27 novembre 2022
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L’Algérie ou la gérontocratie qui souffre d’une adolescence vieillie 

REGARD

L’Algérie ou la gérontocratie qui souffre d’une adolescence vieillie 

Le peuple algérien a manifesté pendant 2 ans contre le régime prédateur qui a réussi à briser l’élan populaire.

« Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés. Et lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous, la Bible. » – Jomo Kenyatta. 

Et quand le choix d’une économie de marché s’est apparenté au renforcement d’une classe de capitalistes locaux au détriment des anciens rebelles au Kenya, étant Président, ce dernier déclare : « nous ne laisserons pas des gangsters diriger le Kenya !». 

Lorsque le groupe de l’armée des frontières, qui était armé jusqu’aux dents, est rentré en Algérie après la fin de la guerre ; il n’avait qu’un seul objectif : prendre le pouvoir à n’importe quel prix ! « J’aime mieux mourir dans le maquis que de vivre avec ces loups », avait dit et prédit l’un (colonel Lotfi) des héros de la révolution Algérienne de 1954. 

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Et Hocine Aït Ahmed avec d’anciens officiers de l’ALN, avait même pris les armes en 1963, pour chasser ces loups, mais, il a fini par se rendre compte, qu’il ne s’agissait pas de loups, mais plutôt de gangsters, dont parlait Jomo Kenyatta. Ironie du sort, quand l’Historique, chef de l’OS, père de l’idée de créer le GPRA et père de la diplomatie Algérienne (première travail diplomatique Algérien fait avec M’hamed Yazid à Bandoeng, lors de la première Conférence afro-asiatique en 1952), a fini par être arrêté, emprisonné et condamné à mort. 

Parti unique, primauté du Militaire sur le politique et arabo-islamisme

Ni la résistance des wilayas Historiques IV et III, contre le coup de force du groupe en 1962 avec ses milliers de morts, et encore moins, les démissions de l’APN en 1963, de figures historiques comme Aït Ahmed, Krim Belkacem, Mohamed Khider, Mohamed Boudiaf, Ferhat Abbès, Lakhdar Bouregaa, etc, n’ont réussi à dissuader ces gangsters, qui se sont avérés décidés d’écraser le GPRA, et tous ceux qui parlent de légitimité du pouvoir et/ou de liberté.  

Parti unique, primauté du militaire sur le politique et arabo-islamisme. Ainsi parlaient ces gangsters aux députés qu’ils désignés surtout de par leur d’appartenance au clan, sinon pour leur ignorance totale de la chose politique ; ce qui a fait dire d’ailleurs à Ferhat Abbès, que les députés de ladite Assemblée sont comme des « grenouilles qui cherchent un roi », et au journal ‘Le Canard enchaîné’ d’écrire : « Ce n’est pas un parlement mais une caserne ». 

Et plus grave encore, quand la Kabylie est stigmatisée officiellement, après la condamnation à mort de Hocine Aït Ahmed en 1964, ce qui a dû sonner à l’époque, comme un avertissement clair, à tout opposant, groupe, ou région, voulant se rebeller contre la dictature du groupe. Ainsi donc, la raison du groupe devient celle de l’Etat, afin de légitimer par la suite et dans le temps, tous les abus et les mensonges du pouvoir, voire des emprisonnements et des assassinats politiques, et de prévoir par la terreur toute velléité revendicative en Algérie.    

« Nos villes sont affreusement sales ! » et « la vraie religion, est celle qui se pratique en silence » avait déclaré Hocine Aït Ahmed, quelques jours après sont retour d’exile en 1989. Un constat amer. Pourtant, tout le monde s’accorde à dire, que rien qu’avec le tourisme et l’agriculture, l’Algérie pouvait devenir l’eldorado d’Afrique. Mais, le groupe n’en a jamais voulu, afin d’isoler l’Algérien du reste du monde, pour pouvoir le façonner en « somoun, boukmoun oumyioun » dans le sens, « sourd, muet et aveugle », pour qu’il ne voit de salut, qu’en l’homme fort du système qui le nourrit grâce aux containers, d’où le réflexe pavlovien du roi est mort, vive le roi, chez la majorité des Algériens, à chaque simulacre d’élection. 

