26 janvier 2023
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La raison pour libérer le cerveau « musulman » de l’emprise de la religion

Islam
Grenade.

Dans toute religion, l’islam y compris, il y a le pire et le meilleur et pour cause, la religion, pour paraphraser Spinoza, n’est pas une lettre à la poste envoyée par Dieu à un peuple qu’Il a élu, mais bel et bien une construction culturelle, historique, sociologique, anthropologique, linguistique, idéologique d’un espace-temps, érigée en système politique par les hommes ; rationnalisée le temps passant pour des fins de domination et de normalisation. Son arme la plus puissante est la superstition, « l’asile de l’ignorance », expliquait Spinoza.

Il n’y a pas une religion qui résiste à une analyse minimale de la raison ; dès qu’on l’interroge à la lumière des outils qui nous sont donnés par la philosophie, l’histoire, l’ethnographie,  la linguistique, l’anthropologie, la psychologie, la psychanalyse, etc., on réalise tout de suite que tel ou tel autre texte sacré a été écrit durant une époque bien déterminée, dans un lieu donné et qu’au reste il n’a jamais pu aller au-delà des frontières culturelles ou même géographiques de son espace « fondationnel » pour ainsi dire; on réalise qu’il a par ailleurs emprunté à d’autres langues, à d’autres religions, à d’autres mythes ; et on conclut que les prétendus prophètes se disant universels n’ont jamais pu nommer un seul animal, phénomène, chose ou parole qui prouve qu’ils ont été plus loin que le patelin de leur naissance.

La plupart des grands mythes repris par les trois religions monothéistes ont été écrits, développés et relatés des milliers d’années avant l’apparition du monothéisme ;  notamment chez les Égyptiens, les Sumériens, les Babyloniens et autres civilisations de l’espace géographique que nous appelons aujourd’hui le Moyen-Orient, pour la simple et bonne raison que c’est ici qu’il y avait alors la plus grande densité démographique au monde et que sont nées les premières villes de l’histoire. Et l’islam, comme le christianisme et le judaïsme, ont puisé dans la mythologie antique.

De nos jours, dans le monde entier, du moins pour les chrétiens ou les juifs, hormis pour les fondamentalistes, personne ne croit plus que le texte sacré qui a fondé sa croyance est une lettre tout droit arrivée du ciel. Par exemple, on ne lit plus l’ancien ou le nouveau testament qu’allégoriquement, métaphoriquement ou analogiquement si l’on veut.

Personne ne défendra aujourd’hui, scientifiquement du moins, que des gens ont siesté des siècles durant dans une grotte, qu’un homme a habité dans le ventre d’un poisson, qu’un dieu est le père d’un enfant ou que des oiseaux ont lapidé un peuple avec des cailloux.

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Quand le bon sens raisonne la passion, on retient de la religion la vocation originelle : la justice et la charité, comme l’a si magistralement développé le père de notre modernité politique et exégèse moderne, Baruch Spinoza.

L’islam, comme toute idéologie ou religion, n’a pas dérogé à la règle. Il est de l’homme et est donc le fruit d’un lieu et d’un temps. Par exemple, de la Mecque à Médine, autrement dit de minoritaire à majoritaire, l’islam a évolué comme tout système, toute construction rationnelle propre à l’homme. Ainsi l’islam mecquois, parce que minoritaire en terme de pénétration sociale, est spirituel, intérieur, pacifique ; quand l’islam médinois, lui, devenu majoritaire, est politique, va-t-en-guerre, inquisiteur, conquérant…

Ce n’est pas diffamer, calomnier ou s’attaquer à l’islam de le dire, mais c’est tout simplement une conclusion de la lecture du texte sacré lui-même. Étudier, comparer, soumettre, historier, analyser le langage, etc., de n’importe quel texte est le gage pour qu’il livre son essence première, le lieu de son départ, les circonstances de sa naissance, de sa transcription, de son évolution et de son expansion plus tard.

Mahmoud Mohamed Taha, le penseur et théologien soudanais (1905-1985), l’a payé de sa vie. Il a été apostasié, puis exécuté pour avoir défendu la nécessité que les musulmans puisent le sens dans le coran Mecquois et ne lisent qu’allégoriquement le Coran médinois, car, pour lui, il ne s’agit que d’une expérience historique propre à des hommes, dans un lieu et dans une période données, et qu’il faut par conséquent la replacer dans son contexte historique et socio-culturel.

