26 septembre 2022
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Les 20 ans d’autocratie de Bouteflika : Rétrospective d’un bilan négatif de  A à Z

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Les 20 ans d’autocratie de Bouteflika : Rétrospective d’un bilan négatif de  A à Z

Au moment où le peuple réclame le départ d’un système incarné par Bouteflika et ses soutiens et aspire à démarrer une seconde république, je souhaite revenir dans cette contribution sur son bilan, négatif à plus d’un titre et tenter de comprendre le pourquoi du ras le bol général d’une population qui a subi son diktat.

J’ai choisi de présenter ce bilan en 26 sections, en parcourant l’alphabet, et en consacrant une section pour chacune de ses lettres. Vous comprendrez aussi, que cette rétrospective n’est pas exhaustive.

Affaires a été le mot clé principal du système. Des affaires, il y en a eu plusieurs. Elles ont jalonné le règne de Bouteflika et ont déferlé la chronique, et ont été relayées par tous les médias y compris les journaux étrangers. On se rappellera bien sûr de l’immense scandale et gouffre financier de l’autoroute Est-Ouest qui a fait perdre à l’Etat Algérien près de 4 milliards de $. L’Algérie s’est payé l’autoroute la plus chère au monde, sans compter toutes les malfaçons apparues après sa mise en service. Le procès expéditif des hauts responsables n’a inquiété aucun des mis en cause par ce scandale, malgré les accusations graves retenues contre eux. On n’oubliera pas aussi le feuilleton Sonatrach en quatre épisodes (Sonatrach 1, 2, 3 et 4) où plusieurs prévenus ont été poursuivis pour corruption et passation illégale de marchés publics. Ou encore, qui pourrait oublier l’affaire Khalifa aux multiples rebondissements, qu’on pourrait relater sur plusieurs pages.

Bouteflika a longtemps caressé l’espoir d’être nominé au prix Nobel de la paix en lançant la concorde civile (1999) puis la concorde nationale (2005). Ironie du sort, c’est Fakhamatouhou le Peuple, qui l’a dégagé, qui est en passe d’être nominé au prix Nobel de la paix.

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La Constitution a été un terrain de jeu de ce système, puisqu’elle a été révisée trois fois en 20 ans (2002, 2008 et 2016), un record ! Alors que la dernière révision de la constitution Française remonte à 1958, Italienne à 1948, Espagnole à 1978. Jamais une constitution n’a été aussi triturée. On retiendra que dans la dernière version de la constitution, Tamazight devient langue officielle, alors que l’arabe demeure langue officielle de l’Etat. Par ailleurs, cette même constitution empêche les binationaux d’occuper certaines hautes fonctions politiques. On relève là une contradiction de fond, car au moment où l’Algérie appelle sa diaspora à la rescousse pour investir dans son économie, qui pour la majorité jouissent de la bi-nationalité, on brandit l’article 51 qui vise à les exclure du champ politique. On n’oubliera pas de relever que cette dernière version rétablit la limite des deux mandats présidentiels, qui avaient été supprimés pour permettre à Bouteflika de briguer un 3° mandat.

La Dégradation du pouvoir d’achat aura marqué cette période depuis 1999 à ce jour. La valeur du dinar n’a cessé de s’éroder en passant de 1$ à 66.64 DA (1999) à 1$ à 120 DA (2019), soit une érosion de 100% en vingt ans. Cette inflation a eu pour effet de plomber l’épargne et d’altérer la confiance des ménages. Le plus inquiétant est que les réserves de change qui étaient de 200 milliards de $ avant 2014 ont fondu à 82 milliards de $, selon les derniers chiffres de la banque d’Algérie. Cet effondrement des réserves de change lié aux dépenses extérieures non maitrisées et combiné à l’absence de réformes économiques sérieuses va inévitablement pousser l’Algérie à recourir à l’endettement extérieur. Au final, ce système nous léguera, à coup sûr, un pays au bord de l’abime.

