19 août 2022
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La mode est aux chemises brunes

Kamel Bencheikh

« Le fascisme en tant que régime a certes été balayé, mais le fascisme psychologique quotidien n’est pas mort ». Ettore Scola.

Tout le monde, ou presque, a entrevu les images terrifiantes qui ont défilé sur nos écrans à l’occasion de premier rassemblement d’Éric Zemmour à Villepinte, en Seine Saint-Denis. Ces images ont certainement terrorisé les téléspectateurs qui ne s’attendaient nullement à un tel déferlement de violence de la part des services d’ordre du candidat. Elles m’ont scandalisées parce qu’elles nous arrivaient en direct d’une salle située en France et non dans un pays où la démocratie est à construire.

Des journalistes ont été roués de coups et du matériel a été abîmé ou détruit. Les militants de SOS Racisme ont été passés à tabac. Voilà le vrai visage de la planète Zemmour et de la France dont il rêve. Et ce visage est sinistre, il est ce qui représente le mieux cette nébuleuse lugubre et menaçante qui fait bloc autour de son champion. 

La mode hiver 2021 est aux chemises brunes. Il y a si longtemps comme un parfum des années 1930. Ces chemises brunes ne forment pas un bloc unitaire parce qu’il s’agit d’un magma morcelé composé des membres des zouaves, un gang dangereux que les renseignements généraux ont qualifié de « groupuscule de combat » qui a des accointances avec les hooligans, des identitaires, des négationnistes et même des néonazis virulents. Plutôt nerveux comme service d’ordre.

Dans son discours, le candidat d’extrême droite a plutôt montré le cheminement vers des dispositions musclées qui ressembleraient à celles du fascisme même si le polémiste pourrait repousser ce terme.

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Il est certain que le candidat de l’extrême-droite ne va pas se mettre en treillis ni diriger ses troupes sur les Champs-Elysées ni demander à ses sbires de mettre le feu à la représentation nationale. Cependant, il s’acharne bien à actionner les mêmes leviers de haine et à cultiver les mêmes ardeurs que les fascistes avérés du vingtième siècle en Allemagne, en Italie, en Espagne et même en France.

Les affrontements à l’intérieur même de la salle où s’est déroulé le rassemblement ne suffit pas à certains observateurs qui clament haut et fort que dans un pays démocratique toutes les opinions doivent être mises sur la table. Pour ma part, je réfute ce principe comme je l’ai toujours fait pour les islamistes en Algérie.

Toutes les opinions ne se valent pas. Le point de vue du polémiste d’extrême-droite sur divers sujets ne peut pas être accepté parce qu’ils ne sont pas défendables. Saccager le souvenir des juifs français qui ont été remis au régime nazi par les collabos du maréchal Pétain, c’est les exterminer une nouvelle fois. Il est allé jusqu’à tenter de réhabiliter le régime de Vichy.

Ce qui me gêne d’ailleurs, c’est que ce candidat qui se promet de diriger la France et son système de valeurs a été condamné plusieurs fois par les tribunaux au nom du peuple français pour discrimination raciale. Il est grand temps pour ceux qui ont suivi ce discours haineux de le dénoncer. Sans aucune équivoque.

Kamel Bencheikh, écrivain

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