26 janvier 2023
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Kabylie : lâcheté, traîtrise et déconstruction identitaire

                 

La mémoire ancestrale kabyle a traversé avec fierté et dignité des siècles d’histoire, a franchi des époques et des épopées parfois douloureuses. 

L’entité ancestrale avec sa pensée philosophique aux fondements humains et universels supérieurs et exemplaires,  a résisté aux vicissitudes de l’histoire et en porte les stigmates. Elle a subi des attaques des plus perverses ouvertement assumées avec menace d’effacement et de disparition par une politique d’un régime irresponsable, qui est entré dans sa logique répressive sans précédent, mise en place depuis l’été 2019 (l’opération zéro Kabyles).

Cette action jouit d’un silence ou complicité de la majorité des peuples sous sa gouvernance et particulièrement de leurs élites qui adhèrent en réalité aux fondements idéologiques arabe et musulman au point d’ignorer et d’exclure leur « algérianité », d’enterrer la mémoire ancestrale, d’admettre que le territoire des ancêtres devienne « une terre arabe ».

A cela, il faut adjoindre une incompréhensible dissension au sein de l’élite kabyle, une lâcheté et une traitrise d’une certaine catégorie normalement étrangère aux valeurs de leur société.La société de leurs parents et grands-parents excommuniait de fait ce genre d’individus.  Le puissant lien entre l’identité et le socle anthropologique puise dans le système des valeurs, en particulier l’amour de la liberté, la responsabilité et le sens de l’honneur : la lutte pour la culture et l’identité est perçue comme un défi à relever, une question d’honneur.

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Les différents points de vue ne s’expriment plus par des textes analytiques, par des joutes oratoires de haut niveau qu’on entendait dans les réunions de l’agora villageoise  et par la voix de la raison susceptible de répondre à la gravité de la situation de la Kabylie qui subit une politique ethnocidaire élaborée, qui a connu une tentative génocidaire, un écocide, une politique de remplacement, une politique économique d’appauvrissement assumée, un emprisonnement massif de l’élite de la société qui croule dans les prisons dans des conditions indignes, ou exilée sous la menace.

Cette élite assiste impuissante au kidnapping de la jeune femme kabyle arrachée à son milieu familial, elle regarde impuissante la société ancestrale et ce qu’elle a produit de plus beau, de magnifique, d’exemple à donner à l’humanité, laɛnaya et tagmat violées par des hordes sauvages, elle se tait lorsque pour les besoins du ventre mou ou pour le strapontin on participe à son autodestruction. La parole de ces élites coule de leur bouche comme de simples chamailles infantiles lorsqu’elles ne sont pas une version dissimulée de lâcheté ou de traîtrise.

Que voit-on aujourd’hui en terre kabyle applaudi ou accompagné par cette frange ? Des défilés contre-nature, glorifiant la confiscation de la liberté un certain 5 juillet 1962, une déconstruction de dates historiques et du système symbolique ; organisation de danse du ventre et des fesses lorsque des enfants, des mamans et des pères, des épouses, des frères et des sœurs pleurent la mort ou l’absence de la fille, du fils et du père, oubliés dans l’exil ou dans les geôles du pouvoir.

Qu’entend-on ? Un discours mégalomane qui se projette dans un passé révolu et dans un avenir utopique, celui de la Grande Tamazɣa non pas dans ses profondes racines historiques, identitaires et civilisationnelles des peuples natifs, mais à travers une idéologie pan-berbériste, soutenue par ceux-là même qui cherchent à l’effacer et qui n’est rien d’autre qu’une tentative d’obstruction politicienne à la marche inexorable du peuple kabyle vers sa désaliénation et vers sa libération.

Serait-elle sourde aux affirmations/injonctions des maîtres d’œuvre qui ne cessent de clamer : « l’Algérie, une terre arabe ! ». Serait-elle frappée de cécité au point de ne pas voir qu’elle est elle-même marginalisée, méprisée et à terme menacée !

