29 juin 2022
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L’élection, cette maladie des Algériens !

REGARD

L’élection, cette maladie des Algériens !

Il n’y a que dans le miracle du vaccin qu’inoculer le microbe guérit. Dans une féroce dictature militaire, il fait son office naturel, celui de tuer tous espoirs de vie. Le droit, comme en toutes disciplines, s’accorde avec les métaphores, allons plus loin pour l’expliquer.

En fait, un enfant le comprendrait et il n’est donc pas utile d’une érudition en droit ou en sciences politiques pour le ressentir. Si le garçon le plus violent de la cour de récréation, celui qui moleste, insulte et tyrannise les autres, est rejoint par ses petits camarades, c’est qu’il y a soumission, intérêt ou adoration.

De même, il n’y a pas d’autres explications rationnelles que ces trois raisons lorsqu’un peuple se précipite tous les trente-six du mois pour faire la queue et voter suite à l’appel du régime militaire qui l’a soumis, martyrisé et spolié jusqu’à la dernière guenille.

Il reste bien encore l’explication de l’extrême insuffisance cognitive mais elle ne résiste pas à deux objections. La première est qu’un peuple n’est jamais stupide en soi, nous le serions nous-mêmes en l’affirmant avec beaucoup de prétention et d’irrespect.

La seconde est que, même s’il reste des cas incurables comme celui de la députée Naïma Salhi, espèce rare de l’humanité, il y a tout de même eu une considérable montée en instruction du peuple Algérien depuis notre jeunesse algérienne, il y a si longtemps.

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Le pétrole n’a pas produit que des abrutis ou des opportunistes, loin s’en faut, bien entendu. Alors il faut aller rechercher d’autres réponses, plus satisfaisantes, qui se rapprocheraient d’une vérité qui reste impossible à circonscrire dans sa totalité. C’est paradoxalement dans le droit qu’elle se trouve ou, plutôt, dans ce que pensent les gens être le droit.

Je l’ai tellement constaté dans mon ancienne fonction de responsable des affaires juridiques, en fait, responsable du dossier sur la Constituante. Mais avant de présenter les points argumentaires qui expliquent que les Algériens se précipitent dans les urnes du loup qui les dévore, il faut poser les bases du droit dans ce qu’il a de plus évident et clairement énoncé.

Les conditions de nullité des pactes humains, privés et publics

Un élève de première année en droit, même le moins assidu et le moins doué, sait qu’il existe des conditions de nullité absolue des contrats.

Pas la peine d’exposer un cours de droit ici, prenons des exemples les plus populairement accessibles, ce qui nous fait revenir au chef de bande de la récréation dans notre métaphore du début.

On dit qu’un contrat est valide si le consentement est libre et éclairé, ce qui est évident. Si une arme est pointée sur la tempe du signataire, un peu comme les muscles du chef de bande, pas la peine d’un doctorat en droit pour conclure que le consentement est extorqué par la terreur. On dira qu’il est de nullité absolue et n’existe dans aucun de ses effets.

En ce qui concerne une élection organisée par un état, le même raisonnement est applicable. Si cet état emprisonne les journalistes, sème la terreur en muselant l’expression libre et se comporte en prédateur corrupteur, notamment par sa branche armée, qui oserait prétendre qu’il n’y a pas nullité du mandat électif ?

Nous pouvons aller même plus loin, il n’y a aucune légitimité en droit qui puisse valider l’existence d’un lien juridique licite entre la population et cet Etat. C’est pourtant bien ce qui se passe en Algérie puisque des centaines de milliers de citoyens se précipitent dans les bureaux de vote au moindre appel de cet État.

La population Algérienne a validé la dictature militaire en déposant un bulletin dans l’urne, à de multiples reprises. Elle ne semblait pas terrorisée à le faire car les youyous et les danses dans les rues, je ne les ai pas rêvés.

Puisque, selon l’expression consacrée, on ne peut changer un peuple, examinons d’autres responsabilités.

La responsabilité lourde des intellectuels

Comme nous avions joué le jeu institutionnel, au départ, c’était mon rôle de publier des articles pédagogiques à ce sujet tout autant que sur les droits fondamentaux.

Mais dès lors que l’armée nous a expliqué qu’elle n’entendait pas modifier son ADN, il était devenu irresponsable, même coupable, de poursuivre dans les publications juridiques « normales », comme si de rien n’était.

Des centaines d’interventions d’intellectuels sont allés sur ce terrain pour bénéficier d’une réputation qui, seule, était leur objectif.

En rédigeant des articles sur le droit, comme un polycopié de fac, c’était légitimer les élections. Puisque commenter les aspects juridiques et notionnels du droit, face à un féroce régime militaire, c’est se rendre coupable de compromission.

Pourquoi voulez-vous que la population refuse d’aller aux urnes si les intellectuels proclament la normalité du processus ?

Pour moi, aller voter dans un régime de généraux, c’est lui donner la force du droit. C’est comme si nos gamins de la cour de récréation acceptent de jouer avec le méchant qui les terrorise, d’aller au cinéma avec lui et de partager la course aux filles avec des rires communs. Ils ne sont plus légitimes lorsqu’ils se plaignent de recevoir des coups et d’être terrorisés par lui.