Pire encore, quand le système utilise d’une manière très sournoise, de malins prêcheurs, pour proclamer hypocritement, un despote des temps modernes comme un « wali el amr » comme au temps des Califes, sachant bien sur, que l’opportunité de la sous-traitance non déclarée mais à peine voilée, profiterait aux adeptes de l’idéologie du malheur de notre pays, qui diffusent chaque vendredi que Dieu fait, et dans la plupart des mosquées,  beaucoup plus le panarabisme chauviniste, que la parole de Dieu qui interdit toute ségrégation. Et à propos du Califat, chapeau bas à Mustafa Kemal Atatürk qui a décidé de se détacher en 1924, du monde étourdi, qui vit encore replié sur la métaphore de son ancienne grandeur, et qui n’a pas encore été saisi par le vertige du progrès des autres. 

Têtes pensantes à éliminer et gangstérisme à entretenir 

Le gangstérisme n’a pas commencé en Algérie à partir de 1962, mais bien avant cette date, voire juste après les décisions émanant du congrès de la Soummam. Car, faut dire et sans risque de se tromper, que lesdites décisions ont surpris tous ceux qui pensaient à cette époque là, que l’Algérie est encore dans les ténèbres de l’ignorance, et que le soulèvement du premier novembre 1954, finira certainement de la même manière que celui de 1945. 

De Gaulle et Djamel Abdel Nasser ne s’attendaient pas du tout, au génie des organisateurs du dit congrès, et surtout, à l’idée de la « primauté du civil sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur », qui renseigne sur une stratégie qui ne peut être issue que d’une vision lointaine de ses concepteurs, qu’étaient Abane et Ben M’Hidi. Et l’idée d’une Algérie non inféodée à l’Occident ni à l’Egypte, voudrait dire à bon entendeur, que l’Algérie post-indépendante restera Algérienne et point à la ligne ; n’en déplaise à tous ceux qui ne voient en elle, que des richesses à prendre, ou des populations à endoctriner, pour l’égo d’un Zaïm Arabe.  

Et c’est à partir de ce constat surprenant, que la France coloniale a décidé d’arrêter Larbi Ben M’Hidi, et de l’assassiner le 04 mars 1957, en violation des règles internationales de la guerre ; étant chef politique du FLN ; parti reconnu pourtant, comme étant le représentant officiel, quelques semaines avant, lors de la XIe session de l’ONU, le 15 février 1957. Pendant que d’autres, ont rusé avec le Zaïm, pour assassiner Abane Ramdane, en violation des règles de la confiance et de la fraternité ; lui qui a su pourtant, grâce à sa clairvoyance, rassembler toutes les tendances politiques Algériennes autour du FLN, pour unir les forces du pays.   

Et tout compte fait, nous pouvons dire que, si le néocolonialisme et le panarabisme ont réussi à éliminer deux têtes pensantes en 1957, le gangstérisme a assassiné aveuglement, pour raison d’Etat, trois Historiques et membres fondateurs du FLN (Khider, Krim et Boudiaf). Et pour cette même raison, on a emprisonné et condamné à mort Aït Ahmed (Historique et chef de l’OS). Sans oublier Chaâbani qui a été exécuté au temps de Ben Bella, et Ali Messili assassinés au temps de Chadli, pour avoir osé réconcilier deux frères ennemis (Aït Ahmed et Ben Bella), et surtout, pour sa stratégie d’organiser la diaspora autour de ces deux hommes, pour créer une opposition si nécessaire pour l’avenir du pays.

« J’ai tué Boudiaf, normale ! », puis vint Bouteflika

« J’ai tué Boudiaf, normale ! », avait dit Boumaârafi en 1992. Et après ça, il y’a eu plus de 200.000 morts pour une raison que la raison elle-même ignore. Au nom d’Allah pour certains. Et l’équation se complique par un terrorisme atroce, encouragé et financé par les monarchies Arabes jusqu’à ce que Bouteflika revienne (en 1999) de chez ces derniers, avec sa boite de Pandore refoulée dans son fond intérieur durant vingt ans, et d’atterrir d’une manière aussi paradoxale que cela puisse paraître aux yeux des Algériens, en homme qu’il faut, à la place qu’il faut, et au temps qu’il faut…   

Seul contre six autres candidats aux élections présidentielles, Bouteflika a réussi comme en 1962 avec son groupe, à mettre au KO d’une main de fer dans un gant de velours tous ses adversaires, et parmi eux Hocine Aït Ahmed (!). Et ce n’est pas fini. Car, il a su faire durer le round durant vingt ans, pour mettre au KO tout un pays ; en laissant derrière lui des paroles au goût amer, au lieu de citations de sagesse et de grandeur d’âme à la Mandela, voire par exemples : «Je ne sais rien faire d’autres comme métier, sauf celui de Président » et « si le peuple algérien ne veut pas de moi, je rentre chez moi pour le laisser dans sa médiocrité ». 