L’Ecole algérienne est incontestablement sinistrée. Un classement des systèmes éducatifs à travers le monde place l’Algérie au bas du tableau, derrière des pays en guerre tels que la Lybie, l’Irak, le Yémen et la Syrie. Une école républicaine sensée former les citoyens de demain, ouverte sur le monde moderne et les nouvelles technologies est réduite à discuter de, comment endiguer la fraude au bac ? Ou encore comment freiner la fuite des sujets du bac ? La crédibilité de cet examen en est ainsi entachée. Une école sensée discuter des réformes à mener pour son ouverture sur le monde, par l’apprentissage des langues étrangères, et la redéfinition de la place incontournable des matières scientifiques dans les programmes, en se tournant vers les nouvelles technologies, est réduite à débattre de la légalité d’effectuer ou non la prière collective dans les établissements scolaires. Tant d’énergie dépensée sur des questions de forme au détriment des questions de fond. La Ministre Benghrebrit, en dépit d’une campagne féroce sur les réseaux sociaux, s’est retrouvée à mener seule un combat dans son département contre certains courants islamistes, souhaitant transformer l’école républicaine en Zaouia.

La Fuite des cadres de valeur a provoqué une hémorragie dans notre pays. Cette matière grise en quête d’un environnement plus favorable à son épanouissement n’hésite pas à tout plaquer pour tenter l’émigration avec le risque de recommencer leur vie à zéro dans les sociétés occidentales. Il n’y a pas une université, un hôpital ou un laboratoire de recherche en Europe ou ailleurs qui ne compte pas un de nos concitoyens qui fait le bonheur de ces institutions. Ce départ massif est la conséquence de la politique méprisante (salaires dérisoires, manque de moyens ….) de nos dirigeants à l’égard de son élite. Les différents gouvernements qui se sont succédé ont essayé timidement de faire revenir les chercheurs et professeurs de notre diaspora, conséquence, ils ont oublié de retenir l’élite restée au pays et qui finira par prendre le même chemin de l’exil.

Le Gaspillage de l’argent public n’a jamais été aussi effréné que durant cette période. Des investissements lourds ont été consentis sans qu’ils ne soient à leurs tours générateurs de richesses. La mosquée d’Alger en est l’exemple le plus controversé, elle a englouti des sommes astronomiques, au moment même où l’on parlait d’austérité. Le plus inquiétant est que les coûts n’ont jamais été maitrisé, car sans cesse en réévaluation. Ceci dénote un manque d’anticipation de nos dirigeants. On pourrait aussi parler de l’évasion fiscale, de la surfacturation et des transferts illicites des devises qui font aujourd’hui l’actualité des médias. Pas étonnant d’entendre le petit peuple, à qui on demande de serrer la ceinture pour raison d’austérité, scander dans le Hirak « Klitou el blad ».

La Harga, phénomène de l’émigration clandestine apparu depuis le début des années 2000, durant le règne de Bouteflika a pris des ampleurs de plus en plus alarmantes ces dernières années. Il ne se passe pas une semaine sans qu’on apprenne que des jeunes au péril de leur vie tentent la traversée de la méditerranée pour rejoindre les côtes Européennes. Ce phénomène est un indicateur de la mal vie et du désespoir ressenti par nos jeunes qui ne voient aucune lueur d’espoir dans leur avenir, et dénote de la perte de confiance de cette jeunesse envers la famille politique. Paradoxalement, durant la décennie noire où le pays était à feu et à sang, ce phénomène était inexistant, et que ce phénomène s’est arrêté depuis le début du Hirak. Ceci laisse songeur…

L’Incompétence a été l’un des maux qui a gangréné les institutions de l’Etat durant cette période. La mauvaise gestion des différents services publics, censés aider et améliorer le quotidien du citoyen a développé chez lui une phobie administrative. Le décalage de notre administration, qui n’a pas su se moderniser avec le temps, est effaant, si bien que le fonctionnaire est devenu synonyme de paresseux. Ceci est la conséquence du manque de visibilité de nos responsables, qui se sont toujours attelés à adapter à la réalité Algérienne, des concepts importés de l’étranger. La promotion et la nomination obéissant à une logique clientéliste, en contradiction avec une logique de compétence, y a aussi grandement contribué.

