1 décembre 2022
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L’Algérie et les mauvais choix de l’aube !

Indépendance

L’an 1962, l’Algérie accède à son indépendance, le FLN au pouvoir. La France a son pétrole saharien et le général De Gaulle sa bombe atomique. La France, une puissance nucléaire ; l’Algérie, un drapeau planté sur un puits de pétrole.

Le général de Gaulle a une épouse : la France ; le FLN a une maîtresse : l’Algérie. On n’épouse pas sa maîtresse ; on ne trahit pas son épouse. Une épouse a un seul époux, une maîtresse a plusieurs amants. De Gaulle n’avait des yeux que sur Yvonne, le FLN n’a de vue que sur le trône.

La France c’est Paris et Brigide Bardot. L’Algérie, un gros ventre (la poche saharienne) et une petite tête (la bande côtière). La France a une histoire, l’Algérie a un passé. La France a eu sa cinquième République le 26 septembre 1958 à la Place de la République à Paris. L’Algérie a proclamé sa première « république » le 26 septembre 1962 dans une salle de cinéma à Alger. L’une a vu le jour dans une place publique en pleine lumière, l’autre dans une salle obscure de projection de films.

La France est une vieille nation, elle s’est forgé un Etat de droit animé par des hommes d’Etat. Des hommes de culture gréco-romaine et de religion judéo-chrétienne. L’Etat français, c’est la bourgeoise (la droite) et le prolétariat (la gauche) ; l’une fournit le capital, l’autre la force de travail. Les deux participent à la prospérité de la France.

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L’Algérie, c’est d’abord le pétrole et ensuite l’Armée. Le pétrole, une question de géographie ; l’armée, une réponse de l’histoire. L’Algérie est une jeune nation, elle n’a pas d’Etat ; elle a un pouvoir. Un Etat de droit est un ensemble d’institutions, des personnes morales, (des entités abstraites) régies par des règles de droit.

L’absence d’homme d’Etat

L’Algérie a un système de pouvoir, conçu à l’ombre de la guerre de libération et mis en œuvre par des hommes sortis de l’ombre pour faire de l’ombre à une démocratie et au développement. Des hommes d’appareils formés dans la clandestinité, l’intrigue et la conspiration. Des qualités certes nécessaires pour renverser l’ordre colonial français mais constituent des obstacles infranchissables pour la construction d’un Etat national moderne et intègre.

Aujourd’hui, une analyse sur la société se fonde sur le professionnalisme, la compétence et l’honnêteté intellectuelle. Or, que constatons-nous ? Certains intellectuels se compromettent ouvertement avec le régime en place afin d’assurer ou de préserver leur statut ; d’autres soutiennent volontairement et fidèlement n’importe quel régime au pouvoir.

Les intellectuels en Algérie ont tendance à véhiculer des valeurs ostentatoires et consommatoires. Nous sommes en présence d’un domaine de la recherche encore inexploré qui considère les phénomènes sociaux tels que la violence, la corruption, l’immigration clandestine, la délinquance juvénile, comme des symptômes et non comme le résultat d’un modèle de développement qui a échoué ; car le développement n’engendre pas seulement des crises économiques mais également une crise identitaire, de rationalité et de légitimité.

L’Algérie paye un prix élevé sur le plan politique et social pour ce type de développement qui a détruit une économie locale de subsistance, poussé à un exode rural massif et à une urbanisation féroce et sauvage sous le crédo du développement et de la modernisation, marginalisé une frange importante de la population et accru la dépendance du pays vis-à-vis de l’étranger. Le tout a exaspéré les contradictions sociales, sources de toutes formes de violence.

L’expérience montre que lorsque la violence se déchaîne, elle engendre son propre dynamisme c’est-à-dire qu’elle génère son propre discours. Un tel discours peut utiliser les matériaux tels que la race, la religion, la langue etc… La démocratie comme soupape de sécurité devient alors une façade derrière laquelle les couches compradores, l’hégémonie étrangère, les sociétés multinationales  travaillent ensemble dans leurs propres intérêts.

