4 octobre 2022
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La Kabylie, une chance pour l’Algérie

TRIBUNE

La Kabylie, une chance pour l’Algérie

Les discours entendus au cours de ce simulacre de campagne électorale démontrent que l’opération « zéro kabyle » n’est pas un moment d’égarement de quelques illuminés qui ont pu organiser un rassemblement au moment même où toute demande de rencontre entre citoyens était systématiquement refusée par les pouvoirs publics.

C’est une affaire sur laquelle il faudra bien faire la lumière un jour, enquêter sur les tenants et aboutissants de cette infamie et situer les responsabilités qui semblent remonter au cœur même du sérail afin qu’elles rendent des comptes pour ce crime perpétré contre la nation algérienne. Cette réunion anti-kabyle aux velléités éradicatrices n’avait pas été prise en considération en son temps ni soulevé une réponse à la mesure de sa gravité par l’opinion politique notamment démocratique malgré la tentative d’alerte du RPK émise au sein du PAD. 

Force est de constater aujourd’hui que cette opération est une réalité en marche, la récente campagne électorale est édifiante à ce sujet. Alors que la moindre critique ou la plus anodine des caricatures sur une page Facebook peut mener son auteur à la case prison pour atteinte à l’unité nationale, le discours anti-kabyle a eu toutes les libertés pour développer une parole raciste, insultante et prônant ouvertement l’extermination d’une région.

Faisant appel non pas au meilleur de la société comme dans tout autre pays en phase électorale mais à tout ce qui en constitue la lie, cette campagne a permis l’expression des plus vils instincts humains et ce, en toute impunité pour des propos clairement attentatoires à l’unité nationale et à la Constitution. C’est une mise à nu du niveau d’aberration politique, de misère culturelle où l’indignité côtoie le racisme et l’ignorance crasse d’une certaine frange, incarnée essentiellement par une nébuleuse idéologique appelée « badissia » qu’on fait prospérer en toute bienveillance, en tant que partie intégrante du système. Cette parole nauséabonde n’est pas le fait seulement de quelques énergumènes activant sur les réseaux sociaux, mais de personnes ayant une responsabilité au sein de la société et dans les institutions comme des universitaires, députés, sénateurs …

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Face à cette violence verbale abjecte, les Kabyles ont plutôt gardé leur calme en raison de l’idée qu’ils se font de la dignité du pays et également pour ne pas être contraints de s’abaisser à un niveau jamais atteint et donner du crédit à ces provocations irresponsables et souvent instrumentalisées.

Mais faut-il rester dans ce mépris silencieux au risque de laisser cette parole raciste quasi-institutionnalisée se banaliser ? De plus, cette mouvance qui est venue conforter en pire les partis politiques sur lesquels s’appuyait le pouvoir semble de plus en plus prégnante dans les cercles des décideurs.

Au-delà des manœuvres machiavéliques pour maintenir le même système et continuer la prédation, il y a aussi des fondamentaux qui structure nt ce qui leur sert de pensée.

Appartenant au courant  arabo-musulman de base, socle du système politique algérien, c’est une idéologie hégémonique qui semble plus d’obédience panarabiste qu’islamo-conservatrice pour qui toute entité non arabe doit se soumettre ou disparaître, et qui récuse l’usage de toute autre langue en dehors de la langue l’arabe. 

La Kabylie qui n’est pas la seule région dans ce cas de figure, est essentiellement ciblée en raison de son combat actif contre cet impérialisme culturel, falsificateur de l’histoire et de l’identité algérienne.

C’est une lutte majeure qui date depuis près d’un siècle, d’ordre civilisationnel, qui explique bien des conflits qui ont jalonné l’histoire de l’Algérie contemporaine. La Kabylie sera ainsi attaquée pour ce qu’elle représente sur le plan historique, culturel et politique.

Le premier angle d’attaque du discours anti kabyle vise d’abord à saper la légitimité historique incontestable de la région. Les porte-voix « badissistes » s’essayent inlassablement à délégitimer les Kabyles qui seraient par essence des traîtres qui n’auraient jamais cessé de collaborer avec la France coloniale, d’où les tentatives révisionnistes et le terme de « zouaves » et autres sobriquets qu’ils répètent à satiété. 

