« Comme tous les hommes de Babylone, j’ai été proconsul. Comme eux tous, esclave, j’ai connu comme eux tous l’omnipotence, l’opprobre, les prisons ». Frictions de Jorge Luis Borges.
Nous nous réjouissons de la libération de l’écrivain Boualem Sansal de la prison. Après sa libération pour des raisons humanitaires d’après les autorités algériennes, ses différentes déclarations d’ailleurs assez controversées sur l’Algérie posent au moins un problème différentiel entre la littérature et la politique.
Plus que toute chose, certaines de ses déclarations diffusées dans les réseaux sociaux marquent à tel point l’étrangeté de sa personnalité par ailleurs écartelée par les extrémités des personnages du proconsul et de l’esclave selon la fiction de Borges, mais des déboires d’une parole malheureuse. Certes, je n’ai pas lu tous ses romans pour juger de l’effet littéraire auquel est soumis tout lecteur, mais par contre, je retiens tout simplement la contradiction de ses propos.
Dans ses différents entretiens, on sent que l’écrivain Boualem Sansal est attiré d’une façon foudroyante par les mœurs de la société algérienne ou, pour ne pas dire, par la chaleur du peuple lorsqu’il raconte ses activités durant son séjour dans la prison de Koléa. On est loin des vindictes populaires contre des personnalités que l’État doit protéger lorsqu’il s’enthousiasme par ailleurs d’avoir été un éducateur sportif des jeunes et moins jeunes détenus islamistes, kabylistes, etc. Et, il s’est même vu octroyer le privilège, en tant que professeur de mathématiques et de physique, de préparer les candidats à l’examen du Bac algérien.
Dans cette longue litanie miséricordieuse, il reconnait avoir été très bien traité par les médecins algériens qui ont par ailleurs diagnostiqué un cancer de la prostate. Beaucoup mieux traité que beaucoup d’autres détenus qui rapportent autrement les conditions exécrables de leur détention, hélas !
L’écrivain se fourvoie dans des domaines qu’il ne maitrise pas du tout. Nous ne saurions lui faire la moindre ingratitude envers ses choix littéraires ou ses cercles d’amitié, mais toujours est-il qu’il est incompréhensible de parler de l’histoire algérienne en attribuant à la symbolique du Makhzen une grandeur injustifiée alors qu’il a de tout temps été soumis à la pression des tribus berbères.
Il faut bien rappeler que durant l’anarchie marocaine sous les Alaouites, l’État était réduit à un minuscule carré du bâti de Fès. Donc, il serait hasardeux de parler de frontières d’État ou de leur limite si on ne prend pas en compte la fluctuation des influences politiques et idéologiques.
Il serait même impardonnable de ne pas reconnaitre que les convoitises du Makhzen sur l’ouest algérien ont toujours provoqué l’hostilité des populations locales. On peut citer de multiples exemples des enchevêtrements tribaux qui ont pesé sur la destinée des régions nord-africaines et sahariennes.
Parmi ces exemples, on peut pour toujours rappeler l’imbroglio politico-parental de Bocchus et de Jugurtha dans l’Antiquité, les guerres incessantes entre Mérinides et Zianides, et même le grand Moulay Ismaïl a été défait en Oranie par le bey de Mascara Mustapha Bouchelagham. Et, d’est vers l’ouest et du nord au sud, il y a eu autant de secousses politiques et guerrières d’où il est impossible de fixer une centralité maghrébine.
Les aventures militaires de l’émir Abdelkader contre l’armée française, et en toute proportion gardée, ressemblent étrangement à celles de l’Antiquité numido-maure. Une fois rappelé cela, il convient de dire que la fiction littéraire qui nous fait rêver peut se saisir à la manière d’un Kafka, d’un Gabriel Marquez, etc., pour transposer la réalité cruelle du pouvoir absolu. Alors, lutter contre un régime autoritaire ne veut pas dire renoncer à sa patrie.
