22 mai 2022
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Une « Gauloise » confie son admiration pour les lendemains algériens

REGARD

Une « Gauloise » confie son admiration pour les lendemains algériens

Depuis le 3 mars, je suis chaque dimanche place de la République, à Paris.

Je ne suis pas Algérienne. Je suis 100% Gauloise, Gawriya mia bil mia. Alors qu’est-ce que je fais, pendue aux comptes Facebook de mes amis présents à Alger, à me noyer dans la presse, à collecter photos et slogans, à courir tel concert ou telle conférence ? A me tenir au courant, à la minute près, de chaque avancée de ce moment historique auquel nous assistons ?

Je suis tombée dans l’Algérie, comme Obélix dans sa potion magique pour filer la métaphore gauloise, il y a 24 ans. Ce pays m’a happée et ne m’a plus jamais lâchée. J’ai l’Algérie au cœur et je ne vois pas pourquoi je ne pourrais le crier haut et fort comme d’autres revendiquent leur amour pour l’Espagne ou les Etats-Unis. Les Algériens sont d’ailleurs les premiers étonnés et il y a deux ans, lorsque j’ai pris le train pour Oran et Tlemcen seule, que j’ai loué un petit appartement rue Khemisti et que j’ai découvert la région comme j’en rêvais depuis si longtemps, je n’ai pas manqué de ressentir les craintes de mes amis Algérois.

Car la crainte de l’Autre est (était ?) une réalité bien présente en Algérie. Je suis de cette génération dite de la Décennie noire. Celle où pas une mémoire n’a été affectée voire ravagée par ce qu’elle a vu ou vécu. La peur s’est infiltrée sournoisement : la peur de la nuit, la peur de l’autre à un niveau horizontal et la méfiance de l’autre au niveau vertical.

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Alger, le soir, c’est tristounet. Peu d’endroits pour sortir, peu de lieux propices à la rencontre et à l’échange. Le lien social, après ces terribles années, était devenu le lien familial. C’est quelque chose qui m’a beaucoup frappée au cours de mes voyages entre 1999 et 2016 : comme la cellule familiale marquait l’espace. Hors d’elle, presque rien. Sauf pour la jeune génération. Celle que l’on voit au premier plan dans la rue aujourd’hui.

Depuis le 22 février, ce marqueur semble avoir sauté. L’espace est devenu partagé et le lien est redevenu national. Cela fait chaud au cœur de constater, vendredi après vendredi, que tous sont bien là et marchent : femmes et hommes, vieux, jeunes, Kabyles, Chaouis, avocats, chômeurs…

Loin de moi l’utopisme. La société algérienne est une société extrêmement polarisée et les débats à venir seront houleux, voire chaotiques. Le populisme guette, le conspirationnisme également, entre autres. Mais à constater cet élan, voir le monde entier saluer ce civisme, l’absence de violence, je me prends à rêver qu’une exemplarité de transition démocratique est en train de naître sous nos yeux.

Oui, cela me fait chaud au cœur, en toute amitié. Car l’Algérie est au cœur de bien des Français. Sans volonté néocoloniale, sans arrière-pensées de je ne sais pas quoi. Je sais que le chemin sera long pour que le mot Fraternité gagne entre nous. Déjà, les slogans sur l’ingérence française fleurissent. Certes, je ne serai jamais dans la peau de l’ancien colonisé et mon regard sera souvent considéré comme condescendant mais je continuerai d’être là. A observer, à admirer. Et à aimer. Tout simplement.

Rendez-vous dimanche prochain.

Emilie Abzr

Paris, le 4 avril 2019

 

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Emilie Abzr

 




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