Les Jeunes empêtrés dans des dispositifs d’insertion. Avec un taux de chômage avoisinant les 12%, les jeunes diplômés, sans expérience et sans qualification, sont dirigés vers des dispositifs Ansej, Angem…, appâtés par les divers avantages financiers et fiscaux. La vingtaine, ils sont propulsés chef d’entreprise, sans mode d’emploi, et déjà endettés de plusieurs millions de dinars auprès des banques. A en juger par les différents contentieux avec ces institutions pour non remboursement, ces dispositifs enregistrent un taux d’échec conséquent. Pour perdurer, le système est plus dans une logique de redistribution de la rente pétrolière et de maintien de la paix sociale que dans une logique d’accompagnement et d’orientation de porteurs de projets, initiés par des études de marché ou les besoins économiques du pays.

La Kabylie est la région qui aura payé le lourd tribut durant cette période. L’histoire retiendra que les 128 martyrs du printemps noir (2001) sont tombés sous les balles assassines de ce système. Des crimes restés impunis, par ailleurs, et dont la région n’a eu de cesse à réclamer justice. Pour cette région rebelle, Bouteflika vouait une haine qu’il n’a jamais su contenir, à telle enseigne que lors d’un meeting à Tizi Ouzou en 1999, il ironisera « de loin je vous voyais comme des géants, de près vous n’êtes que des nains», ou encore lors d’un discours à Tizi-Ouzou, il lancera «… je suis venu ici crever votre ballon de baudruche…..Tamazight ne sera jamais officielle…». Il n’avait pas compris que l’histoire était en marche et que Tamazight allait arracher son officialisation.

Ceci a été le fruit d’un long combat des visionnaires du mouvement national (Crise berbériste de 1949), de Mouloud Mammeri, de Bessaoud Mohand Arab, repris par les militants de la cause berbère (Printemps 1980) sans oublier le soutien et la détermination de toute une communauté (Greve du cartable). Ces militants pionniers du combat démocratique de l’Algérie indépendante sont, au moment où je rédige cette contribution, l’objet de campagnes de dénigrements. Pour ma part, je vois cela comme un dernier baroud d’honneur d’un régime en voie d’extinction, qui veut jeter le discrédit sur des acteurs politiques d’aujourd’hui qui deviendront incontestablement des éclaireurs de l’Algérie de demain.

Les Laudateurs ou Louangeurs, flatteurs ou bien chiyatines (en langue arabe) sont intimement liés à l’entourage du système. Des responsables occupant de hautes fonctions de l’Etat ont été réduit à honorer ou à se prosterner devant le portrait du président, de plus en plus absent car affaibli par sa maladie. Quelle piètre image donnaient ces gouvernants à notre jeunesse et à l’opinion internationale! L’apparition de ce portrait que le peuple finira par appeler le cadre donnera la preuve de l’absence de Bouteflika des affaires de l’Etat. Le système a dès lors continué à communiquer avec le peuple par portrait interposé ou missive rédigée on ne sait par qui, signant ainsi une rupture nette de la communication avec les citoyens. Ces états de fait ont mis en évidence le manque de considération et de respect à l’égard des algériens. Le peuple s’est senti humilié et l’Algérie est devenue la risée des médias occidentaux. Mais l’humiliation de trop, a été la décision de vouloir faire briguer un cinquième mandat au cadre.

La Misère a été le dénominateur commun à toutes les couches de la société durant cette période. Les couches défavorisées ont eu droit à leur misère sociale qui a touché 1,2 million de ménages. Une réalité que les pouvoirs publics ont toujours cachée. Les chômeurs ont eu droit à leur misère économique. Les jeunes ont eu droit à leur misère sexuelle. De toutes, à mon sens, la misère intellectuelle, bien qu’elle ne soit pas visible, demeure la plus dévastatrice, car elle ronge le cerveau du citoyen. Le système sur ce plan a excellé, il a réussi à formater les esprits sur des idéologies rigides telles que les dogmes arabo-musulmans qui sont devenus des certitudes. On a tous vu qu’à chaque fois qu’un intellectuel développe une pensée élaborée ou une idée structurée, le système lance ses larbins habitués à la pensée paresseuse, pour attaquer l’individu au lieu de débattre avec lui de ses idées. L’intelligence se trouve ainsi attaquée voire même persécutée. Si bien que beaucoup de sujets sont restés tabous tels que : la laïcité, le christianisme, l’homosexualité, l’avortement, la politique de régionalisation, …etc.