L’écrivain russe Soljenitsyne, qui a pourtant connu le goulag, est bien retourné vivre dans son pays natal après son exil américain. À la manière de Jack London dans « L’appel de la forêt », faute de l’exercice de la Raison pure (Le cabaret de la dernière chance), nous demandons aux autorités algériennes d’accorder un élargissement total à toute l’opposition algérienne et même d’ouvrir un dialogue avec les islamistes radicaux et les Makistes. Hélas! il en parle étrangement de la Kabylie et de la problématique berbère dont le grand punicologue, M’hamed Fanter s’est offusqué de l’exclusivité que se sont octroyée certains Berbéristes.
Sur ce plan, nous préférons l’encouragement adressé par Mouloud Mammeri au militant guanche Antonio Cubillo, un réfugié canarien non berbérophone.
Fatah Hamitouche


A l’attention de fatah hamitouche
« Il serait même impardonnable de ne pas reconnaître que les convoitises du makhzen sur l’ouest algérien ont toujours provoqué l’hostilité des populations locales » écrivez vous est ce exact en toute période? je n’en suis pas convaincu je suis tombé par hasard sur une thèse universitaire québécoise qui signale que durant la période de l’émir Abdelkader les élites tlemcéniennes ont signé une pétition demandant le rattachement à la monarchie marocaine ce qui ne contredit pas le patriotisme de ces mêmes élites d’aujourd ‘hui à moins de tomber dans un certain anachronisme.
Bonjour Monsieur,
je connais cet épisode mouvementé par ailleurs récurrent dans l’histoire de l’Afrique du Nord mais il n’affecte pas beaucoup le phénomène diffractif des organisations politiques, Etat-dynastie ,principauté, confédération de tribus et même la tribu elle-même Je veux dire que ce n’est pas propre à l’organisation étatique des Hachems et leurs affiliés; Je note que vous avez oublié de mentionner , les tribus marocaines sous influence du Makhzen qui ont rallié la résistance algérienne. Le sultan a considéré ce ralliement comme une menace conspiratrice contre le royaume. Quant à moi, je crois qu’il n’ y a pas de centralité attractive mais j’entrevois un système d’influence des pôles variables des groupes sociaux qui interfèrent aussi bien sur le domaine de l’État que de celui de la tribu; En l’état, on ne connaît pas du tout, les lois qui régissent ce phénomène; A mon humble avis, la théorie du rapport entre le Bled Makhzen et Bled Siba est insuffisante pour expliquer la totalité du phénomène;
Cordialement.
Fatah Hamitouche
« D’une cage l’autre »
Voyage au bout de l’inouï
J’avoue que la littérature francophone algérienne ne m’a jamais vraiment enthousiasmé, tant qu’elle demeurait enfermée dans un « butin de guerrisme » : un instrument, une arme, parfois une vitrine, où l’on exhibe un savoir-écrire missionné, au service d’une posture plus que d’une vision.
Avec Sansal, pourtant, j’ai cru entrevoir une échappée possible : une tentative de sortir de cette assignation par le biais de la fiction, d’utiliser le roman comme léger décentrement, une mise à distance. Mais Sansal, se suffisant et semblant ne se lire que lui-même, n’a pas su s’affranchir de l’enfermement que représentait ce « butin de guerrisme », qui s’abattit sur Mammeri pour « La Colline oubliée », comparée à « la Colline inspirée » de Maurras. Au lieu de transcender cette cage idéologique, il s’y enfonce, malgré les échappées que la fiction aurait pu lui offrir. Déjà, il fricotait avec un milieu qui portait ses idées davantage qu’il ne les assumait, un milieu qui le surthéorisait et le sublimait presque malgré lui.
Quand j’observais la frivolité de ses égarements, j’ai cru entrevoir une dissonance cognitivo-comportementale : un conflit potentiel entre pensée et pratique. Il est perdu fors de son imaginaire , de la fiction . Mais cette dissonance resta fragile ; au-delà, il m’a semblé qu’il fût consonnant, ses conduites en harmonie avec l’écosystème qui l’entourait.
