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Kabylie : j’accuse !

Hirak

La Kabylie accuse le coup et accuse ! La Kabylie célèbre ce mois-ci, la date symbolique du 20 avril, commémorant ainsi un épisode historique qui a saveur de résurrection.

En effet, poussée au reniement et pressée par l’acculturation, elle a failli sombrer dans les méandres de l’oubli et de l’effacement mémoriels. Comme les Mayas, les Aztèques et les Incas, les branches tentaculaires du temps ont failli l’enserrer et lui imposer une étreinte mortelle et ne plus servir que de matière morte aux archéologues.

Passée par tous les Etats depuis des millénaires, les incendies de 2021 ont été le coup de grâce qui a fini par décourager le plus intrépide des optimistes.

Incendies à Ath-Yirathen, -Fort National-, comme un symbole, terre natale de Abane Ramdane, libérateur de la Nation, qui après avoir été étranglé par ses propres frères, subit une seconde mort, une deuxième fois assassiné, cette fois asphyxié.

Martyrisée et ses enfants condamnés à l’errance et jetés sur les routes de l’exil, comme si cette terre jadis nourricière est subitement devenue meurtrière et inhospitalière, mangeant ses propres ouailles.  

Calcinée, elle est ensuite contrainte à payer pour un meurtre qu’elle n’a jamais commis ; celui ayant poussé à la faute étant seul responsable du délit.

Incendiée et culpabilisée, elle est stoïquement et machiavéliquement mise en geôles, ses enfants les plus actifs réduits à l’inaction derrière les barreaux.

Poussée à l’exil, la population s’endette pour quémander une « installation familiale, voire communautaire, en dehors des frontières, par-delà les mers », loin de cet éden devenu entre deux flammes une arène infernale.

Un purgatoire où le juste paye pour l’injuste, la justice s’étant évaporée avec les fumées asphyxiantes condamnant les âmes aux destinées les plus noirâtres.

Des jeunes à la fleur de l’âge condamnés pour une simple présence décelée par les appareils photos le jour du supplice de Djamel Bensmaïl jeté en pâture à une foule en délire dont le discernement a été annihilé par la haine et la vengeance à dessein distillés.

Condamnés promptement et lourdement, alors que les assassins de leurs camarades exécutés à la fleur de l’âge durant le printemps noir de 2001 bénéficient de l’impunité, courent toujours et ne sont jamais inquiétés.

Le plan zéro kabyle, décidé en réunion publique au su et vu de tout le monde, s’exécute dans un silence assourdissant de ceux qui sont censés veiller à la paix et au vivre-ensemble.

Asphyxiée, traumatisée et carbonisée, la Kabylie s’accroche aux canadairs du destin comme un naufragé à un tronc d’olivier charrié par des torrents de haine impétueux n’épargnant ni humanité ni faune ni flore.

Par la Kabylie, le bourreau s’es mué en justicier et a fabriqué des coupables parmi les suppliciés.

Il ne reste plus que la fuite vers des cieux plus cléments comme ses âmes calcinées envolées dans une arène de terreur où semble s’être réglé un conflit aux relents de vengeance et de règlements de comptes dégageant des odeurs de brûlé.

Une haine qui a enfanté des flammes courant plus vite que les âmes et une fumée aussi dévastatrice que le napalm.

Une expédition aux relents de géhenne pour une punition collective sans préalable jugement et sans préavis. Condamnés à l’enfer pour des actes, délits ou crimes jamais commis, comme planifiés par les forces même qui allaient les jeter au pilori.

La Kabylie s’est retrouvée avec des victimes calcinées et leurs proches emprisonnés pour servir un plan aussi machiavélique que grossier.

Comme si ça ne suffisait pas, s’en sont suivis des emprisonnements de masse, une dépossession culturelle et civilisationnelle, une expropriation intellectuelle et une condamnation cultuelle, le tout à travers ses symboles immuables, dont son porte-drapeau identitaire la JSK, qui a vu son président emblématique Cherif Mellal, empreint de toutes les valeurs de la région, outrageusement jeté en prison comme pour mieux marquer les esprits et distiller les venins inhibant du mépris.

Le printemps berbère déclenche toujours des représailles barbares comme pour conjurer un amour jamais démenti pour une terre qui a de tout temps accueilli à bras ouverts toutes les multitudes et les diversités, et qui ne combat que les injustices, l’inhumanité et les agressions répétitives depuis une éternité.

Les plaies de l’injustice sont réfractaires à la cicatrisation et un traumatisme inoculé juste dans le subconscient collectif d’une communauté marquée au fer de l’adversité « frère » indélébile de l’histoire haineuse sans cesse renouvelé.

Une communauté qui, hélas !, récolte les fruits ingrats de sa tolérance, ses penchants exclusivement pacifiques, toujours désarmée et accueillant torse-nu, les bras ouverts, et le cœur naïf toutes sortes de malveillants « invités ».  

Une communauté qu’on dépossède après son hospitalité et à la laquelle on demande de se renier afin de pouvoir survivre et continuer d’exister.

Cette Kabylie qui accuse le coup et accuse …

Et qui promet de se réveiller, toujours aussi pacifique que déterminée …   

Elle veut une véritable justice et du respect à la place du mépris. Elle exige que cesse l’humiliation pour continuer à servir le destin national et perpétuer son humanisme qu’elle a toujours su proposer au destin de l’homme partout dans le monde, afin que règne partout paix, amour, coexistence pacifique et vivre-ensemble, ces/ses valeurs éternelles qu’elle a toujours su sauvegarder.

Youcef Oubellil, écrivain kabyle

Auteur de « Arrac n Tefsut », Les enfants du printemps

Prix Mouloud Mammeri de littérature amazighe.

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