21 février 2024
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La décennie noire n’a jamais existé, c’est un mensonge

Attaque palais du gouvernement
Attaque terroriste du palais du gouvernement.

Dans de très nombreux pays dans le monde les archives nationales sont ouvertes aux historiens bien des années plus tard. Depuis, des légendes et détournements historiques se sont incrustés dans les esprits dans bien des cas.

C’est encore plus vrai pour les archives qui sont de l’ordre de plusieurs siècles ou millénaires. Le sentiment de détenir la vérité est quasiment certain. Mais c’est bien plus que cela, l’écriture de cette histoire peut être manipulée ou réécrite pour des objectifs doctrinaires et politiques.

J’en ai été témoin cette semaine après une immersion troublante dans les archives ouvertes au public au Centre culturel algérien. J’ai alors, un peu comme l’historien, infiniment plus modestement, mis au jour l’un des plus gros mensonges de l’histoire comptemporaine et sanglante de l’Algérie.

Je venais de perdre la compilation de tous mes écrits dans la presse algérienne depuis à peu près trente-deux ans. Ce n’est ni de la vanité ni de l’orgueil mais une simple envie de détenir dans l’intimité une partie assez importante de ma vie.

La bibliothécaire, d’un dévouement et d’une compétence exemplaires, me posait sur un chariot  les archives annuelles de quatre journaux, année par année, depuis 1992. J’ai consulté durant toute la semaine, photocopiant progressivement les articles perdus.

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J’avais l’impression que mon doigt tournait les pages de toutes les archives de la bibliothèque d’Alexandrie tant c’était long. Je n’avais pas le temps de lire les articles mais tout de même les titres et les chapeaux qui en donnaient une idée du sens.

Toute la vérité ressort de ces pages anciennes dans des papiers jaunis par le temps. Mensonges, silences et vestes retournées. Mais le plus intéressant est que la décennie noire n’apparait pas dans la presse aussi explosivement que la mémoire retenue de la période. Tout indique par les archives qu’elle n’a jamais existé dans une ampleur qui nous apparaît aujourd’hui.

L’Algérie de demain : quels éléments de souveraineté ? Par Noureddine Aït Hamouda

Certes, on y traitait des évènements, mais notre mémoire avait retenue l’existence de pages et de pages entières réservées au drame national. Il n’en est rien. Ils sont relatés mais d’une manière tellement éparse au milieu d’autres événement de la vie quotidienne. En fait une chronique de la violence comme dans n’importe quel journal au monde dans un moment de son évolution mais pas plus.

Le plus extraordinaire est encore plus visible dans les articles des contributeurs édités dans des rubriques portant le nom de Débats, Opinions, Idées et autres, selon la période.

On aurait pu penser que tous les intellectuels et cadres d’Algérie se bousculaient pour rédiger des articles d’opinion sur ce qui se passe. Des tonalités de peur, d’angoisse, d’accusations, de révolte et de dégout. Des paroles et déclamations qui auraient été le reflet exact d’une période des plus meurtrières dans une ambiance qui a laissé place à la barbarie et presqu’à la guerre civile.

Pas du tout, plus mon doigt tournait les pages des journaux, jour par jour, mois par mois et années par années, et plus je recherchais et je désespérais de trouver enfin la trace historique de la décennie de la mort et de la désolation, la décennie noire restée gravée dans les mémoires comme une terrible période.

Et lorsque je lisais les titres annonçant le contenu des articles, j’étais dans une stupéfaction des plus fortes. On y parlait de tout sauf des évènements qui se déroulaient. Je ne pourrais ici les nommer mais dire à peu près ce qui en ressort le plus.

Document. Le rapport du Département d’Etat sur les droits humains en Algérie

En premier, champion toutes catégories, l’école. Des titres ronflants comme, de mémoire et non réels, « l’école, présent et perspective ». Puis viennent en nombre presqu’aussi important, la question de l’hôpital. Suivent des thématiques sur l’architecture, le scandale des caisses d’assurance, la grogne des mandataires de la pomme de terre importée de la Patagonie septentrionale ou le scandale des prix du billet de stade et ainsi de suite.