Jusque-là, ses idées ne circulaient que dans sa tête ou dans un petit cercle d’amis acquis à sa vision. Lorsqu’il les exprima publiquement, il choisit la fiction comme voile, la parabole comme bouclier, la métaphore comme chambre d’écho. Le lecteur devait suivre la pente interprétative tandis que l’auteur, prudemment, s’abritait derrière l’ambiguïté de son discours. Ce glissement n’est pas sans rappeler — toutes proportions gardées — la manière dont Heidegger, longtemps avant son engagement officiel, avait laissé affleurer dans certaines zones de son œuvre une sensibilité politico-ontologique susceptible d’être interprétée comme le terreau d’une dérive ultérieure. Non pas que Sansal partage la profondeur philosophique ou l’itinéraire heideggérien — loin s’en faut — mais dans les deux cas, on observe un phénomène analogue : une pensée qui flotte à la lisière du politique, qui ne s’assume pas encore, mais qui oriente déjà.
Peu d’intellectuels le suivirent sur ce terrain glissant, mais un milieu friand d’essentialisme et coutumier de ces eaux trouva immédiatement son compte. Là où il cherchait des lecteurs exigeants, il découvrit un public attentif et encourageant — mais populisante, déjà acclimaté à cette fange idéologique, en quête de confirmation plutôt que de complexité. La dynamique s’inversa : ce n’était plus l’œuvre qui tirait le lecteur vers le haut, mais le lectorat qui tirait l’auteur vers le bas. Dans ce public devenu captif, Sansal crut trouver un espace d’écoute. En réalité, il trouva un miroir déformant : un public qui ne cherchait plus l’illumination mais la récréation polémique, le poussant vers la déblatération, l’assertion gratuite, l’affirmation farfelue. Au lieu d’approfondir sa réflexion, il la dilua, la dispersa et la simplifia, glissant du littéraire au verbeux, du romanesque à l’opinion brute. Ainsi, la dérive ne naît pas d’une pensée puissante, mais du confort d’un écosystème prêt à applaudir pour les mauvaises raisons.
Dans « D’un château l’autre », Céline raconte sa fuite après la débâcle : sa « péroraison » n’est pas une retraite, mais une sortie de scène burlesque et désabusée. Il s’éloigne, protégé par le chaos — embouteillages, fumée, tumulte, klaxons — instruments pour masquer sa fuite. Sa sortie n’est pas héroïque : prudente, feinte, mais théâtrale.
Mishima, lui, choisit la scène avec audace jusqu’au sacrifice ultime. Il incarne ses idées, transformant sa vie en performance et sa mort en manifeste. Là où Céline se retire, Mishima se livre ; là où l’un se cache derrière le burlesque, l’autre s’expose jusqu’au symbole.
Et Sansal ? À Frontières, il offre son corps et sa parole au spectacle public, mais à sa manière : prudent, feignant la légèreté, guidé par le verbe plus que par l’engagement clair. Sa sortie n’a rien de burlesque ni d’héroïque : elle est calculée, complaisante, un numéro où provocation et prudence se conjuguent. Il laisse derrière lui un tumulte que sa voix seule déclenche ; à l’inverse de Mishima, il ne transforme pas le geste en manifeste : c’est l’esclandre qui parle pour lui.
Même dans ce qu’il croyait être une ascension intellectuelle, Sansal n’a jamais trouvé sa place auprès de la véritable élite française — celle qui discute, contredit, éprouve et ne se contente pas d’applaudir. Il s’est retrouvé dans le star-système médiatico-culturel, celui qui fabrique des figures d’opinion plus que des penseurs. C’est de cette opinion volatile et médiatisée qu’il est devenu le produit, habilement vendu et façonné par un espace public friand de polémiques prêtes à consommer.
C’est précisément là, sur cette route tracée par approximations, hésitations et concessions, que Frontières surgit. Il n’y entre pas héroïquement, ni dans un geste de grandeur calculée : il y pénètre avec prudence, feignant la légèreté, guidé par le verbe plus que par l’engagement clair. Une maladresse fatale, le point de convergence d’un cheminement qui ne pouvait que le conduire là, là où l’édifice théorique bâti dans la fiction commence à montrer ses limites ; c’est le bafouillage. Et c’est dans ce tumulte médiatique qu’émerge la vraie nature de son geste : non une sortie éclatante, mais l’évidence d’une trajectoire poussée jusqu’au bout de ses contradictions.