Mais les faits sont têtus. Car oui, c’est la région qui a eu un rôle déterminant dans l’indépendance du pays et qui a fait d’une insurrection armée une révolution qui a marqué l’histoire de la décolonisation du siècle dernier. C’est dans cette région aussi qu’on compte le plus grand nombre de martyrs et la majorité de prestigieux colonels de l’ALN.

L’autre vérité historique est l’imposture de la « badissia novembria ». Tous les documents historiques l’attestent, le courant politique auquel se rattache cette organisation en mal de légitimité était ouvertement attachée à la France coloniale avant de rallier tardivement la Révolution grâce au travail capital de création d’un front auquel s’est attelé Abane Ramdane, encore un Kabyle et qui est venu quelque peu sauver leur honneur.

L’un des ténors de ce courant, dans une diatribe où il s’indignait de l’appel à la Conférence régionale de Kabylie, s’est essayé à nommer les héros de la révolution en bégayant et en écorchant leurs noms comme s’il venait de les découvrir. Et ce faisant, il s’est permis, toute honte bue, de donner une leçon de patriotisme aux Kabyles ! Rappelons que cet individu a été ministre et jugé apte à être président de la République ! 

Le deuxième angle d’attaque est de faire circuler l’idée que les Kabyles sont responsables de la gabegie et de la mauvaise gouvernance du pays, dédouanant de fait ainsi les vrais décideurs. Si les rênes du pouvoir étaient entre les mains des Kabyles, le panarabisme qui les exclut de fait n’aurait pas été mis ainsi en avant et le destin de l’Algérie aurait été tout autre. C’est une évidence : depuis l’indépendance, les fonctions régaliennes leur sont quasiment interdites ; qu’on nous dise donc si un Kabyle peut prétendre à la présidence de la république ?

La réalité est que les Kabyles, minorité démographique, sont en revanche très présents parmi l’élite culturelle, scientifique, et autres secteurs de l’intelligentsia. Car, contrairement à la pensée magique à laquelle croit Bengrina et ses semblables, les Kabyles misent sur la pensée rationnelle, l’étude, l’ouverture au monde, ce qui les amènent à caracoler souvent en tête des classements du secteur éducatif, suscitant jalousies et calomnies. Mis à part quelques serviles opportunistes comme il en existe dans toutes les humanités, on a fait appel aux Kabyles, en raison de leur niveau d’instruction, pour occuper les postes nécessitant des compétences scientifiques, techniques et réclamant du savoir-faire, sans parler de leur dynamisme dans l’entreprenariat.

Il se peut même que ce soit grâce à eux que le pays ait quelque peu tenu, limitant ainsi les dégâts des politiques désastreuses mises en place en haut lieu. Cela pourrait expliquer d’ailleurs en partie l’incompétence ahurissante actuelle des responsables dans tous les domaines, depuis ce qui semble être l’application de cette politique « zéro kabyle » par la « dékabylisation » des institutions et des secteurs importants du pays.

Le troisième angle d’attaque est de diaboliser la Kabylie avec la thèse de l’ennemi intérieur avec toutefois une nouveauté : celle de présenter, dans une association éhontée et systématique, le berbérisme qui promeut les libertés et la lutte pacifique comme un danger pour le pays au même titre que l’islamisme meurtrier. Ceci avant de cibler plus précisément le MAK, en ne s’embarrassant pas de contre vérités criantes comme sa responsabilité dans le Hirak et ses velléités terroristes !

Le quatrième angle d’attaque est sur ce qui fait l’ADN de la Kabylie ses deux combats identitaire et démocratique. On comprend que ce qui inquiète cette mouvance et plus largement les tenants du système, c’est que ces questions sont en train de travailler profondément la société algérienne dans son ensemble de sorte que la politique de diviser pour régner semble avoir vécu.

Face à cette menace d’une Algérie libérée de leur emprise, leurs fondamentaux sont remis en avant de manière encore plus agressive et archaïque en faisant la promotion de l’exclusivisme linguistique, en criminalisant les autres langues et en jugeant avec suffisance et mépris tamazight comme une « chose » baragouinée par des peuplades vouées à l’éradication.