La Nomenklatura composée des cadres du système ainsi que de ses satellites qui gravitent autour de ce noyau central, ont toujours vécu avec leurs familles dans des résidences luxueuses en vase clos et en reclus du reste de la population. Comment comprendre les préoccupations du peuple lorsqu’on ne le connaît pas et qu’on ne le côtoie plus. Combien de fois, la presse a rapporté les frasques de leur progéniture, pour lesquelles les fonctionnaires, gênés, étaient dans l’obligation de fermer les yeux de peur de représailles. Elle est belle l’Algérie de papa. Il faut reconnaître, que le système ne refuse rien à ses rejetons, allant jusqu’à confisquer le club des pins au petit peuple qui n’a eu de cesse de réclamer sa restitution. Les richesses du pays sont dilapidées par les enfants de la nomenklatura alors que le patriotisme est laissé pour les enfants du peuple.

Une Oligarchie s’est formée durant le règne de Bouteflika en lien avec le pouvoir politique en place, qui s’est enrichie d’une manière fulgurante et qui a eu une mainmise sur l’économie et la finance algérienne. L’Algérie durant ces 20 dernières années a laissé émerger des dizaines de milliardaires de plus en plus jeunes qui n’hésitent pas à étaler leur fortune de manière ostentatoire.

Le Pouvoir centralisé incarné par le Jacobinisme, hérité de l’administration française a montré ses limites. Cette doctrine centralise tous les pouvoirs de façon bureaucratique entre les mains d’un système administratif, dans le but de contrôler et servir les intérêts d’un groupe et/ou, au besoin, de punir d’autres communautés. On devine bien que cette doctrine est érigée pour brimer les intérêts des communautés minoritaires, sans compter qu’elle pousse aux divisions internes ; CQFD, les problèmes vécus par la Kabylie et le Mzab n’en sont qu’une des conséquences. Maintenant, d’un point de vu plus technique, la centralisation des pouvoirs a pour objectif de congestionner la chaine de décision, la rendant plus lente. Cette lenteur dans la chaine des décisions, due à la multitude des intervenants a pour conséquence, la dilution, voire même la déperdition des responsabilités. On est donc amené à toujours se référer à Alger. CQFD, au jour d’aujourd’hui,  on n’arrive toujours pas à répondre à la question : Qui a donné l’ordre de tirer sur les martyrs du printemps noir? Le recours à une politique régionale donnant plus d’initiatives aux régions est à méditer. Un débat serein serait plus que souhaitable pour la construction d’une seconde république.

Un Quatrième mandat sous haute tension. Bouteflika a eu du mal à boucler le troisième mandat suite à un AVC qui le contraint à l’hospitalisation en France pendant trois mois. Malgré cela, il brigue un quatrième mandat après un long suspens entretenu par son entourage. Affaibli par la maladie, durant cinq années, on nous fera croire qu’il préside des réunions, qu’il reçoit et s’entretient au téléphone avec les chefs d’Etat. La fin de ce mandat n’est guère réjouissante.

Il ira jusqu’à tenter un forcing pour briguer un cinquième mandat. Cette tentative est avortée par le Hirak qui crie « Basta », avant de se rétracter en annonçant  qu’il n’y aura pas de cinquième mandat et qu’il n’en a jamais été question, vu son état et son âge. Mais dans un dernier sursaut, il tente encore la prolongation du mandat. La rue n’est pas dupe et entonne « Yatnahaw ga3 ». Bouteflika finit par abdiquer, le Hirak ayant eu le dernier mot. On se demande d’ailleurs, qui a désigné le staff de la campagne électorale et qui a déposé sa candidature. Mensonges ou manœuvres politiciennes, l’avenir nous le révélera.