Mais sur la décennie noire, rien, absolument rien, elle n’existe pas. Ah oui, pardon, beaucoup d’articles comme « L’Islam et le message contemporain », « la marque et l’interprétation de la norme dans l’Islam dans la période des abbasides», « La parabole du foulard dans le mariage de la cousine Halima » (encore une fois j’en donne le ton et l’esprit avec humour, pas les titres réels).

Je vous l’affirme, j’en ai eu la preuve documentée (comme disent les historiens), la décennie noire est une légende. Un mensonge des médias étrangers et des soi-disant démocrates à l’étranger.

Et moi, dindon de la farce, mon aventure dans les pages Opinions s’est arrêtée très vite, le 11 mars 1995, en ayant l’idée saugrenue de faire paraître sur El Watan un écrit. Il accusait les généraux en les menaçant d’un avenir incertain sinon mortel pour eux s’ils continuaient dans cette voix. Je croyais commenter l’actualité et en donner mon analyse, je n’avais pas compris qu’elle n’existait pas. J’étais encore un jeune étourdi, mon exaltation me donnait des hallucinations qui me faisaient voir l’inexistant.

Comment cet article est paru, personne ne le saura jamais. L’équipe d’El Watan a été convoquée pour s’expliquer et moi j’avais reçu une gentille invitation pour boire le thé avec un procureur. Il devait m’annoncer que le méchant ministère de la défense avait porté plainte et qu’il voulait me gronder.

Que voulez-vous, je n’ai la compétence de parler du scandale de l’article 123b-bis de la nouvelle loi sur la batata, de la pénurie de zlabia, de l’urbanisme dévastateur de l’environnement du Club des Pins ou des normes sanitaires du marché des Halles.

J’ai pu envoyer plus tard des articles, sans pouvoir rentrer, au moment du débat mensonger sur la réforme constitutionnelle. Des articles de droit, cela ne faisait pas trembler le moindre poil de la moustache d’un général. Mais c’était l’actualité, pour cette fois-ci je n’avais pas rêvé.

Je ne suis jamais retourné car le thé chez le procureur, je m’en suis méfié à partir de ce moment. Cependant j’envoie des cartes postales aux généraux, très souvent et avec la sympathie de mon amitié.

Non, la décennie noire n’a jamais existé, on vous a menti. J’en ai eu la preuve écrite par les archives.

Boumédiene Sid Lakhdar, enseignant retraité

1 COMMENTAIRE

  1. À l’époque de la « décennie noire » les gens vivaient ses effets directs, de la violence et de la mort au sens propre, subie surtout par les victimes directes et leurs proches, mais à côté de ça y’avait aussi de la Vie, une société vivante, y’avait de l’espoir… Aujourd’hui, on vit ses effets secondaires, plus diffus , moins sanglants peut être mais plus insidieux et plus pervers, c’est de la mort au sens figuré qui a remplacé la mort propre. Certes ya plus de scènes sanglantes choquanttes, pas de mort au sens d’autre fois, mais y’a plus de vie, plus de vivant non plus. La vie sociale aujourd’hui se résume aux fonctions physiologiques des individus. C’est peut être pour ça que être revenu tout retourné de votre voyage dans temps. Vous croyez partir d’entre les vivants pour visiter les morts et vous vous êtes rendu compte que l’inverse. Que c’est d’entre les zombies d’aujourd’hui que vous êtes partis pour visiter les vivants d’autrefois. Vous croyez ne trouver dans les archives que des récits de mort et de tristesse noircir les pages des journaux de l’époque mais surprise vous avez trouvé de la Vie et même de la joie. Les scènes tristes étaient reléguées aux rubriques de faits divers.
    Autrement dit, à l’époque la régression se faisaient à pieds même que souvent à contre cœur, le voyage en train ne s’est pas encore généralisé, mais entre temps les trains de Addi sont arrivés petit a petit et les gens ont fini par les adorer au point de les adopter comme principale voire unique moyen de transport; à tel point qu’il yen a même qui s’inventent des excuses rien que pour prendre le train…

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