19 mai 2024
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La liberté de la presse malmenée en France

Selon le classement mondial 2024 établi par Reporters sans frontières (RSF), la situation de la liberté de la presse en France est « plutôt bonne ». Toutefois, la vigilance s’impose, sept mois après l’arrestation de la journaliste Ariane Lavrilleux.

Une atteinte à la liberté d’informer venue à la suite d’autres et favorisée par la loi Dati qui, trop vague, offre aux autorités une brèche pour réprimer les journalistes et leurs sources

e journalisme en France ne se porte pas mal, selon les chiffres de RSF pour l’année 2024, dévoilés ce 3 mai, journée mondiale de la liberté de la presse. En se classant au 21e rang mondial sur 180 pays, la France signe son troisième meilleur résultat, après ses 11e et 19e places en 2002 (sur 139 pays) et 2004 (sur 167 pays).

RSF classe la France parmi les pays en « situation plutôt bonne ». Ce classement ne reflète toutefois pas la complexité et les paradoxes du cas français. Certes, la France a gagné trois places par rapport à 2023, mais « ce progrès s’explique par une détérioration plus importante dans les autres pays », déclare Pavol Szalai, responsable de RSF pour l’Union européenne et les Balkans. « La France reste 14e sur 27 États membres de l’UE, ce qui n’est pas une très bonne place », ajoute-t-il, pointant un « bilan mitigé » et même un score « qui a légèrement diminué ».

Illustration de ce tableau en demi-teinte avec l’arrestation d’Ariane Lavrilleux il y a quelques mois ; le 19 septembre 2023, la journaliste indépendante – qui travaille entre autres avec RFI – a été placée en garde à vue pendant 39 heures et perquisitionnée après une plainte du ministère des Armées. En cause, son enquête pour le média d’investigation Disclose dans laquelle elle faisait des révélations sur l’opération militaire conjointe entre la France et l’Égypte. La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) l’a arrêtée et interrogée pour compromission du secret de la défense nationale et révélation d’information pouvant conduire à identifier un agent protégé. « Une atteinte manifeste très grave contre la liberté de la presse », nous confie-t-elle.

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Droit à l’information contre raison d’État

Sept mois après, la journaliste a repris son activité, mais le dossier n’est pas clos. Elle n’a pas été mise en examen. « Mais je peux l’être à tout moment. Demain, dans un an, dans 15 ans… Tant que l’instruction est en cours, je peux être convoquée pour une mise en examen », annonce Ariane Lavrilleux, qui dénonce une « volonté de faire peur », une « volonté de me maintenir sous pression en ne me donnant aucune nouvelle » et une menace planant sur elle et Disclose, « peut-être pour nous empêcher de continuer de travailler ».

Le cas Lavrilleux-Disclose a opposé deux concepts majeurs : d’un côté, le droit à l’information, et de l’autre, ce que l’on peut qualifier de raison d’État. La liberté de la presse face à l’intérêt supérieur de la France. Pour justifier l’arrestation de la journaliste et l’interrogatoire destiné à ce qu’elle dévoile ses sources, les autorités ont mis en avant la sécurité des intérêts français et le secret défense. Un argumentaire que rejette Ariane Lavrilleux :

« Quand le secret de la défense nationale est utilisé à tort, de manière illégitime, pour cacher des crimes ou la complicité de l’État français dans des crimes de puissances étrangères et de dictatures, c’est de l’intérêt public. C’est de l’intérêt général et c’est le droit à l’information des citoyens et citoyennes de savoir ce qui se passe en leur nom. Le secret de la défense nationale ne peut pas être utilisé pour maquiller ou cacher des crimes, et empêcher l’État de s’améliorer et la démocratie de vivre pleinement. »

La journaliste d’investigation, qui a fait valoir son droit au silence durant son interrogatoire à Marseille, apporte des précisions sur son travail d’enquête. Elle estime n’avoir jamais mis en danger la sécurité de quiconque. « Quand on reçoit des informations, on doit juger ce qui est d’intérêt général et ce qui ne l’est pas. Par exemple, dans les documents reçus à Disclose, il y avait des noms de soldats égyptiens et d’employés de l’armée française qu’on a retirés. On a estimé que ce n’était pas utile de les publier. On n’a pas révélé non plus la position exacte d’une base militaire. Ce sont des informations secret défense qu’on a enlevées parce qu’elles n’apportaient pas quelque chose de fondamental pour l’intérêt général », explique-t-elle.

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