L’erreur au départ était la mise en œuvre d’une modèle de développement « soufflé » de l’extérieur, favorisant les puissances métropolitaines et faisant table rase du passé.

Les espoirs que les économistes avaient fondé sur ce modèle de développement ne se sont jamais réalisés d’où un écart entre les programmes politiques et leurs résultats concrets : une politique médiocre et une économie désastreuse.

Il s’agit de prendre conscience de l’échec d’une tentative de développement et de modernisation et d’en tirer les conclusions au plus tôt. C’est pour avoir nié cette évidence que beaucoup de sociétés en cours de modernisation sont devenues vulnérables aux idéologies totalitaires lorsqu’elles cherchaient à se développer, à s’industrialiser. Car le développement crée l’inégalité, la modernisation l’accentue.

Nous sommes théoriquement, politiquement, économiquement et socialement mal préparés aux contradictions et aux incertitudes de la vie sociale moderne.

Les solutions politiques hâtives retenues, telles que la recherche de clientèles institutionnelles à même de désamorcer les conflits, la mise en valeur du régime en glorifiant sans succès un passé révolu, le maintien d’un ordre autoritaire pour justifier les incommensurables dépenses de sécurité, la stabilité sociale pour faire taire toute velléité de contestation mènent vers l’impasse.

Avec le temps, les pays marginaux comme l’Algérie contrôleront de moins en moins leurs ressources et leur espace sur la carte géopolitique qui se dessinent  dans les états major des pays occidentaux. Sur cette carte, les nations faibles n’ont plus de place. La famine sera le critère de sélection biologique dominant.

En politique, les gouvernants ne devraient pas être imprévoyants, les hommes politiques ne devraient pas abuser de leur pouvoir. Ils devraient respecter leur fonction et être capable d’écouter, d’observer et de comprendre les ressorts de la société qu’ils dirigent.

En un mot, avoir une vision globale et lointaine eu égard aux enjeux qui se profilent. La tâche principale d’un gouvernement est d’empêcher qu’une population qui a goûté à la sécurité, au confort et à la facilité de sombrer dans la peur, la famine et le chaos. Car un faible niveau de développement et ou de modernisation n’apporterait qu’amertume et désespoir.

Il nous semble que la solution radicale et définitive à cette situation est la mobilisation interne des ressources, un contrôle politique autonome et la création d’infrastructure pour redresser la production intérieure au lieu du développement des échanges inégalitaires avec l’extérieur par des moyens politiques.

Bref, il s’agit de remédier à une productivité défaillante en renforçant la discipline du travail, en intégrant les marginaux dans la sphère productive, en reculant l’emprise de la rente spéculative sur la société et sur l’économie, en sécurisant les investisseurs locaux et en instaurant des mécanismes obligeant les gouvernants à rendre compte de leur gestion.

Pour ce faire, la société doit posséder ou former des personnes aptes à imaginer des choix potentiels, à apprécier les alternatives et tester les nouvelles possibilités. L’Algérie a arraché son indépendance par l’emploi de la ruse et le courage, elle a raté son développement par manque d’intelligence.

Dr A. Boumezrag

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1 COMMENTAIRE

  1. Je ne soui pas sociologue, mais, présenter la faillite algérienne comme relevant de l’échec d’un modèle de développement me parait un peu simplificateur.
    Il faut aller à la genèse de tout ça. De l’émir AEK à Messali en passant par Mokrani, fadhma n’soumer, aucune révolte ne s’est faite au nom de l’Algérie et des algériens mais, toutes, ce sont élevées au nom de l’islam contre la chrétienté.
    Pas même la déclaration du 1er novembre 54 qui, à plusieurs passage, noie la nation algérienne en devenir dans le chaudron arabo-islamique. Le congrès de la Soummam aurait pu esquisser l’amorce d’un début d’édification de cette nation mais la conférence de Tripoli est venue anéantir tous les espoirs. M’adhelmegh Yahwayi.

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