Les versets de Médine étaient ceux d’un État, d’une puissance politique, d’une majorité dominante; quand ceux de la Mecque étaient ceux d’une intériorité, d’une spiritualité; bref, l’expression d’une minorité.

Nous entendons souvent des zélés jurer tous leurs dieux que les gens de Daech ou d’Al Quaida ne sont pas musulmans ou qu’ils n’ont pas bien compris ou lu le Coran. Ce qui est bien entendu une assertion qui ne tient ni à fer ni à clou ; les gens qui deviennent des terroristes ne tombent pas du ciel.

C’est dans le Coran, la Sunna et l’exégèse islamique qu’ils puisent leur légitimation pour passer à l’innommable. Certes, on ne devient pas assassin du jour au lendemain,  mais les hadiths, les versets ou les fatwas, avis juridiques, qui justifient l’assassinat du mécréant, de l’apostat, du libertin, du chrétien, du juif… sont légion dans les livres des théologiens qui se vendent comme des cacahuètes, à l’instar de ceux d’Ibn Taymiya ou de tant d’autres prédicateurs.

«La religion, c’est souvent le tout et le contraire de tout. Il faut que chacun puisse y puiser son miel», disait l’écrivain Tahar Ben Jelloun. Qu’on lise les textes sacrés de manière allégorique et que l’on se débarrasse de tout ce qui est violent, désuet, misogyne, belliqueux, raciste, conquérant… oui, et dans l’espace privé, mais que d’aucuns essayent de nous les vendre publiquement comme un angélisme dès que l’on évoque par exemple la laïcité, l’égalité ou la démocratie est  une machination rodée, vieille comme le monde, actionnée d’ailleurs dès que l’on sent le pouvoir et les privilèges menacés.

Souvent, l’argument est tout trouvé ; la laïcité est occidentalisme, acculturation, perdition, alors que de la vraie aliénation, la pire et la plus profonde de toutes, est celle d’essayer d’expliquer la complexité de l’univers par le tout religieux, ou le tout islam dans notre cas, qui, on le dira jamais assez, étouffe nos sociétés, plombe dans la superstition et l’archaïsme, noie le cerveau musulman dans les passions les plus ombrageuses pour l’éloigner de la raison, de l’entendement et du bon sens.

Dans certains pays musulmans, tu peux mourir parce que tu as dit que la vision binaire de la religion et son lot d’histoires abracadabrantesques est une histoire pour enfants ou, moins que ça, que tu as défendu l’idée d’un État laïque.

L’impossibilité de certaines discussions dans nos pays est le syndrome de sociétés malades, coupées du monde, voire de la nature dans une certaine mesure. Parce que, oui, la différence est de la nature ; elle est l’essence du vivant ; or, même dans nos écoles, on explique aux enfants qu’il ne faut pas douter, qu’il ne faut jamais dire certaines choses, qu’il ne faut pas poser certaines questions, que la vérité de leur religion est la vérité même.

Nos sociétés ont été aliénées par des siècles de l’explication du sens par le tout islam. C’est simple, on explique encore le 21e siècle par des textes datant du 7e siècle. Ainsi, par exemple, la laïcité, par un processus long et rationnel de lavage des cerveaux, est-elle généralement aux yeux du musulman une négation du divin, alors que le moindre bon sens suffit pour réaliser que la laïcité est la plus proche de la nature des hommes ; qu’elle s’en fout de la doctrine, de la vérité de chacun, de son idéologie ; qu’elle est la seule garante pour que cohabitent les différences, pour que personne n’impose sa vérité à l’autre.

Alors que la religion, toute religion, est d’abord fondée sur la vérité ; une vérité qui exclut toutes les autres religions, elles aussi fondées sur la vérité, du bénéfice de la vérité justement ; qu’elle soit  monothéiste, polythéiste ou autre, dès qu’elle outrepasse l’intériorité, la sphère privée, la religion devient politique, hégémonique et veut s’imposer par la force et la violence.

On ne peut habiter son époque avec des idées puisées dans une ère qui date de quatorze siècles. On ne peut lire aujourd’hui les textes sacrés qu’allégoriquement ; en tirer les leçons qui parlent à la raison ; lire ou relire les textes à la lumière de outils qui nous sont donnés par la raison. Nos sociétés peuvent se fermer autant qu’elles veulent, protéger leurs impensés avec des arsenaux juridiques puissants, la marche de l’histoire est inexorable et elle va du côté de la raison, de la laïcisation, de la sécularisation, de la compréhension des lois immuables qui régissent l’univers.

Louenas Hassani

 

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