Silence complice  d’une frange importante de l’élite politique et intellectuelle, fuite dans la lâcheté et la trahison, alors que les arrestations se poursuivent pour délit d’opinion, délit de kabylité, violation de domicile, violation de l’honneur villageois, violation de laɛnaya n taddart,  création au sein de chaque village d’une brigades de traitres qui traquent les militants pour de minables intérêts, des individus, généralement sans considération sociale et qui agissent aussi dans un esprit paranoïaque de vengeance et du paraître, enlèvement et drogue de jeunes filles parfois mineurs vendus pour un moment à de richissimes voyous sans foi ni loi par des réseaux de prostitutions qui ne peuvent avoir lieu sans des complicités d’autorités locales  et la listes des méfaits et délits est longue.

Ces élites et notamment les élites dirigeantes de partis dits kabyles et dits démocrates sont en fait piégées dans la bulle gluante, nauséabonde des « grands soumis volontaires » d’où elles ne peuvent sortir sans se faire hara-kiri. Cependant, ainsi que le disait feu Martin Luther King : « A la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis mais des silences de nos amis ». D’une manière ou d’une autre, elles rendront compte un jour devant l’histoire.

Elles renvoient à un narcissisme mégalomane, ou à « la servitude volontaire » ou même à la construction théorique de Hegel de « la logique maître/esclave« . La situation est assez grave pour que s’arrête l’insulte contre l’individu, entre groupes d’opinion ou groupes politiques, il est temps que cessent les préjugés et que la peur soit terrassée par un sursaut de dignité, il est temps que la conscience unitaire de l’amère réalité s’impose afin de retrouver le chemin de la raison, de l’argumentaire, et que l’histoire cesse de faire saigner ce peuple.

La philosophie kantienne, explique qu’ »un certain nombre d’hommes, restent volontiers leur vie durant, mineurs, et qu’il est facile à d’autres de se poser en tuteurs ».  La question posée par Kant peut se résumer au fait de « savoir si tous les hommes sont capables d’accéder à la maturité, de devenir libres. N’y aurait-il pas une inaptitude à la liberté pour une partie d’entre eux, incapables de penser et d’agir par eux-mêmes » ?  Sont-ils conscients d’être dominés et manipulés par les tuteurs »?  Les causes identifiées par Kant sont la paresse et la lâcheté qui les destineraient à obéir, à se soumettre comme les enfants tandis que d’autres auraient le sens du courage et de l’effort, ce qui les destinerait à diriger, à commander ? On admet, là, une explication de la paresse de l’enfant mineur qui pense tirer profit de son tuteur, mais pour l’adulte, rester mineur ne relève-t-il pas de l’irresponsabilité ?

La lâcheté, la seconde cause, devient un frein au passage vers la majorité, vers la responsabilité, ce à quoi s’emploient les tuteurs/persécuteurs afin d’exercer sur eux leur influence et domination.

Alors que l’homme courageux surmonte sa peur et affronte le danger, le lâche est incapable de faire face et choisit la fuite en avant. Il est infantilisé, il est placé dans la position d’un animal domestique qui ne quitte l’enclos sans la volonté du maître qui le nourrit et qui, par ailleurs, lui présente l’extérieur comme un danger. Il joue sur un réflexe de peur. Il ruse pour maintenir l’état de mineur.

La vision kantienne soutient, cependant, que les hommes sont tous capables de devenir libres moyennant effort, courage, persévérance et de dépasser les obstacles réels de l’accès à la condition d’hommes responsables, car, la raison n’exige- t-elle pas de l’homme qu’il devienne progressivement autonome, qu’il cesse, la maturité survenant, de vivre sous la dépendance sinon aux crochets d’un tiers ?

Une telle vision indiquerait que l’obstacle majeur à la sortie de cet état est psychologique, révélé par la peur de ne pas être à la hauteur. Les tuteurs cultivent chez eux la lâcheté et le refus de penser de sorte à rester volontiers dans leur situation de dominés. Il est juste de penser avec Kant qu’une telle domination est liée au sentiment non avoué d’infériorité de ces derniers.