On est en droit de dire que les gamins sont responsables de la terreur à laquelle ils sont  soumis de la part de ce caïd. Il en est de même des intellectuels qui ont banalisé le vote, aux yeux des citoyens.

Mais dans ce type de processus, il y a toujours une chaîne de responsabilités comme le décrivait brillamment Hannah Arendt.

Le stupide slogan «boycott » de mon ancien parti politique Je suis l’un des plus sévères envers mes anciens camarades qui ont, eux également, une très lourde responsabilité. Tout d’abord le fameux « j’y vais, j’y vais pas » qui a provoqué la risée de toute l’Algérie, à juste titre.

Je l’ai si souvent répété, nous avions joué le jeu une fois, les chars étaient descendus dans la rue, il fallait immédiatement se positionner dans un « ailleurs » que le terme « Boycott » ne peut transcrire dans sa définition, bien au contraire.

Se poser la question d’une participation, c’est ouvrir le champ des possibles. Il fallait immédiatement sortir de toute éventualité de se repérer, y compris sémantiquement, dans un État militaire. Cela est inconcevable pour moi.

Discuter de la pertinence ou non d’un vote dans un régime militaire est aux antipodes de ma position et de l’intelligence minimale du démocrate et de l’humaniste, y compris aux lendemains d’une énorme beuverie arrosée en alcool (et je ne bois jamais d’alcool).    

D’ailleurs, ce qui devait arriver est arrivé, les sirènes de la représentation nationale, des titres et de la vie bien douillette de députés les a avalés comme le naïf le serait par notre chef de bande du collège.

Cette participation est la honte qui a sali à jamais le parti que j’avais rejoint et dont je ne regrette aucunement de l’avoir fait, à l’époque de mon adhésion. Mais des démocrates qui participent à une assemblée de pantins, entièrement entre les mains d’un régime militaire, je ne peux faire autrement qu’accuser très lourdement leur compromission.

Ce sont les Lumières qui ont abouti à la révolution, pas le contraire

Comme toujours, il ne faut jamais se prêter à l’accusation de donneur de leçons et aller jusqu’au bout du raisonnement pour essayer de repérer ceux qui ont été de bonne foi et dont on ne peut les accuser de compromission.

Quelques rares intellectuels, parfois journalistes, m’ont opposé un argument qui n’est pas à rejeter sans le soumettre à l’épreuve de la réflexion.

Leur argumentaire est des plus classiques en histoire des sociologies politiques. Il y a toujours ceux qui refusent de donner prise au moindre risque de succomber au piège des dictatures militaires, comme moi, mais il y a aussi des personnes, en toute bonne foi, qui misent sur le pendant traditionnel de ma position.

Ils pensent que la meilleure façon de modifier un système autocratique  est de participer afin d’œuvrer à sa transformation, de « l’intérieur ». Cette argumentation leur permet de participer tout en ménageant leur conscience d’intellectuels.

Ils argumentent que c’est le vote qui, petit à petit, va créer un climat d’adhésion au processus démocratique. Un peu comme les scientifiques qui déclarent que la « fonction crée l’organe ».

Je les ai souvent rencontrés et j’ai souvent débattu avec eux. Leur croyance sincère ne faisait aucun doute mais je ne peux, là également, adhérer à une thèse qui s’est toujours avérée désastreuse au bout du compte.

Composer avec un régime militaire pour essayer de le transformer de l’intérieur, il n’y a que les naïfs (lourdement naïfs) qui puissent le penser. Et en fin de compte, au bout du bout du processus, ces naïfs basculent toujours, absolument toujours, dans le camp des compromis.

Non, ce n’est pas la colère du peuple qui a entraîné la révolution de 1789 mais l’émergence  des Lumières du XVIIIe siècle qui l’ont précédée. Ce que je veux dire est que la démocratie et l’humanisme se développent toujours en dehors des cadres institutionnels, des conventions et des codes qu’ils veulent éliminer pour installer un État de raison et de progrès.

Conclusion

Les jeunes manifestants pensent avoir provoqué la révolution, nous en sommes très loin. Ce sont les militaires qui ont écarté le Président, ce sont les militaires, encore une fois, qui ont sifflé la fin de la partie pour leurs anciens protégés. Si c’est cela, une révolution, il faut que je révise beaucoup et me remettre à jour de mes certitudes.

Alors, les Algériens vont-ils, encore une fois, se précipiter vers les urnes, au premier appel du régime militaire qui, jurera avoir changé et être du côté de la démocratie et de l’humanisme ?

Je maintiens que croire en la sincérité d’un régime militaire dans son projet de démocratie, nous ne serions plus dans le domaine du droit et de la science politique mais dans celui de la psychanalyse.

Je donne donc la parole à ces spécialistes puisque j’ai atteint le point culminant de mon incompétence, comme dans le principe de Peter.

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, Enseignant de droit

 




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