La Répression n’a jamais cessé depuis l’indépendance, elle s’est accentuée durant la gouvernance de Bouteflika. Toutes les personnes qui ont essayé de s’opposer à sa vision des choses se sont vu écrasées et anéanties. Seuls les courtisans qui lui ont prêté allégeance ont eu droit de citer dans son entourage. On se rappellera des déboires vécus par Benchicou après la publication d’une biographie critique de Bouteflika en 2004, ayant entraîné la fermeture de son quotidien « Le Matin » puis de son emprisonnement pour un motif fallacieux. La liberté d’expression n’était pas en reste, elle a vécu ses années sombres durant les années 2000, particulièrement les médias qui ont osé dénoncer sa réélection pour le 4° mandat en 2004. Le délit d’opinion est érigé en normalité. Tu es coupable si tu penses différemment. Systématiquement tous les médias et journalistes qui ne partageaient pas la vision du système étaient attaqués en justice. Dilem, en a d’ailleurs fait les frais. Et gare au journaliste ou responsable qui ne sert pas du « fakhamatouhou » lors des prises de paroles officielles.

La Santé est du reste dans un état lamentable. Sur les réseaux sociaux, des photos des services hospitaliers délabrés, mal équipés sont postées quotidiennement. Les hôpitaux sont devenus des mouroirs. Cette situation alarmante a poussé plus de 14 000 médecins à rejoindre la France durant les deux dernières décennies. Il ne se passe pas une semaine sans que des chefs de service se plaignent de la mauvaise prise en charge des patients par manque de médicaments ou d’équipements. Alors que nos responsables vont se soigner dans les hôpitaux Européens. A en juger par le nombre de dépouilles de hauts responsables rapatriées de l’étranger après des soins prolongés, pour reprendre une députée qui interpelait le premier ministre à l’APN lors d’une séance de questions au gouvernement. Mais qu’à cela ne tienne, à défaut d’avoir un grand hôpital aux normes internationales, grâce à Bouteflika, nous avons maintenant la plus grande mosquée au monde, où nous pourrons prier et espérer de ne pas tomber malade.

Tabtdjenan-na, a été le leitmotiv de Bouteflika. Disait celui qui ne le faisait pas. En 1962, Bouteflika a 25 ans, il est le plus jeune ministre du premier gouvernement de l’Algérie indépendante. Cette année là, Kaci est né à Tizi Ouzou. En 1979, Bouteflika entame sa traversée du désert qui durera 20 ans. Cette même année, Kaci est reçu au bac et rentre à l’université de Tizi Ouzou où il vivra les événements du printemps berbère. Diplômé en 1984, il rejoindra un groupe pétrolier au sud. En 1999, Bouteflika est élu président et enchaine trois mandats. En 2014, Kaci a 52 ans, il sort en retraite après 30 années d’activité bien remplies en laissant sa place à un jeune diplômé. La même année, Bouteflika est âgé de 77 ans, il brigue un quatrième mandat controversé car diminué physiquement. En 2019, Kaci le retraité est dans la rue avec le Hirak pour crier haut et fort « Tabtdjenan-ak ».

L’Université algérienne a considérablement régressé. Plusieurs scandales de plagiat ont éclaté dans l’université algérienne. Ces pratiques dénotent un manque flagrant de rigueur scientifique, qui règne dans certaines disciplines et milieux universitaires. Une course effrénée aux soutenances de thèses de doctorat, perçues par beaucoup comme un moyen d’ascension sociale, pousse certains jeunes thésards à recourir à des publications dans des revues payantes proposées par des éditions prédatrices peu scrupuleuses. Aucune université Algérienne ne figure dans le classement de Shanghai, car limité au Top 500. La première université algérienne (Constantine) est au rang mondial de 1932 dans le classement Webometric (Janvier 2019), bien derrière plusieurs universités africaines telles que celle du Caire, de Pretoria et de Johannesburg. On comprend bien que la recherche vit ses mauvais jours.

Vieux est l’adjectif qui va le mieux à ce système, tant on a été gouverné par des sexagénaires, septuagénaires et même octogénaires. C’est dire la conception particulière qu’ont nos dirigeants de l’acte de gouverner. Pendant que les pays développés sont gouvernés par des trentenaires et quarantenaires, chez nous, l’élite de cette tranche d’âge, est jusque-là considérée comme immature et inapte à gouverner. Tant et si bien que cette gérontocratie a généré chez notre élite un complexe d’incapacité à diriger et dont elle a du mal à se défaire, car la légitimité politique et intellectuelle ont cédé la place à la légitimité historique ou/et révolutionnaire.

