d’Alger. Elle est pleine à craquer. C’est l’heure de la sortie, le tarawih est fini.

ISTN : Rendez-vous avec la mort (5)

Comme il n’est que 16 h 30, ils attendent patiemment sur les quais. Les rames succèdent aux rames, mais les quais ne désemplissent pas.

– C’est une marée humaine, commente Ibrahim.

– Tu te rends compte, s’ils utilisaient l’énergie des cinq prières pour nettoyer chacun devant sa porte, Alger serait la capitale la plus propre au monde.

Vers 17 h, ils prennent place. Direction rue d’Isly. Kamel les attend au seuil de son immeuble. Ils lui expliquent rapidement la signification de cette ISTN dont il n’avait jamais entendu parler et prennent la besace qu’il avait préparé : deux bouteilles de vin et la bouteille de whisky, à moitié vide, bien dissimulées dans un carton à l’intérieur du sac pour ne pas éveiller de quelconques soupçons. Ça fera l’affaire.

Vers 21 h, Ibrahim ose enfin appeler chez lui pour ne pas trop inquiéter sa femme et ses enfants qui s’impatientaient. Elle a dû guetter son arrivée toute l’après-midi. Pour ne pas l’effrayer, il n’ose pas lui dire la vérité :

– Allo, Yes, i’ts me (Oui, c’est moi !) Je suis encore à Alger. Il y a grève des contrôleurs aériens, invente-t-il, sans réfléchir. J’appellerai dès que je suis fixé.

Ibrahim raccroche. En état d’ébriété avancé, il éclate en sanglots…(à suivre).

Kacem Madani

13 Commentaires

  1. c’est le cauchemar de mes nuits
    Avant c’était à cause du service militaire ; maintenant à cause des services
    Je me souviens des réveils en dans la nuit tout en sueur mais ravi de ne pas etre en Anegérie.

    • Très bien de se sentir ânegerien.
      Très content pour vous. Moi je suis content d’être Kabyle et citoyen du Monde, et de ne pas appartenir à un peuple de Zombie de tubes digestifs ambulants.

  2. Moi,quand je mange le Amejooddh de gland et le couscous roule a la main par ma vielle mere de 104 ans et que je monte a Kouriet paitre mes chevres,je suis fier d etre algerien,je regarde au loin l horizon et je peux voire le bleu de la mer vers Tigzirt,je me sens vraiment algerien,je cueille quelues brindilles de thym que je preparerai avant de dormir,je me sens algerien,le Mercredi,jour de marcher hebdommadaire,je monte dans un fourgon des annees 70 fumant le diesel de partout sans amortisseurs,je me sens Vraiment algerien et je suis heureux.Chah fikkoum a li immikris qui bossent pour les Kaouris.

    • Bonjour Mouloud des ATHWASSIF.
      Je suis content pour toi avec ton bonheur (en respirant le GASOIL et en s’esquintant les reins avec tes amortisseurs usés).
      Pour moi la fierté cela fait longtemps que je l’ai jeté aux toilettes et tiré trois fois la chasse d’eau.
      Tigzirt pour moi c’est plus IFFLISSEN (mes origines dont je ne suis ni fier ni pas fier) ; je concède que la mer est belle sur les cotes sauvages entre tigzith et zaouiya et ce paysage (sans les bouteilles de bière et de vin vides en bordure de la N24) me manque terriblement ainsi que senteurs des herbes sauvages de Mizrana.
      Je salive encore pour thaghadioute de Yema Tassaadite cuite au feu doux des jdaris dans une marmite en terre cuite.
      Je faisais moi aussi les marchés avec mon grand père quand j’étais enfant ce n’est que de bons souvenirs…….
      Le bonheur sais tu parfois c’est simple se satisfaire de ce qu’on est et de ce qu’on a et surtout pas en disant CHAH ; ce qui veut dire que le malheur des autres contribue à ton bonheur !!!!!!!!
      Le BONHEUR sans doute parfois c’est autres choses
      Pour l’algérianité il faudrait avant tout la définir et savoir qui a décrété l’existence de l’Algérie qui lui a donné ses frontières et lui dire MERCI puisqu’il contribué à ton bonheur
      Par contre l’Amazighité elle est millénaire et Thamazgha a été matérialisée par ses AGUELIDES et les Amazighs c’est des hommes libres (ni dieu ni maître).
      Je puise la sève de mon existence dans cette culture, cette terre et son histoire.

      pour ton « CHAH FIKKOUM A LI IMMIKRIS QUI BOSSENT POUR LES KAOURIS » je te laisse te relire…………et méditer
      PS le sujet ISTN n’a rie avoir avec la fierté (surtout galvaudée) ou le le bonheur par contre il est tout à fait la consequence de l’Anegérianité

      • Salut, El Hassi. Es-tu assez vieux pour te rappeler le bus de la SATAC qui faisait Tizi-Ouzou-Azeffoun (ou etait-ce Alger-Azeffoun) en passant par Makouda, Tigzirt et tout le long de la mer, Taqsevt, Timliline, etc. ?

  3. AZUL KICHI
    Je suis assez jeune !!!
    Mais « je me souviens comme si cela datait d’hier » de LASSATA sur un autre itinéraire mais à l’époque j’étais « FILS DU PAUVRE » donc c’est à dos d’âne que je me déplaçais.
    Apres il y a eu HAMEG et CHERGUI comme autobus oui à l’époque du DORO

    Bien à toi

    • Je me souviens bien de Hameg, mais pas de Chergui. Je prenais Hameg à 5:00 du matin pour aller de Thizi-Bwezzou à Alger. Je racontais à ma femme il n’y a pas longtemps comment le propriétaire était quelquefois dans le bus, même à 4:00 du matin pour veiller à ce que tout aille bien. Par exemple, il m’a demandé une fois si je voulais bien changer de place pour qu’un couple d’âge mûr puisse s’assoir ensemble, et avant le départ il disait merci à tous de prendre son autobus et Ellah isahel. Il faisait ça à une époque, les années 1970, où il n’avait nullement besoin de le faire puisque le mot « concurrence » ne voulait rien dire. Evidemment, il se peut que tu aies des souvnis qui ne concordent pas, mais en tout cas c’est ça que je me rappelle.

        • Pour moi ça fait presque 45-50 ans, alors c’est difficile de ne pas oublier, mais je me rappelle Oukaci maintenant que tu l’as mentionné. Il y avait aussi Aït Ouarab, cousin d’El Anka, qui faisait Alger-Tizi-Ouzou-Aghriv-Azeffoun, avec ses cars nommés L’Oiseau Blanc, loizoubla, ou thamlalouchth comme l’appelaient les gens. Comme dit H’nifa dans la chanson azehriw anda thenzidh: « thamlalouchth tevda ajewweq.“

  4. @ Kichi,
    Que de bons souvenirs.
    Il y’avait un autre qui a avait des cars rouges un peu plus bas que la Bna,
    à quelques mètres de la pharmacie Aich, dans en face d’un café dont j’ai oublié le nom. c’était une compagnie très sérieuse, Pas très loin du marché couvert, celui de la sois préfecture pas le nouveau hideux.
    Merci de raviver la mémoire.

  5. je pense que c’est plus la nostalgie que les bons souvenirs
    moi j’étais un va nus pieds
    et franchement mon domaine de détermination ne faisait plus de 25km de diamètre
    et donc Alger et tizi pour moi il fallait avoir un visas ÉCONOMIQUE
    Donc la nostalgie me fait dire que c’est de bons souvenirs
    je pense qu’à l’époque on avait des espérances et de l espoir d’un avenir meilleur……..

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