Basé sur l’ignorance sacralisée et la charia, le but ultime de leur offre politique n’est pas une vie terrestre meilleure mais une  bonne préparation à l’entrée au paradis. Effarant et pourtant vrai ! Alors que leurs idéologues et mentors du Moyen-Orient sont en train de s’émanciper de ces archaïsmes.

Quelle Algérie veut-on construire avec tant de bêtise, d’inculture, de haine, d’intolérance, d’inaptitude au monde ? Elle sera forcément non viable et cela n’aboutira qu’au chaos. 

Malgré cela, les Kabyles dans leur majorité ont montré à travers la forte mobilisation populaire, leur implication massive dans le destin algérien tout en affirmant leur différences. Les Kabyles ne renonceront pas à l’Algérie ni à toujours essayer de la tirer vers le haut. A ce sens du patriotisme, s’oppose la perception vague de la citoyenneté algérienne de cette mouvance qui va occuper les sièges de la représentation nationale tout en revendiquant l’appartenance primordiale, au delà de l’Algérie, à la « Oumma arabia Islamya » en allégeance à un monde actuellement en déliquescence.

Quant aux revendications démocratiques, elles sont un danger réel pour la pérennité de leur pouvoir, raison pour laquelle la Kabylie est là aussi stigmatisée car elle est au cœur de cette bataille. Ayant payé depuis longtemps le prix fort pour le respect de toutes les libertés, de la citoyenneté et des droits humains, les Kabyles portent une vision d’une Algérie démocratique et plurielle, refondée sur le respect des différences et des spécificités régionales et où la sécularisation doit s’accomplir pour le bien vivre ensemble. 

Depuis deux ans, le combat démocratique connaît un tournant historique majeur avec l’implication manifeste de la majorité des Algériens à travers le Hirak qui a donné à voir au monde le meilleur du pays contrairement au pire auquel on l’a habitué. 

Ce mouvement populaire permet tous les espoirs pour peu qu’on s’émancipe des débats anciens et des querelles stériles et qu’émerge une élite ouverte au débat sur les questions de l’heure et capable de construire les convergences nécessaires pour définir un projet d’avenir. Au-delà des manifestations de rue, le Hirak qui est un état d’esprit qui perdure malgré la répression, vient de remporter une grande victoire en rejetant pour la troisième fois et sans équivoque ce système anti national.

Ces dernières élections apportent de plus des enseignements intéressants sur ce que pèse ce courant idéologique minoritaire dans la société. L’autre constat et non des moindres est que la Kabylie avec la grande majorité des Algériens sont dans le même camp, rassemblés avec leurs diversités par une volonté de changement systémique.

La  convergence des luttes devient possible, les mentalités évoluent, les lignes bougent avec un changement crucial quant à l’attitude envers la Kabylie de la part des patriotes algériens. Il y a une meilleure compréhension de son combat et du respect pour sa détermination dans son opposition au système, ce qui a fait grandir un sentiment précieux de confiance envers cette région, la considérant comme une chance pour l’Algérie et non plus comme un danger. Et c’est la grandeur et l’honneur de la Kabylie d’être devenue pour beaucoup d’Algériens une sorte de repère, un refuge pour le Hirak national, un havre pour les épris de liberté, un endroit où le débat politique culturel, sociétal est possible malgré les interdictions. 

Dans ce contexte, l’appel à la Conférence régionale de Kabylie trouve toute son importance et sa pertinence. Espérons que cette rencontre sera à la hauteur des intérêts de la Kabylie et des enjeux vitaux pour l’Algérie.

Ce sera une des meilleures réponses aux concepteurs de l’opération « zéro kabyle ». Les autres réponses sont à trouver dans le mouvement populaire qui montre que les sacrifices de la Kabylie n’ont pas été vains.

La réappropriation identitaire est en marche et l’Algérie démocratique est le slogan fondateur rassemblant la majorité des Algériens qui viennent de démontrer qu’ils n’adhèrent pas à cette politique du pire.  

Ces évolutions nous disent que malgré tous les obstacles de parcours et la répression, la Kabylie vaincra et que l’Algérie démocratique adviendra pour accomplir plus qu’une révolution politique, une véritable révolution culturelle.

 

Auteur
Malika Baraka

 




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