Ainsi : Heidegger fascine par ce qu’il a fait, Mishima par ce qu’il a osé incarner, Genet par ce qu’il a su écrire, et Sansal — lui — par l’esclandre qui l’a porté bien au-delà de son œuvre.
Sansal, lui, a dit dans une interview à la 2, avec une déconcertante mauvaise foi : « Je ne choisis pas mes amis en fonction de leurs orientations politiques. » Ah bon ? C’est selon leurs cravates, alors ? Quelles autres affinités entretient-il avec eux ?
Voilà ma position : pas dans la littérature. Pas dans l’emballement. Dans la critique d’une compromission ouverte.
Azul Hend –
« Je ne choisis pas mes amis en fonction de leurs orientations politiques.»
Mirde !!! alors comme ca cette declaration s’est arrete’ devant d’autres portes pour vacarmer. Le meme jour qu’un Yankee affirme a tous ses invite’s que Halloween est une fete 100% Yankette. J’etai KO instantanne’. Il ne me manquait que m’ecrouler. Mais zut, pas possible, trop bien allonge’ sur son fauteuil-berceur « recliner ». Vais-je me lever pour tomber? Biensur que non. Heureusement que je n’etais pas seul dans la salle. Il y avait aussi un comedien(un vrai pro de l’improv. ca existe toujours), qui passe vite de la grimace(expression facial de ce qui ne se dit) aux techniques d’effondrement. Bref, tout ca pour dire que c’est, comme disent les pendants(sens Americain) politiques – « I agree 1000% » – remarqueras que les 900 autres pourcents, c’est un bonus non merite’, celui qu’offrent les parains mafieux aux nouveaux lieutenants.
Que voulez-vous qu’ils fassent d’autres? Inviter sur leurs plateaux de vrais opposants, de vrais penseurs? Ceux-la, helas, pour fuir l’anegerie ont eut a fuir fransa !
Tout cela dit, je suppose que ce n’etait qu’une consigne de son Editeur – qui ne cherche pas a rentrer dans le vif du sujet, mais a le tenir allume’ … dans l’agenda – tant que le Messiah n’est pas arrive’, ou est-ce revenu ? N’en ris pas, c’est le nouvel episode en Amerique, qui va finir eventuellement par arriver en France – comme un Black Friday.
Boualem sansal
En plus de ses lacunes relatives à l’histoire et la géographie de l ‘Afrique du Nord il a un sérieux problème avec le conditionnel de la langue Française.
Je ne suis pas contre sa libération fut elle imposée.
Mais comme il s’est plaint du manque de livres ; les autorités illégitime (algériennes) auraient été inspirées de mettre à sa disposition les huit tomes de G’sel.
Moua si je n’avais pas lu tous ses romans , j’ai dû finir par me faire violence et lire le dernier. Qui a conforté la vision que j’ai de Sansal.
Par contre je suis étonné que des sommités intellectuelles algériennes avouent qu’ils n’ont pas lu ses romans. Car à mounavi sans oeufs …. Qu’est-ce que je radote encore ? Je voulais dire que sans une lecture approfondie de ses romans on ne pourrait pas comprendre non pas la drive de cet écrivain mais le cheminement et on reste dans le constat. Bien sûr Sansal n’a jamais fasciné chez lui, c’est ce qu’il eût fallu d’abord interroger. Or, on considère que c’est un écrivain qui a du talent. J ‘insiste sur le fait que sans la lecture de ses romans on ne saurait saisir pleinement son profil.
Si, N Hmitouche avait lu tous ses romans il n’écrirait pas ceci : « L’écrivain se fourvoie dans des domaines qu’il ne maitrise pas du tout » Parce que Sansal n’est en rien un théoricien. i l fait la même approche dans ses romans mais par le biais , l’excuse de la fiction.
Je recommanderais : Le serment des barbares, » le village de l’allemand et « 2084 ».