LaWestern team a mis main basse sur l’Algérie, elle comptait 12 ministres, une majorité de conseillers et de hauts responsables civils et militaires nommés en raison de leurs origines tlemcéniennes. Ce glissement du centre du pouvoir de l’Est vers l’Ouest, aux yeux de Bouteflika, n’est qu’une correction de l’histoire. Il s’agit bien du rétablissement du pouvoir du clan d’Oujda perdu en 1978 à la mort de Boumediene.  Il faut croire que la conception clanique, voire tribale, du pouvoir est une caractéristique de la classe politique algérienne post indépendance. Paradoxalement, ce système à chaque fois qu’il a été en difficulté ou en perte de crédibilité n’a jamais hésité à jouer sur le complexe régionaliste et à crier à l’ennemi de l’intérieur, faisant allusion à la Kabylie, laquelle est accusée périodiquement de vouloir diviser le pays et menacer l’unité nationale.

La Xénophobie entretenue par le système à l’égard des communautés minoritaires a été aussi révélée au grand jour lors des émeutes d’une ampleur inédite dont la région des Mozabites a été le théâtre entre Décembre 2013 et juillet 2015. Ces affrontements gérés avec une certaine lenteur en dépit des cris d’alerte poussés par cette population ont malheureusement occasionné des dizaines de morts et des centaines de blessés. Ce système a une mémoire courte, il a très vite oublié leur importante contribution financière pour la révolution algérienne dans l’achat des armes, des médicaments et des équipements. Une communauté connue depuis toujours pour sa discrétion, discipline et organisation. Même l’hymne national a été offert par cette vallée du Mzab. L’illustre Moufdi Zakaria doit se retourner dans sa tombe.

Le Yoyo est la vision qu’avait l’investisseur étranger sur la législation à géométrie variable de l’économie algérienne. Le système a toujours soufflé le chaud et le froid sur le climat des affaires. D’un côté, des appels à l’investissement étranger, de l’autre le refus de création d’un environnement sain des affaires. On pourrait citer le retard dans la modernisation du secteur bancaire, la bourse d’Alger restée au stade embryonnaire, la pression fiscale et parafiscale importante. Sans compter que les investisseurs peinent à trouver une ressource humaine de qualité, à cause de l’exil des compétences et des talents. Même l’organisation patronale algérienne, qui au lieu d’œuvrer à créer ce climat des affaires est réduite à appuyer le système et à se mettre au service de la campagne pour le 5° mandat. L’indicateur de son échec est reflété par la vague de démissions des chefs d’entreprise enregistrée ces dernières semaines, qui dénote par ailleurs de la fragilité et de la cohésion de cette organisation.

Le Zéle de nos dirigeants associé à une certaine condescendance aura été la marque de fabrique de ce système. Cette manière méprisante avec laquelle se sont toujours adressés nos gouvernants à leurs concitoyens a fini par déteindre aussi sur les responsables des petites administrations territoriales qui ont aussi intégré cette posture comme une normalité. Le petit peuple s’étant senti méprisé est devenu par la force des choses méprisable, en n’échappant pas au vieil adage qui dit «… ils furent méprisés et devinrent méprisables …».

Au moment où je boucle cette contribution, le système en place ne donne aucun signe de volonté de dénouement. Il est plus préoccupé par la « légalité constitutionnelle » et semble négliger la légitimité populaire, laquelle est le fondement même de la constitution. Le Peuple est la source de tout pouvoir et ce pouvoir appartient au Peuple.

En ce moment, le Peuple est dans la rue et reste déterminé plus que jamais à en découdre avec ce système. Un Peuple qui a vécu la révolution, qui s’est vu confisqué son indépendance, qui a enduré la dictature du parti unique, qui a survécu au terrorisme et qui a subi l’humiliation de ce système est en droit d’aspirer à vivre dans la dignité et sous une vraie république démocratique. Une chose est sûre, rien ne sera plus comme avant. L’histoire retiendra qu’il y a eu l’avant et l’après « 22 février », car ce mouvement populaire et pacifique deviendra un repère de l’histoire de l’Algérie à l’instar des autres repères tels que le printemps berbère, Octobre 1988, le boycott scolaire (1994) et le printemps noir…

Hocine Hammoum, Professeur en génie civil à l’Université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou

Auteur
Prof. Hocine Hammoum

 




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