30 novembre 2022
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Les énarques au pouvoir, les ingénieurs au parloir, les économistes au silence ? 

REGARD

Les énarques au pouvoir, les ingénieurs au parloir, les économistes au silence ? 

« Technocrates », c’est les mecs que quand tu leur poses une question, une fois qu’ils ont fini de répondre, tu comprends plus la question que t’as posée » Coluche

 Tous les gouvernements qui se sont succédé, depuis l’indépendance à nos jours, ont affirmé que le développement est l’unique but de leurs actions, mais ces dirigeants ne définissent nulle part de quel développement il s’agit, ne précisent jamais vers quel type de société, ils entraînent leur population. Fascinés par  le mode de vie occidental,  les dirigeants algériens ont développé le mythe de l’accession prochaine à tous aux bienfaits de la société de consommation sous couvert de socialisme. Ce mythe justifie leur mode de vie  et leur permet de concentrer entre leurs mains les ressources du pays et de décider de leur affectation  en fonction de leurs intérêts stratégiques. De ce fait, l’Etat devient un acteur dominant de l’économie nationale, le danger auquel est confronté l’Etat rentier est que les dépenses gouvernementales créent une impression de prospérité et de croissance.

La masse de la population peut rester à un état retardé. Le retard économique et technologique de l’Etat rentier peut facilement coïncider avec un type plus grave de sous-développement : la stagnation socio-politique et l’inertie des forces productives, le gaspillage, l’inflation, le renforcement des inégalités sociales, la bureaucratisation de l’économie, l’immobilisme du pouvoir. Au plan socio-politique, un gouvernement qui renforce son intervention sans aggraver  la fiscalité acquiert une indépendance à l’égard de la population. L’idéologie du développement, la construction de l’Etat et le décollage économique ont eu comme conséquence la démobilisation de la société et son indifférence vis-à-vis des problèmes du pays.

Un autre effet pervers est fourni par l’endettement externe résultat du boom de l’investissement et de la consommation qui constitue par son service une ponction importante sur l’épargne domestique. Le surplus de la balance des paiements renforce la base monétaire du système bancaire. L’offre locale en disponibilités financières augmentera et des prêts seront affectés aux projets d’infrastructures de développement, aux achats de biens de consommations durables, et à l’augmentation des stocks.

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Cette vague d’expansion monétaire et de crédits va provoquer des tensions inflationnistes. Il faut ajouter l’atrophie du système fiscal provoquée par la participation croissante des recettes pétrolières dans les recettes de l’Etat et l’abandon progressif des ressources fiscales traditionnelles en vue d’un consensus social. Le développement à partir de la rente a accru la vulnérabilité interne et externe de l’économie nationale. L’Etat  est le principal bénéficiaire de la rente.

La chute des revenus pétroliers affecte en premier l’Etat. D’où le lourd fardeau d’ajustement fiscal et monétaire qui échoit à l’Etat. L’économie rentière est désarmée face à une chute durable des prix des hydrocarbures. Tout un comportement social à l’égard de la consommation, de l’emploi, et du monde des affaires a été façonné par la rente énergétique.

Elle a donné naissance à une véritable débauche des dépenses publiques et à une grande auto-complaisance en matière de politique économique et sociale. Elle a constitué un soporifique en masquant  toutes les insuffisances  en matière de production  et de gestion. Elle a donné naissance à une classe de privilégiés assoiffés de richesses matérielles surtout d’origine étrangère. Les variations constitutionnelles, la confection des lois et les pratiques institutionnelles ne sont tendues  en réalité que vers la consolidation et la mainmise de la petite bourgeoisie sur l’Etat, les sources d’accumulation, et les prébendes distribués par le capital international. L’Etat devient une réalité incontournable pour survivre ou s’enrichir.

Les solutions technocratiques fondent l’exclusion de larges segments sociaux  de l’Etat et du processus de développement. L’histoire post-coloniale démontre en effet que l’Etat dans son extension  a réussi à dominer la société et non à la servir. De plus, la stratégie conçue et mise en œuvre par l’Etat s’intègre parfaitement  dans la ligne de valorisation du capital des multinationales et ne pouvait se poursuivre que par un endettement externe important  gagé sur l’existence réelle ou supposée des ressources potentielles en hydrocarbures. A l’intérieur, ce modèle ne cesse d’accentuer les antagonismes sociaux et de faire baisser le pouvoir d’achat de la majorité de la population.

L’Etat, en tant que structure institutionnelle est discrédité, politiquement et économiquement. Le pays qui serait capable de relever le défi de cette fin du vingtième siècle est celui qui comprendra la nature historique que traverse le monde actuel. Il est donc nécessaire d’avoir à la tête de ce pays, des hommes qui saisissent la réalité historique. La présence massive des universitaires dans le Gouvernement, à la Présidence, et dans les Partis politiques, sont des indices de l’enjeu que constituent aujourd’hui les universités, la recherche et la création dans la mise en ordre politique, économique et culturel. Un danger, cependant, est à craindre, c’est de voir les enseignants et les chercheurs s’orienter vers des stratégies individuelles d’ascension sociale et d’accumulation financière au service de la bureaucratie d’Etat.

L’objectif technocratique est en fait d’envisager le développement et la démocratie, non comme des questions politiques mais comme des questions techniques. C’est pourquoi, le processus de démocratisation de la vie économique et politique à tendance à se concrétiser non pas en termes de nouveaux espaces pour la société civile mais d’aménagement au sein du secteur économique public et de l’appareil de l’Etat.

Auteur
Dr A. Boumezrag

 




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