Dans le cas des élites kabyles et de ceux qui sont sous leur coupe, on ne peut évacuer ce sentiment d’infériorité, l’appel du ventre et du pouvoir et de leur dimension idéologique et démagogique. On ne peut non plus mettre de côté l’histoire d’un nationalisme irresponsable et d’une idéologie unisciste destructeurs hérités des années du combat de l’Algérie coloniale. On ne peut écarter la simplification de la chose politique par ces élites.

Cette dernière carence se lit fort bien dans leur approche des notions telles la démocratie qu’elles ont pervertie et vidée de son sens, de la liberté ou de programmes politiques à l’intérieur d’une république bananière. Elles font toujours et encore de l’acharnement du régime politique pour effacer la Kabylité un tabou qu’elles n’ont pas le courage de briser, adoptant quelquefois le langage du tuteur.

Vouloir se persuader ou chercher à faire croire qu’il y a quelque espoir de rétablissement des libertés et de sortie du cercle répressif d’un régime devenu paranoïaque c’est se tromper lourdement. Pire, leur neutralité cache une lâcheté qui n’est pas assumée et profite à l’agresseur. Elles lui trouvent parfois des circonstances atténuantes, voir positives et restent dans son giron et sous sa domination.

Or, «le pouvoir est l’aphrodisiaque suprême » (Henri Kissinger). Le régime au pouvoir estime que rien ni personne ne peut lui résister. Il exploite sans vergogne les frustrations, enivre par les promesses de privilèges matériels, infantilise, corrompt par l’argent et mène vers la négation de l’essence même de l’être sous son regard sadique moqueur.

Cette situation n’est pas sans rappeler le schéma du pervers narcissique qui sort de la norme sociale et bascule dans le champ psychiatrique face à sa victime : ici le pouvoir politique et cette frange d’élites kabyles qui se comporte comme une créature en situation de dépendance affective face au pouvoir despotique.

Elle ne comprend pas que c’est en soi qu’il faut puiser les ressources pour vaincre le monstre qui ronge la pensée afin de se libérer de la lâcheté, de la soumission à l’autre dont on ne peut changer la nature. Un pouvoir qui la domine, la méprise et lui montre continuellement la voie de la soumission dont elle ne peut s‘écarter au risque d’être privée des petits privilèges dont il la gratifie.

Ces élites contribuent par leurs tergiversations, leur lâcheté ou leur traitrise à clouer la Kabylie dans une exigence d’unité nationale factice et dans un unanimisme politique et idéologique qui tend davantage à l’enfoncer dans sa situation dramatique, dans sa négation, dans l’ostracisme le plus absolu de la politique anti-kabyle, dans l’omerta d’une folie répressive et meurtrière.

L’explication essentielle réside certainement dans l’atteinte au sentiment d’appartenance qui assure la dimension sociale d’identité, du partage d’une même réalité, de mêmes valeurs, celle de la kabylité. C’est la dépossession culturelle, le détachement des normes idéales de la société ancestrale, la déconstruction identitaire.  La maman kabyle, dans sa sagesse ancestrale, dit à son enfant : « Ma tgi ṣṛima ɣef yimi-k, Ad ssersen tavarda ɣaf aɛrur –ik ». 

On rentre dans la théorie de « la soumission volontaire » développée par La Boétie ou encore dans la construction théorique de « la logique du maître et de l’esclave » développée par Friedrich Hegel. Cette pensée devenue la base de la dialectique matérialiste (développée par Karl Marx notamment), a également eu une forte influence sur la psychanalyse. Pour Hegel, la réalité humaine est marquée par cette relation inégale entre les êtres humains, une inégalité dans la conscience de soi, dans la dialectique du maître et de l’esclave.

Il convient donc de révéler les motifs cachés, les causes non naturelles du fait de la lâcheté et de la traitrise de cette partie des élites kabyles, de démystifier le discours des tuteurs/persécuteurs, en attirant l’attention sur le fait que l’accès à la libération, à la liberté – (pour la Kabylie) – est possible pour peu que l’on croit à sa concrétisation. « La seule chose qui puisse empêcher un rêve d’aboutir, c’est la peur d’échouer » (Paulo Coelho).

Raveh Urahmun, Barcelone le 10 décembre 2022

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