« Bouteflika est un homme très gentil, mais très versatile », Jacques Chirac. « Si c’était moi qui décidait lors des événements d’avril 80 en Kabylie, je ferai escorter Mouloud Mammeri par deux motards jusqu’à l’Université, et je l’aurais invité après la conférence, dans le meilleur restaurant de Tizi-Ouzou, et le dossier serait clos définitivement juste après le repas » (dixit : Said Sadi). 

Et ceux qui savent ont fini par comprendre, que la boîte de Pandore cachée dans le fond intérieur de celui qui ne sait faire comme métier que celui de Président, contenait tous les maux dont souffre l’Algérie d’aujourd’hui, notamment : Identité travestie, la raison d’Etat, l’Islamisme politique, le Népotisme, la Corruption, l’Intrigue, la Folie des grandeurs, l’esprit de Vengeance, le Vice, la Tromperie, l’Avidité au pouvoir, l’Arrogance, l’Orgueil, etc. 

Installé comme Président, Bouteflika a demandé aux Algériens de prier pour lui, et d’attendre «El’Izza wa el’Karama» (bonheur et prospérité). Chose que la majorité des Algériens avait faite avec une confiance frisant l’idiotie, jusqu’à s’endormir. Et quand, les Hirakistes ont réveillé cette dite majorité (..) le 22 février 2019, celle-ci n’a trouvé ni bonheur ni prospérité, mais, tout juste un pays à genoux comme en 1962. Et le cycle a duré 57 ans ! 

Tag ala men tag ! Ainsi parlait Bouteflika, pour ainsi dire, que tous les coups étaient permis. Alliance familiale, Népotisme, et courtisanerie, pour ne produire à quelques exceptions près, que des responsables Don-Quichottes, qui poussent l’outrecuidance dans l’arrogance de par leurs statuts d’appartenir à la caste des décideurs, jusqu’à considérer les institutions qu’ils dirigent comme un bien privé.  

Des Don-Quichottes incompétent, pour qui l’éthique et la déontologie ne sont que de vains mots. On ne collabore pas, on ordonne, on ne décline pas, on complote, et on tient des réunions agaçantes pour en préparer d’autres, et discuter essentiellement d’achat de matériel (..) et de sous-traitances (..) ! Même les Universités et les Centres de Recherches n’ont pas échappé à ces comportements bizarroïdes et de mauvais augures pour le domaine. 

Et à propos, un expert étranger ayant eu vent des secrets des dieux, nous confia un jour, qu’il était abasourdi de voir affecter dans un centre de technologie et de Développement, des Ingénieurs et des Docteurs d’Etat aux opérations d’inventaire, sous prétextes  ahurissant du manque de plans de charges. Et de nous confier encore, que le comble de l’hérésie dans ce même milieu, était de prétendre faire de la recherche, alors qu’on désigne à la tête d’une armada de PHD et de Docteurs d’Etat (ayant faits preuves par ailleurs de leurs compétences, de par leurs soutenances et publications), des responsables ayant échoués dans leurs poste-graduations avec des bourses à l’étranger, voire même d’autres ici, carrément exclus !  

Conclusion

La gérontocratie soviétique de 1964 à 1985, sous Brejnev, Andropov et Tchernenko, était formée de septuagénaires souffrant de santés et d’esprits figés du temps de la gloire de Staline. Elle a mené à l’effondrement du bloc. Celle qui règne en Algérie est formée du même groupe d’individus qui sont venus des frontières en 1962, pour prendre le pouvoir à n’importe quel prix, après que la guerre soit finie, et parmi eux : Bouteflika. Le groupe a écrasé la résistance pour fonctionner jusqu’à aujourd’hui, par des simulacres d’élections et la fourberie de la raison d’Etat. Sa façade civile (FLN), a fait de la langue Arabe une religion sacrée, ou presque. Et de la religion, juste un outil d’endoctrinement via d’adeptes en mal d’une Ouma, qui n’existe au juste, que dans les hallucinations d’étourdis. 

En Grèce antique, Œdipe a tué son père sur son passage, pour qu’il devienne le héros qui épousa sa mère. En Algérie, « a beau mentir qui vient des frontières ». On falsifie l’histoire afin de tuer ses vrais pères, pour devenir les héros qui violent la mère patrie. Et plus grave encore, quand on tue tout un peuple et son identité, au lendemain d’une nuit de noce extraordinaire passée avec la jolie indépendance. Notre gérontocratie, Souffre-t-elle peut être, d’une adolescence vieille qui n’arrive pas à vieillir ? Freud avait raison. Et le Hirak aussi.

Auteur
Dr. Madjid Akkouche (retraité)

 




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